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Les couples lesbiens autrichiens vont pouvoir accéder à la PMA

23/01/2014 02:58 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

Les lesbiennes autrichiennes ont gagné: l'Autriche va autoriser les dons de sperme aux couples de femmes, contraintes jusqu'à présent de chercher des solutions à l'étranger pour fonder une famille.

Brigitte Bichler, dont la plainte conjointe avec sa compagne et avec un autre couple a amené cette évolution, avait conçu son fils de 4 ans au Danemark, l'un des neuf pays européens qui permettent actuellement aux couples de femmes de bénéficier de la procréation médicale assistée (PMA).

"Là-bas, c'est tout à fait normal et ça se fait sans complications", raconte à l'AFP cette Autrichienne de 41 ans. "Mais selon les règles en vigueur ici, je n'ai pas le droit de me reproduire, simplement parce que je vis avec une femme".

Cela changera avant la fin de 2014: c'est la limite que la Cour constitutionnelle autrichienne vient de donner au gouvernement pour modifier la législation, qui limite encore le don de sperme aux couples hétérosexuels.

Les juges autrichiens, suivant la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), ont relevé qu'il n'existait aucune "raison particulièrement convaincante ou grave" qui justifierait une différence de traitement entre couples hétérosexuels et homosexuels.

La Cour a également conclu que l'accès des lesbiennes au don de sperme et à l'insémination artificielle ne mettait pas en danger l'institution de la famille.

"Les couples de même sexe ne se substituent pas aux mariages et aux unions hétérosexuelles, mais s'y ajoutent. Ils ne peuvent donc pas les menacer", ont écrit les juges.

"C'est un grand soulagement pour tous les couples de lesbiennes en désir d'enfant", se félicite Barbara Schlachter, présidente de l'association de familles homoparentales FamOS.

"Jusqu'à présent, on a le choix entre aller à l'étranger ou tenter ici la méthode +artisanale+", c'est-à-dire recourir à un homme de l'entourage qui consentirait à donner son sperme. La formule n'assure aucune protection juridique en cas de changement d'avis de l'une ou l'autre partie, qui garde la faculté de demander une reconnaissance de paternité.

"Beaucoup d'hommes souhaitent assumer leur paternité", témoigne ainsi Brigitte Bichler, justifiant sa préférence pour l'anonymat d'une banque de sperme.

Dans ce pays très catholique, l'Eglise, qui s'est dite "inquiète", a apporté le principal bémol à des réactions globalement positives, à droite comme à gauche.

"La famille est aujourd'hui plus qu'un père, une mère, un enfant. Il y a de nombreux parents célibataires, des familles recomposées ainsi que des familles homosexuelles. Il faut reconnaître cette réalité", a résumé Gabriele Heinisch-Hosek, la ministre sociale-démocrate chargée des Femmes.

L'association FamOS, à laquelle adhèrent environ 400 familles, déplore pourtant l'inertie des politiques.

"Les avancées viennent toujours des tribunaux, pas du gouvernement", relève Barbara Schlachter.

"Nous sommes encore très conservateurs en Autriche, non pas en tant que société, mais en tant que législateur", renchérit Brigitte Bichler.

Sa famille, dit-elle, n'a jamais suscité de réactions négatives: "Tout le monde s'est réjoui quand nous sommes tombées enceintes. Il y avait plutôt une incompréhension face à notre voyage au Danemark: beaucoup de gens ne savaient pas que ce n'était pas autorisé en Autriche".

La décision de la Cour constitutionnelle ne concerne pas les couples homosexuels masculins, qui impliquerait le recours à une mère porteuse, interdit en Autriche. Les femmes célibataires restent également exclues du don de sperme.

Cette décision est la deuxième avancée pour les couples homosexuels en Autriche en moins d'un an. L'été dernier, à la suite d'une condamnation par la CEDH, une loi a été adoptée permettant aux gays et lesbiennes d'adopter les enfants de leur partenaire, au même titre que les couples hétérosexuels.

Outre le Danemark et les autres pays scandinaves (Suède, Norvège, Finlande, Islande), la Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Espagne permettent déjà aux couples lesbiens de recourir à la PMA.

En France, la PMA avait été l'un des sujets de crispation lors du débat sur le mariage et l'adoption pour tous.

Le président François Hollande s'est engagé à suivre l'avis du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), dont les conclusions sont attendues en mars.

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