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"Période sombre" en Egypte mais l'acteur Khalid Abdalla voit une lueur d'espoir

24/01/2014 08:38 EST | Actualisé 26/03/2014 05:12 EDT

L'acteur anglo-égyptien Khalid Abdalla, héros d'un documentaire nominé aux Oscars racontant la révolte contre Hosni Moubarak en 2011 et les deux années suivantes, estime que l'Egypte traverse une "période sombre" sous la férule de l'armée mais entrevoit une lueur d'espoir.

Dissident connu comme le furent son père et son grand-père, le comédien âgé de 33 ans a joué dans le documentaire "The Square" mais aussi dans "Les cerfs-volants de Kaboul" et plusieurs super-productions hollywoodiennes.

Il était revenu dans son pays pour participer activement à la "Révolution du 25-Janvier" 2011 sur la place Tahrir, et vit en Egypte depuis.

Mais le 3 juillet dernier, le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l'armée, a destitué le président islamiste élu Mohamed Morsi. Le gouvernement qu'il a mis en place réprime dans le sang les manifestations et emprisonne ses partisans. Après les islamistes, le pouvoir s'en est pris aux manifestants libéraux et laïques des mouvements de 2011.

Q: Trois ans après la révolte populaire qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak, dans quelle situation se trouve l'Egypte?

R: "Nous avons des milliers de personnes en prison, nous avons une loi qui restreint de manière incroyablement autoritaire le droit de manifester, nous n'avons ni liberté d'expression ni liberté de la presse. En outre, aucune réforme n'a été mise en place par l'Etat pour garantir la justice sociale, qui était une des principales revendications de la révolution. Tant que les gens ne verront rien de concret dans ce sens, nous vivrons toujours une période troublée.

Que ce soit Moubarak, puis le Conseil suprême des forces armées (CSFA), puis les Frères musulmans et maintenant les militaires, ils dirigent le pays de façon exclusive. Je ne pense pas qu'en un an ou deux, l'armée va soudainement se contenter de surveiller les frontières (...) et nationaliser ou vendre ses entreprises (...) Mais je vois que cet état de fait est de plus en plus contesté et devient de moins en moins défendable".

Q: Donc, vous pensez que le pays avance dans le bons sens ?

R: "Est-ce que nous allons vers plus de droits, de libertés et de justice sociale ? Oui, je le crois franchement et cela me rend vraiment optimiste. Nous avons eu trois constitutions (depuis 2011, ndlr), trois formules différentes de pouvoir et je ne sais combien de Premiers ministres. Ce ne sont pas tant des signes de progrès que des signes de la vitesse à laquelle le pays demande des comptes au pouvoir. Quand un pouvoir essaie d'imposer quelque chose et que le peuple s'y oppose, le peuple se bat et cela, je crois que c'est la principale bataille à mener (...) Cela ne veut pas dire que nous ne passons pas par une période sombre".

Q: Comment, selon vous, ont évolué les mouvements révolutionnaires et de la jeunesse durant les trois dernières années ?

R: "Il y a de nombreuses associations qui travaillent sur le terrain depuis trois ans, mais aussi depuis plus longtemps, d'autres plus anciennes qui se sont renouvelées (...) Des partis politiques sont nés, des nouveaux syndicats, d'autres dont les dirigeants ont changé (...) Il y a eu une explosion de créativité (depuis 2011). La question maintenant, c'est de savoir à quel moment ces organisations vont devenir suffisamment organisées et fortes pour exercer le pouvoir et décider. Je pense que cela va prendre un peu de temps".

Propos recueillis par Tony Gamal-Gabriel

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