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Madame "le" ou "la" ministre: querelle française sur la féminisation des titres

25/01/2014 05:58 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

"Madame la ministre" ou "Madame la présidente": la féminisation des titres continue à diviser la classe politique française, certains élus de droite continuant de la refuser au grand dam de la gauche.

Si le ministère de la Culture s'est félicité en 2012 d'une accélération du processus de féminisation des fonctions dans les administrations comme dans les médias et dans la langue courante, le sujet fait encore polémique au Parlement et la France apparaît à la traîne d'autres pays francophones.

Ainsi, lors de la discussion d'un projet de loi visant à promouvoir l'égalité femmes-hommes la semaine passée, la ministre du Droit des femmes Najat Vallaud-Belkacem s'est vue qualifier plusieurs fois de "Madame le ministre" par des députés du principal parti de droite, l'UMP, suscitant de vifs échanges.

"Cher collègue, je vous suggère de prononcer cette phrase sans difficulté: +Mme le ministre est enceinte+. Essayez ! Vous verrez: c'est difficile", a lancé, sous les rires des socialistes, la députée communiste et ancienne ministre Marie-George Buffet à l'UMP Jean-Frédéric Poisson. Et ce dernier d'assurer: "J'y arrive très bien".

Par l'usage du masculin dans la totalité des titres, "je pense que vous voulez rendre les femmes invisibles", a considéré la présidente de la Délégation aux droits des femmes de l'Assemblée, Catherine Coutelle (PS).

"A l'Assemblée, nous sommes des hommes libres et des femmes libres. Personne ne peut imposer à l'autre un vocabulaire qu'il ne souhaite pas employer, d'autant qu'en français, la fonction prime sur le genre" et qu'il n'y a pas, comme en latin, "de troisième genre, de neutre", s'est exclamé Nicolas Dhuicq (UMP), suscitant des applaudissements dans son groupe.

En novembre, le jeune député UMP Gérald Darmanin, qui s'était adressé à une membre du gouvernement par l'expression "Madame le ministre", avait renvoyé son contradicteur au dictionnaire de l'Académie française.

L'Académie à la rescousse

L'usage du masculin ne fait pas moins débat pour les présidentes, de séance ou de commissions.

Mi-janvier, lors des débats sur le logement, les "Madame le président" par laquelle l'UMP Julien Aubert a salué la socialiste Sandrine Mazetier siégeant alors au "perchoir" a entraîné de la part de cette dernière cette réplique immédiate : "Monsieur la députée, vous étiez la dernière oratrice inscrite. La discussion générale est donc close".

A l'automne 2012, la ministre écologiste du Logement Cécile Duflot avait eu un échange aigre-doux similaire avec l'ancien président UMP de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer. "Je suis une femme. Je vous prierai donc de m'appeler +Madame la ministre+", lui avait lancé l'écologiste. "Sinon, je me verrai dans l'obligation de vous appeler (...) +Monsieur la députée+".

"La sphère politique a oublié qu'en France, c'est l'Académie Française qui fixe, depuis 1635, les règles de l'usage du français" et "depuis les années 80, la gauche gouvernementale a contesté sans le dire cette prérogative en voulant politiser le langage et le modifier +à sa guise+", avait déploré ensuite le député sur son blog.

Non seulement "féminiser un titre n'a jamais fait reculer d'un iota le machisme", selon lui, mais "lorsque deux orthographes, deux grammaires commencent à circuler (...) il se produit un risque de destruction du langage commun".

Ancienne, la polémique avait démarré en 1984 lorsque la ministre déléguée chargée des Droits de la Femme, la socialiste Yvette Roudy, avait créé une commission pour la féminisation des noms présidée par l'écrivaine Benoîte Groult, initiative critiquée par l'Académie française.

Après une première circulaire en 1986, une autre en 1998 a prôné le féminin "pour les noms de métier, fonction, grade ou de titre". L'Académie s'y était encore montrée défavorable au motif que la "fonction ne peut être identifiée à la personne qui l'occupe".

Le statut du texte de 1998 fait lui-même polémique: simple circulaire pour les uns, il constitue pour les autres "un texte juridique", et la députée socialiste Elisabeth Pochon a déploré des "résistances dérisoires" à l'évolution de la langue.

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