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Les manifestants à Kiev occupent un ministère après un échec de pourparlers avec le président

24/01/2014 02:12 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT

Les manifestants ukrainiens pro-européens sont passés à l'offensive vendredi en occupant un ministère et dressant une nouvelle barricade dans le centre de Kiev après des négociations entre le président et les chefs de l'opposition jugées décevantes par ces derniers.

Des militants du mouvement d'opposition Spilna Sprava (Cause commune) ont pris d'assaut dans le nuit de jeudi à vendredi le ministère de l'Agriculture situé sur l'avenue principale Khrechtchatik, à 100 mètres de la place de l'Indépendance baptisée Maïdan, haut lieu de la contestation contre le régime depuis plus de deux mois.

Après les négociations jeudi soir entre le président Viktor Ianoukovitch et les leaders de l'opposition qui se sont soldées par de modestes concessions, "il est devenu clair que nous devons préparer nous-mêmes l'offensive promise" par les chefs de l'opposition, a écrit dans la nuit sur son compte Facebook Olexandre Danyliouk, leader du mouvement.

"Nous avons commencé. Les militants de Spilna Sprava viennent d'occuper le bâtiment du ministère de l'Agriculture", a-t-il ajouté.

Kiev dont le centre est occupé depuis fin novembre par les manifestants pro-européens après la volte-face du pouvoir sur un rapprochement avec l'Union européenne au profit de la Russie est le théâtre de heurts violents entre manifestants radicaux et forces de l'ordre depuis dimanche qui ont fait cinq morts.

L'opposition a reconnu sa déception jeudi après des pourparlers avec le président Viktor Ianoukovitch et a enjoint les manifestants à tout faire pour éviter une nouvelle flambée de violences.

"Notre mouvement sera uniquement pacifique. Nous maintenons la garde, aucun pas en arrière", a lancé Arseni Iatseniouk, leader du parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko devant quelques dizaines de milliers de personnes rassemblées place de l'Indépendance.

Aucun heurt n'a été constaté après l'annonce de cet échec et le calme demeurait vendredi matin rue Grouchevski, théâtre des affrontements violents des jours précédents, malgré une certaine amertume.

"J'ai l'impression de m'être fait avoir", lâche Evguéni, 26 ans, qui a passé la nuit sur les lieux par des températures avoisinant -20 degrés, réchauffé par des feux de fortune de pneus brûlés.

"On a attendu toute la journée le résultat des négociations et on n'a rien obtenu. L'opposition n'a rien fait, il n'ont pas de leader", a-t-il regretté.

Les manifestants, à l'invitation des chefs de file du mouvement, se sont en revanche activés toute la nuit pour repousser les limites du camp retranché constitué autour de la place depuis deux mois.

En quelques dizaines de minutes, il ont dressé une nouvelle barricade haute de près de trois mètres sur la rue Institutska à l'aide de sacs de neige.

Le boxeur Vitali Klitschko, l'un des leaders de l'opposition a appelé les manifestants à Kiev dans la nuit à "élargir le territoire de Maïdan tant que le pouvoir ne nous entendra pas".

Il a souligné que la seule concession promise jeudi par le président Ianoukovitch était "une promesse de libérer tous les militants et d'arrêter la pression s'il n'y a pas de confrontation".

"Plusieurs villes de l'Ouest se sont rebellées aujourd'hui. Il y en aura d'autres demain. Nous devons faire en sorte que toute l'Ukraine se rebelle", a-t-il lancé devant les manifestants.

A Lviv, fief des nationalistes pro-européens à l'Ouest de l'Ukraine où des manifestants ont occupé la veille le conseil régional, des barricades ont été érigées vendredi et une scène installée dans le centre-ville.

Au total, des milliers de manifestants ont lancé l'occupation des administrations des gouverneurs de plusieurs régions ukrainophones acquises au mouvement de contestation.

Outre Lviv, où les manifestants empêchent le gouverneur nommé par le président de fonctionner, des occupations au moins temporaires ont été constatées à Ternopil, Rivne, Khmelnitsky (ouest), ou encore Tcherkassy (centre).

Sur le front diplomatique, les appels au dialogue se sont multipliés jeudi.

L'Union européenne a obtenu l'assurance que le pouvoir ukrainien n'allait pas décréter l'état d'urgence et a annoncé une visite de la diplomate en chef de l'Union européenne, Catherine Ashton, la semaine prochaine.

Le vice-président américain Joe Biden a prévenu M. Ianoukovitch que la poursuite des violences aurait des "conséquences" sur les relations entre les deux pays.

La Russie, qui a accordé à l'Ukraine un plan de sauvetage financier de 15 milliards de dollars, a promis de son côté de ne pas intervenir "dans les affaires intérieures de l'Ukraine".

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