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Soudan du Sud: les rebelles disent avoir été attaqués, l'armée nie

24/01/2014 08:23 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

Les rebelles menés par l'ex-vice président sud-soudanais Riek Machar ont affirmé avoir été attaqués vendredi matin par l'armée gouvernementale qui a nié, à l'approche de l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu, destiné à stopper plus d'un mois de combats au Soudan du Sud.

Au lendemain de la signature de la trêve à Addis Abeba, les deux camps donnaient des informations contradictoires sur la situation sur le terrain, impossible à vérifier de façon indépendante. Et les centaines de milliers de déplacés craignaient toujours de quitter les camps où ils ont trouvé refuge.

"Les forces de Salva Kiir (le président sud-soudanais) attaquent actuellement nos positions dans l'Etat pétrolier d'Unité" (nord), a affirmé dans un communiqué Lul Ruai Kuang, un porte-parole du camp Machar, ajoutant qu'une autre offensive avait été repoussée dans l'Etat de Jonglei (est).

Mais l'information a été démentie à Juba par le camp du président Kiir. La situation est "calme", a répété vendredi soir, à deux heures de l'entrée en vigueur officielle du cessez-le-feu, le porte-parole de l'armée sud-soudanaise, Philip Aguer, disant n'avoir "entendu parler d'aucun combat" dans la journée.

Le Soudan du Sud est ravagé depuis le 15 décembre par des combats opposant les forces loyales au président Kiir à des troupes fidèles à l'ex-vice président Machar, limogé en juillet qui ont fait des milliers de morts - peut-être 10.000 selon des observateurs.

Près de 700.000 personnes ont en outre été chassées de chez elles, selon un dernier bilan publié par l'ONU qui accueillait vendredi 76.000 personnes dans ses huit bases du pays, le nombre le plus élevé depuis le début du conflit.

Après trois semaines de laborieux pourparlers à Addis Abeba sous la médiation de l'organisation régionale Igad, les deux camps ont finalement signé jeudi soir un cessez-le-feu qui devait entrer en vigueur sous 24 heures, soit vendredi vers 17H30 GMT.

Vieilles rivalités

Le président Kiir a assuré vendredi lors d'une conférence de presse que "le conflit (...) serait résolu via un dialogue pacifique" et a appelé les déplacés à rentrer chez eux. Mais certains, interrogés par l'AFP, tout en saluant la trêve disaient toujours craindre de sortir des camps où ils se sont réfugiés.

"C'est une bonne étape, mais comment pourrions-nous la célébrer puisque nous sommes encore trop effrayés pour quitter le camp?", a expliqué David Choul, 23 ans, depuis une base de l'ONU à Juba où quelque 17.000 réfugiés s'entassent; "nous sommes encore trop inquiets (...) Je ne sors pas tant que je ne sais pas si dehors c'est sûr, et je ne sais pas quand ce sera le cas".

A quelque 200 km au nord de Juba, à Minkammen, petite bourgade des bords du Nil-Blanc transformée en gigantesque camp de déplacés ces dernières semaines, Simon Thon attend de voir si le cessez-le-feu signé va se traduire sur le terrain.

"C'est une bonne nouvelle, mais les gens attendent de voir ce que cela veut réellement dire", dit cet enseignant qui a fui Bor, capitale du Jonglei située à une vingtaine de kilomètres plus au nord et l'un des principaux foyers de combats depuis mi-décembre.

"Nous avons besoin que (l'accord de cessez-le-feu) mette réellement fin aux combats et pour cela, nous prions pour que tout le monde obéisse", poursuit-il.

Nombreux sont ceux qui craignent que la trêve soit difficile à appliquer. Riek Machar ne contrôle sans doute pas l'ensemble des troupes qui le soutiennent, alliance plus ou moins stable de militaires mutins et de diverses milices ethniques.

Nombreux sont aussi ceux qui pensent qu'il faudra bien plus pour panser les plaies du jeune Soudan du Sud: les combats ont donné lieu à des atrocités perpétrées par les deux camps, souvent à caractère ethnique. Les peuples Dinka et Nuer, dont sont respectivement issus MM. Kiir et Machar, se sont affrontés ces dernières semaines et il sera ardu de réconcilier les communautés.

Le conflit au Soudan du Sud prend sa source dans de vieilles rivalités politiques et ethniques, héritées de la longue guerre civile (1983-2005) qui a déchiré le Soudan avant sa partition et la sécession du Soudan du Sud en juillet 2011.

"Il n'y a pas moyen que les gens rentrent simplement à la maison et oublient ce qui s'est passé", résume l'enseignant de Minkkamen.

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