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Le Sénégal libère un navire de pêche russe contre 900.000 euros

23/01/2014 09:46 EST | Actualisé 25/03/2014 05:12 EDT

Le Sénégal a laissé partir contre un million de dollars un bateau russe dont le spectaculaire arraisonnement pour pêche illégale a provoqué un bras de fer de plusieurs semaines entre Dakar et Moscou sur le pillage des eaux de pays du Sud par des flottes du Nord.

L'Oleg Neydanov avait été arraisonné le 4 janvier dans les eaux sénégalaises vers la frontière avec la Guinée-Bissau, puis escorté par l'armée jusqu'au port de Dakar où il avait été placé sous séquestre dans une zone militaire.

Le chalutier industriel de 120 m de long a quitté le port de Dakar mercredi soir, à la suite d'une notification officielle à effet immédiat, a déclaré la Marine sénégalaise.

La levée du séquestre a été permise par un accord, annoncé mercredi par les parties russe et sénégalaise, sur le paiement de 600 millions de FCFA (plus de 914.000 euros, environ un million de dollars).

L'affaire a provoqué près de trois semaines de vifs échanges entre Moscou et Dakar, soutenu par le secteur de la pêche, important pourvoyeur de recettes et qui emploie près de 600.000 personnes au Sénégal.

Côté russe, on affirme que la somme versée est une "caution" éventuellement remboursable tandis que Dakar parle d'une "amende" versée au Trésor public au titre de l'Oleg Neydanov et d'un autre bateau russe en fuite, le Kapitan Bogomolov, également accusé de pêche illégale.

Mais de part et d'autre, on se félicite du dénouement.

Mercredi, le ministre sénégalais de la Pêche, l'écologiste Haïdar El-Ali, a indiqué que l'affaire illustrait "la volonté ferme du gouvernement sénégalais de faire respecter son droit dans son espace maritime".

Dans un communiqué publié jeudi, le ministère russe des Affaires étrangères s'est déclaré "reconnaissant" envers des "amis étrangers" - non identifiés - "qui ont pris part au règlement de la situation".

"Nous espérons à Moscou que nos partenaires sénégalais ne laisseront pas se reproduire de tels cas concernant des marins russes et règleront les différends éventuels dans le respect du droit international", a-t-il ajouté.

Selon la presse russe, le bateau avait à son bord 62 Russes et 20 Bissau-Guinéens lorsqu'il a été arraisonné.

L'Agence fédérale russe de la pêche, qui nie les accusations sénégalaises de pêche illégale, a souligné que le montant versé par l'armateur, une société privée de Mourmansk, dans le nord-ouest de la Russie, était une "caution".

"La caution a vocation à être restituée dans le cas où l'arraisonnement du chalutier est reconnu illégal", a-t-elle dit jeudi dans un communiqué.

"Grande satisfaction"

Quoi qu'il en soit, le dénouement est le résultat "de la bonne gouvernance" dans la gestion des ressources halieutiques du Sénégal et "c'est une bonne chose", s'est réjoui jeudi Cheikh Sarr, responsable du service chargé de la protection des eaux sénégalaises, dans une déclaration à l'AFP.

Saër Seck, président du Groupement des armateurs et des industriels de la pêche au Sénégal (Gaipes), une des principales organisations patronales du secteur, a également fait part à l'AFP de sa "grande satisfaction".

"Nous félicitons le ministre (Haïdar El-Ali) pour sa détermination et l'engageons à continuer pour que nos eaux soient mieux gardées. C'est totalement inacceptable que ces navires pirates écument les mers d'Afrique de l'Ouest", a-t-il ajouté.

Le monde sénégalais de la pêche a ces derniers jours félicité les autorités nationales pour leur fermeté dans le dossier et Dakar a annoncé un durcissement de la loi contre les bateaux pirates.

La pêche illégale "met en danger notre sécurité alimentaire", a affirmé M. El-Ali qui s'était distingué, avant sa nomination en 2012 comme ministre de la Pêche, dans la lutte pour la défense de l'environnement à la tête d'une association, l'Océanium.

Selon les chiffres officiels, la pêche a contribué en 2011 pour près de 12,5% aux recettes d'exportation du Sénégal où elle occupe 17% de la population active.

Selon des ONG et des acteurs du secteur, plusieurs espèces sont surexploitées et menacées d'extinction au Sénégal notamment à cause du pillage des eaux par des navires étrangers. Les pertes dues aux bateaux pirates sont estimées à 150 milliards de FCFA (près de 230 millions d'euros) par an.

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