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Commission Charbonneau: le PDG du Fonds soupçonnait Lavallée de toucher des pots-de-vin

23/01/2014 09:10 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT
Agence QMI

Jean Lavallée s'est défendu avec vigueur d'avoir jamais touché des pots-de-vin durant sa carrière syndicale. « J'ai jamais accepté un sou noir de pot-de-vin : faites les enquêtes que vous voulez » a lancé, ulcéré, l'ancien président de la FTQ-Construction, qui réagissait à un extrait d'écoute électronique entre Michel Arsenault et Yvon Bolduc.

Dans cette écoute du 9 mars 2009, celui qui est toujours PDG du Fonds de solidarité lance au président de la FTQ :« Johnny, y s'est jamais trop trop caché qu'y prenait des pots-de-vin », des propos qui ont fait bondir l'ancien président du C.A de la SOLIM.

« Je suis un homme honnête et l'argent que j'ai, je l'ai gagné : trouvez-moi quelqu'un capable de dire que j'ai accepté de l'argent! »

— Jean Lavallée

« La façon que je peux comprendre que ça puisse se faire », poursuit Yvon Bolduc dans cette écoute, « c'est qui dit :'' je fais passer le dossier au conseil et une fois que l'autorisation est faite, l'argent est investi pour faire le développement X mais toi le développeur tu me donne ma part ».

Selon Yvon Bolduc, l'ex-PDG de la SOLIM, Richard Marion, « était au fait que ça se passait avec Johnny (...) pis quand Johnny a vu que l'autre y pouvait utiliser ça comme levier, ben il l'a calissé dehors ». Il ajoute que » si Johnny n'est pas blanc comme neige », dans les faits « les deux sont pas clean clean ».

Cette même écoute du 9 mars 2009 montre aussi que Michel Arsenault a rendu compte de sa conversation avec Élaine Zakaib, diffusée hier, au PDG du Fonds. Yvon Bolduc se montre très surpris qu'elle ait affirmé que dans la région de Montréal, Tony Accurso était privilégié par le Fonds parce que Jean Lavallée bloquait des dossiers de la concurrence.

Michel Arsenault lui dit avoir confronté Jean Lavallée aux propos de l'ancienne PDG des Fonds régionaux FTQ - maintenant ministre péquiste. M. Lavallée s'est alors défendu d'avoir bloqué des dossiers et souligné la diversité des entrepreneurs avec qui il faisait affaire, ce qui a rassuré Yvon Bolduc.

Des mafieux qui tirent profit de la FIPOE

Jean Lavallée soutient n'avoir jamais su que plusieurs individus liés à la mafia avaient acheté des condos dans un immeuble dont la construction avait été financée au coût de 3,7 millions $ par son syndicat, la FIPOE, avant que l'émission Enquête n'en fassent état à la fin 2010.

On retrouve notamment parmi les acheteurs des 16 condos du 6650 boulevard Couture Vittorio Vincenzo Mirarchi, depuis co-accusé avec le mafieux Raynald Desjardins dans l'assassinat de l'aspirant parrain Salvatore Montagna, ainsi que la femme du mafieux Tony Suzuki.

L'ex-président de la FTQ-Construction a dit avoir accepté de financer la construction de l'immeuble avec l'argent de la FIPOE, en 2004, à la demande de Jocelyn Dupuis, alors directeur général de la FTQ-Construction. Il soutient qu'à sa connaissance, seuls des individus liés à la FTQ et leurs familles devaient en être les acheteurs.

La commission a cependant démontré qu'il avait lui-même impliqué la FIPOE dans une entente avec Raynald Desjardins pour lui vendre un condo, après avoir pourtant soutenu avoir toujours laisser le dossier des ventes entre les mains du promoteur John Pampura.

La commission a ainsi présenté une lettre dans laquelle Raynald Desjardins, par le biais de son entreprise Desj & Co. demande à la FIPOE qu'elle lui rembourse sa mise de fonds de 90 000 $. Selon la commission, Samara, une autre entreprise de Raynald Desjardins, a envoyé une lettre similaire

Jean Lavallée a par ailleurs affirmé qu'à sa connaissance, c'est le représentant du local des vitriers FTQ Johnny Bertolo qui « leadait » le projet du promoteur Pampura, incidemment un ancien associé de Tony Accurso.

« J'ai toujours su que c'était Johnny qui était là. »

— Jean Lavallée

Or, Johnny Bertolo, assassiné en 2005, est un individu relié au crime organisé italien qui, avant d'occuper ses fonctions à la FTQ-Construction, avait purgé une longue peine de prison pour complot pour trafic de stupéfiants.

Jocelyn Dupuis avait par ailleurs admis avoir fait la connaissance des mafieux Raynald Desjardins, Tony Volpato et Tony Suzuki par l'entremise de Johnny Bertolo. M. Dupuis sera par la suite impliqué dans Carboneutre avec son frère, Joe Bertolo.

L'histoire avait pour l'essentiel déjà été révélée par Enquête il y a plusieurs années. Des écoutes présentées par la commission Charbonneau ont aussi démontré que Jocelyn Dupuis était au courant de l'entente entre MM. Lavallée et Desjardins pour le condo et qu'il entendait utiliser cette information pour obtenir gain de cause dans sa lutte contre le clan Lavallée, dans la foulée des élections de novembre 2008 à la FTQ-Construction.

Par ailleurs, lors de son témoignage, Richard Marion, qui précéda Guy Gionet comme PDG à la SOLIM, affirmait avoir payé de son poste, en 2004, son refus d'investir dans des dossiers défendus par le tandem Lavallée-Accurso, notamment celui du boulevard Couture...

Le nom de Franco Fava rebondit à la commission

Contre-interrogé par l'avocat du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction, Me André Dumais, Jean Lavallée a affirmé que des syndiqués de la FTQ ont déjà fait une « petite grève » à la demande du négociateur en chef de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ).

Ce négociateur, a-t-il révélé, était nul autre que Franco Fava, un homme connu du grand public depuis sa comparution devant la commission Bastarache, où il avait été convoqué à titre de collecteur de fonds du PLQ.

Jean Lavallée a soutenu que M. Fava lui avait demandé d'agir de la sorte afin de faire pression sur l'ACRGTQ, qui refusait d'entériner l'entente de principe qu'il avait négociée. M. Lavallée n'a pas pu expliquer pourquoi il n'avait pas dit à M. Fava de trouver un autre moyen de parvenir à ses fins.

« Moi, j'ai essayé de répondre à ce que l'employeur m'avait demandé : fais-moi une petite grève, pis on va avoir un règlement. C'est ce qu'on a fait, une petite grève », a dit M. Lavallée. « Il n'y a pas eu de retour d'ascenseur. » Il a ajouté : « Moi, j'ai pensé bien faire ».

Selon Me Dumais, cette grève, qui s'est faite en 2001, a touché 31 495 travailleurs du secteur génie civil et voirie. Elle a duré 6 jours et s'est traduite par l'équivalent de 177 000 jours de travail perdus. M. Lavallée a cru bon d'ajouter qu'outre les syndiqués, les employeurs avaient « aussi souffert » de ce conflit de travail.

Par François Messier

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