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Les conflits territoriaux latino-américains se bousculent devant la CIJ à La Haye

25/01/2014 12:45 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Cause nationale pour les uns, affaire de principe pour d'autres, les différends frontaliers sont légion en Amérique latine, où plusieurs Etats ont saisi la Cour internationale de Justice (CIJ) pour tenter de régler des querelles parfois séculaires.

Après une procédure de six ans, la CIJ doit se prononcer le 27 janvier sur le différend territorial maritime qui oppose le Chili au Pérou dans l'océan Pacifique.

Lima avait saisi la CIJ en janvier 2008, réclamant la souveraineté sur une portion maritime de près de 95.000 kilomètres carrés riche en ressources halieutiques qui se trouve sous le contrôle du Chili.

Selon le Pérou, ces frontières maritimes n'ont jamais été délimitées, alors qu'aux yeux de Santiago, les limites actuelles ont été fixées par deux traités de 1952 et 1954.

Ces frontières ont été héritées de la guerre du Pacifique (1879-1883), également surnommée "guerre du salpêtre", dont le Chili est sorti vainqueur et au cours de laquelle le Pérou perdit 25% de son territoire tandis que la Bolivie a été dépouillée de son accès à la mer.

La Bolivie a d'ailleurs déposé à son tour, en avril dernier, une plainte à La Haye pour que la CIJ "déclare que le Chili a l'obligation de négocier de bonne foi (...) en vue d'un accord rapide et efficace octroyant (à la Bolivie) un accès pleinement souverain à l'océan Pacifique".

Ce pays andin et amazonien est enclavé depuis plus de 130 ans, après avoir perdu 120.000 km2 de son territoire, dont une bande de 400 km de littoral.

Cet enclavement a causé un manque à gagner historique considérable à la Bolivie, aujourd'hui un des pays les plus pauvres d'Amérique du Sud. Aussi le "retour à la mer" est devenu depuis près d'un siècle un enjeu clé en Bolivie, inscrit dans la Constitution, et une revendication récurrente du président socialiste Evo Morales.

Le président bolivien a déclaré que sa démarche avait été motivée par une dizaine d'années de tentatives de dialogue infructueuses.

En mars, son homologue chilien Sebastian Piñera a rappelé que son pays défendrait "avec toute la force de l'unité nationale, l'histoire et la vérité, son territoire, sa mer, son ciel et aussi sa souveraineté".

"Une question de prestige"

La CIJ, plus haut organe judiciaire des Nations unies, ne dispose pas de moyens coercitifs pour faire appliquer ses décisions mais celles-ci sont généralement respectées en raison de l'accord à priori des parties.

Pour l'expert en droit international Olivier Ribbelink, de l'institut Asser à La Haye, "les nombreuses procédures latino-américaines devant la CIJ sont à mettre en relation avec le fait que (ces pays) la voient comme un outil qui fonctionne pour résoudre les conflits".

"C'est une question de prestige pour beaucoup de ces pays", avance-t-il encore dans un entretien à l'AFP.

En plus des épineux dossiers chilien, péruvien et bolivien, les magistrats de la CIJ devront continuer de tenter de régler la querelle opposant la Colombie et le Nicaragua autour d'une zone maritime de 70.000 km2.

Fin novembre, le Nicaragua a de nouveau saisi la CIJ pour dénoncer le non-respect d'un précédent jugement délimitant ses frontières maritimes avec la Colombie, une affaire qui empoisonne les relations bilatérales depuis un an.

A l'origine des tensions, le jugement rendu à La Haye en 2012 qui attribuait au Nicaragua une zone maritime de 70.000 km2 auparavant sous le contrôle de la Colombie.

Selon Bogota, cette décision est inapplicable faute de garanties pour les habitants des îles colombiennes tel l'archipel de San Andres, entourées par les eaux attribuées désormais au Nicaragua.

Après le jugement, les autorités colombiennes ont même dénoncé le pacte de Bogota, traité datant de 1948 et prévoyant la reconnaissance de la compétence de la CIJ pour les contentieux frontaliers.

Le Nicaragua, encore, est aussi engagé depuis 2010 dans une dispute frontalière avec le Costa Rica autour d'un îlot de trois kilomètres carrés, situé à l'embouchure du fleuve San Juan.

Appelée Isla Portillos par le Costa Rica et Harbour Head par le Nicaragua, cette île avait été occupée par l'armée nicaraguayenne en 2010, conduisant San José à porter plainte devant la CIJ, qui étudie toujours le dossier aujourd'hui.

Ces deux pays d'Amérique centrale se disputent aussi devant la CIJ la souveraineté de la région de Guanacaste, située dans le nord du Costa Rica.

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