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Au Venezuela, l'époque des billets d'avions à bas prix est révolue

25/01/2014 12:45 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Les compagnies aériennes étrangères qui réclament au gouvernement du Venezuela trois milliards de dollars ont commencé à suspendre leurs ventes à Caracas, voire à annuler des vols, dans ce qui ressemble à la fin des voyages à bas prix subventionnés de fait par l'État.

Pendant des années, le Venezuela a fait figure d'eldorado grâce à la surévualation de la monnaie locale, le bolivar, et un strict contrôle des changes alimentant un marché noir pour le dollar, qui garantissait à la fois de confortables revenus aux les compagnies et des billets bradés aux les voyageurs.

Le système était simple : le voyageur réglait son billet avec des bolivares achetés à bas prix au marché noir (où le dollar cotise actuellement jusqu'à dix fois le taux officiel) puis la compagnie se faisait rembourser par l'État ses bolivares au taux légal de 6,30 bolivares.

"J'ai des amis à Dubaï. J'ai demandé les prix pour aller leur rendre visite via New York. En classe affaires, cela coûtait 72.000 bolivares, presque 12.000 dollars au taux officiel. Mais si j'achetais mes dollars au marché noir, ça me revenait à 1.100 dollars... moins cher que d'aller au Chili en classe économique. Une folie absolue", raconte ainsi à l'AFP une résidente étrangère au Venezuela.

Mais la compagnie n'y aurait pas perdu pour autant, puisque ses 72.000 bolivares auraient ensuite été convertis en 12.000 USD par le gouvernement.

Pourtant, en avril 2013, le gouvernement du président Nicolas Maduro, confronté à une pénurie de devises, a commencé a traîner des pieds dans l'échange des bolivares contre des dollars, accumulant à ce jour une dette estimée à trois milliards de dollars envers les compagnies aériennes.

En conséquence, les compagnies ont commencé à augmenter leurs tarifs, avant de suspendre les ventes en monnaie locale.

Suspension des ventes et de vols

Un mini-sommet s'est déroulé jeudi entre représentants des compagnies, deux ministres et d'autres hauts fonctionnaires.

"Nous sommes réunis avec les représentants des compagnies aériennes. Nous nous engageons à régler tous les problèmes, en faveur du peuple", a été l'unique et succincte communication officielle sur le thème, postée sur Twitter par le ministre des Transports Hebert Garcia Plaza.

Mais quasiment dans le même temps, la compagnie Air Canada annonçait la suspension de ses ventes en bolivares, monnaie dans laquelle toute vente sur le territoire doit impérativement être libellée.

Outre une pénurie de devises et de produits de première nécessité, majoritairement importés, le gouvernement du pays disposant des plus importantes réserves de pétrole au monde affronte une inflation stratosphérique de plus de 56% par an et un déficit fiscal de 15% du PIB.

Rien n'a officiellement filtré de la réunion de jeudi, mais le gouvernement aurait, selon certaines sources, proposé de solder ses arriérés, en partie avec des bons du Trésor et du combustible. Mais exigé également une réévaluation de sa dette.

La discrétion est également de mise du côté de compagnies: "Nous ne parlerons pas", a répondu à l'AFP le secrétariat de l'Association des compagnies aériennes du Venezuela (ALAV).

Autre sujet de mécontentement des transporteurs aériens, l'annonce mercredi par les autorités que désormais, les dépenses dans le secteur du tourisme seraient compensées au taux de un dollar pour 11,3 bolivares, presque le double du taux pratiqué auparavant.

L'Equatorienne Tame a suspendu ses vols vers le Venezuela mercredi, et la liste des compagnies limitant leurs ventes ne cesse de s'allonger: Aerolineas Argentinas, Air France, Avianca, Copa, American Airlines, Taca...

Le montant des créances revendiquées peut grimper très haut pour certains. Jusqu'à 400 millions de dollars par exemple pour la Panaméenne Copa.

"Depuis octobre, les compagnies ont décidé de vendre leurs sièges (au Venezuela) à la dernière minute. Elles espèrent écouler la majorité des billets à l'étranger pour les facturer en devises. A la fin, elles acceptent de vendre les dernières places disponibles en bolivares, pour finir de remplir l'avion. A un prix beaucoup plus élevé qu'il y a un an", explique à l'AFP le responsable d'une agence de tourisme.

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