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"China Leaks", nouveau coup d'éclat du collectif de journalistes ICIJ

23/01/2014 12:56 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

Cinq salariés, des locaux modestes mais une puissante force de frappe: le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) a réussi un nouveau coup d'éclat en dévoilant les placements de dignitaires chinois dans les paradis fiscaux.

Publiées simultanément mardi en une du Monde, du Guardian ou d'El Pais, ces révélations sont le fruit de six mois d'enquête coordonnée dans le plus grand secret par ce collectif basé à Washington, à deux pas de la Maison Blanche.

En possession de 2,5 millions de fichiers secrets, l'ICIJ avait déjà commencé en avril à mettre au jour un "who's who" des paradis fiscaux dans le monde, notamment en France où l'ex-trésorier de campagne de François Hollande, Jean-Jacques Augier, avait dû s'expliquer sur des investissements aux Caïmans.

Pour s'attaquer au cas chinois, le petit collectif a reproduit le même schéma: il s'est associé à une dizaine de médias internationaux, dont les journaux hongkongais Ming Pao et taïwanais Commonwealth Magazine, pour donner le maximum de visibilité à ses scoops et desserrer l'étau qui pèse selon lui sur les médias traditionnels.

"Les médias grand public ne consacrent plus autant de temps à l'investigation qu'auparavant pour des raisons économiques et de pression commerciale", affirme à l'AFP Gerard Ryle, l'ancien journaliste d'investigation en Australie qui a pris la tête de l'ICIJ en septembre 2011.

Selon lui, les grands journaux, essorés par l'érosion des ventes et des recettes publicitaires, rechignent à financer des investigations poussées, de crainte de "ne rien trouver" d'utilisable ou de froisser des gens puissants "prêts à contre-attaquer".

Le "luxe" du temps

Installés dans de petits bureaux sans prétention, les salariés et pigistes de l'ICIJ ne sont pas à l'abri de tels écueils mais ils disposent d'un bien précieux: le temps. "C'est un luxe que nous avons ici", résume M. Ryle.

Pour mener son enquête sur les dossiers chinois, le collectif a d'abord réuni un groupe de journalistes en juillet à Hong Kong et a dû former certains d'eux aux techniques d'encryptage afin de pouvoir communiquer à l'abri de la surveillance de Pékin.

"Il ne fallait pas que la complexité du système décourage les journalistes", explique à l'AFP la directrice adjointe de l'ICIJ, Marina Walker Guevara.

Il a ensuite fallu mener un travail de fourmi afin de recouper et vérifier les données disséminées dans une liste de 40.000 noms, une tâche "ennuyeuse et fastidieuse", selon cette ancienne journaliste argentine: "Les gens pensent que le journalisme d'investigation a un côté glamour. Mais ce n'est pas le cas".

Le collectif a dû braver les barrières culturelles et linguistiques entre journalistes mais aussi surmonter la défection d'un média chinois, contraint de se retirer du projet en novembre après avoir été mis en garde par les autorités de Pékin.

"On ne sait pas trop comment ils ont appris l'existence de notre enquête, peut-être la surveillance en ligne. Qui sait?", commente Mme Walker Guevara.

Ces soubresauts n'ont pas suffi à atténuer l'impact des révélations sur les placements offshore effectués par l'élite politique chinoise, dont des proches de l'actuel chef de l'Etat Xi Jiping.

En représailles, le site internet de l'ICIJ était inaccessible mercredi en Chine, tout comme celui des médias ayant collaboré à son travail d'investigation. Des mesures de rétorsion attendues même si la donne était cette fois légèrement différente.

"Les Chinois ont déjà été confrontés à des situations similaires mais cela concernait seulement un média. Ils doivent désormais se précipiter pour bloquer dix sites internet différents", note Mme Walker Guevara.

A l'heure où la presse traverse une profonde crise, ce partenariat entre médias traditionnels et ONG pourrait en tout cas être promis à un bel avenir étant donné leur complémentarité, selon Brant Houston, professeur de journalisme à l'université de l'Illinois.

"Il faut désormais un réseau international pour mener des enquêtes dans une économie mondialisée. Certaines organisations à but non lucratif en ont les moyens, mais elles ne disposent pas des circuits de diffusion des grands médias", analyse-t-il pour l'AFP.

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