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25/01/2014 06:52 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

L'Isle-Verte: les rumeurs sur la cigarette sont difficiles à accepter pour le fils

PC

L'ISLE-VERTE, Qc - En plus de tenter de faire le deuil de son père, disparu dans le drame de la Résidence du Havre à L'Isle-Verte, Jean-André Michaud doit surmonter une autre épreuve: ce pourrait être la cigarette de son père qui a provoqué l'incendie.

Paul-Étienne Michaud, 96 ans, fait partie des quelque 22 résidents toujours portés disparus dans les décombres recouverts de glace de la résidence pour personnes âgées du village du Bas-Saint-Laurent, ravagée par un violent incendie dans la nuit de mercredi à jeudi.

Mais alors que Jean-André Michaud, âgé de 68 ans, tente d'accepter la possible perte de son paternel, des gens de la communauté commencent à croire que c'est une cigarette de son père qui est la cause de la tragédie.

Le réseau TVA a rapporté, vendredi, les propos d'un gardien de nuit qui a évoqué l'hypothèse que la cause soit liée à une cigarette allumée dans une section du bâtiment où vivait Paul-Étienne Michaud.

Émotif, M. Michaud a défendu son père, samedi durant une entrevue, affirmant qu'il ne croyait pas cette idée, même si son père pouvait, parfois, être un fumeur compulsif.

«Mon père fumait un peu, mais est-ce que, la nuit, mon père se levait pour aller fumer?, a-t-il demandé, alors qu'une larme roulait sur l'une de ses joues.

«Non, c'est impossible, a-t-il ajouté, dans la maison de campagne où son père est né. Ça va déjà assez mal, commencer à dire: 'Regarde, c'est ton père qui a mis le feu'... C'est pas mon père, laissez-moi la paix.»

Le paternel a toujours fumé, mais seulement environ un paquet par semaine, a affirmé M. Michaud.

Cependant, l'homme était reconnu dans la famille pour être têtu. Aussi pouvait-il parfois prendre les grands moyens pour combler ses besoins.

Il a admis que son père a été surpris quelques fois à fumer dans la résidence, peu après que l'établissement soit devenu un lieu non-fumeur, il y a quelques années. Mais son père avait son propre fumoir de fortune dans le stationnement: un vieux tacot rouillé.

Lorsqu'il faisait trop froid pour fumer à l'extérieur, l'homme montait à bord de sa mini-fourgonnette, dont deux roues avaient été retirées pour empêcher que l'homme, qui n'avait plus de permis de conduire, ne s'en serve pour aller se promener en ville.

«On voit que les fenêtres sont pas mal teintées [à cause de la fumée de cigarette]», a décrit Jean-André Michaud.

Une employée de la Résidence du Havre a affirmé à La Presse Canadienne qu'elle voyait souvent le vieil homme fumer dans son véhicule. Elle a aussi confié qu'il n'y avait qu'un autre fumeur dans l'établissement, à sa connaissance.

Le gardien de nuit, Bruno Bélanger, a rapporté à TVA que le feu s'était déclaré dans la chambre 206. L'employée a toutefois éclairci une chose.

La chambre 206 était inoccupée depuis que le dernier locataire avait déménagé dans une autre partie du bâtiment. Paul-Étienne Michaud, lui, vivait dans la chambre 208 depuis plusieurs années, selon son fils.

«Mon père restait au 208, pas au 206. Ils ont dit que c'était le 206 qui avait mis le feu», s'est-il écrié. Il croit qu'il y a confusion sur les numéros de chambre.

Par ailleurs, d'autres membres de la famille ont discuté entre eux de la possibilité que l'un de leurs proches soit lié à l'incendie, a révélé Lucie Michaud, la nièce de Paul-Étienne Michaud.

Dès qu'elle a été informée de la tragédie, Mme Michaud a pensé qu'elle pouvait être due à quelque chose d'aussi banal qu'une cigarette. Elle a rapidement pensé à son oncle.

«Mon oncle, comme je disais, a probablement fumé en cachette dans la chambre, a-t-elle dit à sa maison dans le village voisin de Saint-Éloi. Il voulait en fumer une dernière avant de se coucher, mais ç'a été sa dernière.»

La dame a par ailleurs défendu sa famille et son oncle, qui commençait à perdre la mémoire. Il ne l'a pas reconnue la dernière fois qu'elle l'a vu, l'été dernier.

Si la cigarette de Paul-Étienne Michaud est la cause de l'incendie, ce serait seulement une terrible méprise.

«À son âge, il n'avait pas même conscience que ce qu'il faisait pourrait être dangereux, a-t-elle expliqué. On ne peut pas déshonorer une famille à cause d'une personne qui n'était même pas consciente de ce qu'elle faisait.»

Lucie Michaud a confirmé que les enquêteurs de la Sûreté du Québec ont téléphoné chez elle à la recherche de membres de la famille de M. Michaud, dont son fils Jean-André, l'un des trois enfants toujours en vie sur sept.

Ce dernier a aussi affirmé que les policiers se sont rendus à la ferme laitière pour lui poser des questions sur les habitudes de fumeur de son père.

La Sûreté du Québec a toutefois fait preuve de prudence samedi, refusant de confirmer que la thèse de la cigarette soit bel et bien à l'origine de l'incendie qui a ravagé la Résidence du Havre.

Bien que cette hypothèse soit véhiculée par plusieurs médias depuis vendredi, elle n'en demeure pas moins qu'une hypothèse parmi d'autres, a insisté le porte-parole de la SQ, le lieutenant Guy Lapointe.

Jean-André Michaud a admis que sa famille aurait une autre épreuve à traverser si, en effet, il était démontré que son père avait provoqué l'incendie. Pour l'instant, il espère seulement que son corps sera bientôt retrouvé.

«J'aurais au moins aimé qu'on me dise qu'il est parti.»

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