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Turquie : La banque centrale doit voler au secours de la livre

23/01/2014 08:14 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT

La livre turque a accéléré jeudi sa dégringolade jeudi face au dollar et à l'euro et contraint la banque centrale à sa première intervention directe depuis deux ans, signe de l'inquiétude croissante des marchés face à la persistance de la crise politique en Turquie.

Deux jours à peine après sa décision de ne pas augmenter ses taux d'intérêt, l'institution monétaire est entrée en scène "puissamment" dans la matinée alors que la devise nationale (LT) s'approchait de la barre des 2,30 LT pour un dollar et franchissait celle des 3,11 LT pour un euro, nouveaux plus bas historiques.

Cette opération d'urgence a permis d'enrayer, au moins provisoirement, la chute de la livre. En début d'après-midi, elle s'échangeait à 2,2690 TL pour un dollar et à 3,0951 LT pour un euro, tandis que le principal indice de la bouse d'Istanbul cédait 0,87% à 66.784 points.

Déjà fragilisée depuis l'été par le resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), la monnaie turque subit de plein fouet depuis plus d'un mois les effets de la tempête politique provoquée par le scandale de corruption qui éclabousse le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Depuis le 17 décembre, la livre a ainsi perdu plus de 10%, enfonçant presque chaque jour son cours plancher face aux devises européenne et américaine.

Dans un communiqué sec, la banque centrale (CBRT) a justifié son intervention sur les marchés des changes par des "développements inquiétants sur les prix".

Selon les estimations des analystes, l'institution financière a puisé pour la seule journée de jeudi entre 1,5 et 2,3 milliards de dollars dans ses réserves.

Mais si elle a souligné l'urgence de la situation, cette opération ne devrait pas suffire à modifier la tendance baissière de la monnaie turque. "Ce n'est qu'une mesure temporaire", a jugé Ali Cakiroglu, de HSBC.

Pressions

"A notre avis, la CBRT doit procéder à un resserrement par l'intermédiaire d'une hausse substantielle des taux, peut-être pas immédiat mais incontournable, si elle veut arrêter la dépréciation de la livre", a renchéri Gökçe Celik, de la Finansbank.

Jusqu'à présent, la banque centrale avait privilégié les injections de liquidités par voie d'adjudication, à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars par jours, pour essayer d'enrayer la chute de la monnaie nationale.

Contre l'avis des marchés, la Banque centrale turque a décidé mardi de maintenir inchangés ses principaux taux d'intérêt, sous très forte pression du gouvernement turc qui souhaite éviter tout impact sur la croissance et de creuser les déficits publics.

Jeudi encore, le vice-Premier ministre en charge de l'Economie Ali Babacan a tenté de minimiser l'impact économique de la crise politique qui agite son pays.

"La banque centrale fait ce qu'elle doit faire face à la situation actuelle", a dit M. Babacan depuis le Forum de Davos (Suisse), "nous ne songeons pas à une révision de nos objectifs (croissance, inflation) pour 2014".

Comme les autres pays émergents, la Turquie est victime du resserrement de la politique monétaire de la Fed qui réduit son accès aux capitaux étrangers pour financer à moindre coût ses déficits publics, déjà élevés à plus de 7% du son produit intérieur brut (PIB).

Malgré ces assurances, de nombreux analystes ont déjà révisé à la baisse l'objectif de croissance fixé à 4% pour 2014 par le gouvernement.

"La Turquie perd beaucoup de son énergie dans un conflit qui épuise ses forces", a regretté jeudi le président du patronat turc (TUSIAD), Muharrem Yilmaz.

Les analystes pronostiquent également que la monnaie turque pourrait continuer jusqu'au niveau de 2,35 LT pour un dollar d'ici un an et anticipent un taux d'inflation supérieur à 7%, après ceux de 7,4% en 2013 et 6,2% en 2012.

bur-pa/abk

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