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Avortement en Espagne: des professionnels mobilisés contre la réforme

23/01/2014 12:57 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

Gynécologues, neuropsychiatres, planning familial ou juristes, plusieurs organisations de professionnels de la santé se mobilisent contre la réforme qui supprime quasiment l'avortement en Espagne, refusant de "retourner à l'ère franquiste".

Jeudi soir, environ 150 professionnels se sont rassemblés aux cris de "avortement légal pour ne pas mourir" et ont remis symboliquement quelque 220 "demandes d'asiles" à l'ambassade de France à Madrid.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a déclenché un tollé dans les milieux de gauche et féministes en Europe, en particulier en France, en approuvant un projet de loi qui supprime l'avortement en Espagne sauf en cas de danger prouvé pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme, ou pour viol ayant fait l'objet d'une plainte préalable.

La loi actuelle espagnole, votée en 2010 sous le gouvernement socialiste, autorise l'avortement jusqu'à 14 semaines de grossesse et jusqu'à 22 semaines en cas de malformation du foetus.

"Nous nous concentrons surtout pour faire que la loi ne passe pas", explique à l'AFP Isabel Serrano, ancienne présidente de la Fédération nationale du planning familial et coordinatrice de "Decidir nos hace libres" (Décider nous rend libres), un collectif rassemblant plus de 300 associations.

Mais si le texte est voté par le Parlement, ajoute-t-elle, "il est certain que nous allons voir des secteurs sanitaires disons insoumis, voire des régions, parce que cela a été évoqué, en Catalogne, en Galice, en Extrémadure et en Andalousie, qui ne l'appliqueront pas".

Silvia Aldavert, coordinatrice du planning familial de Catalogne, grande région du nord-est du pays, confirme.

"La première lutte est de tenter de parvenir à ce que la femme ne doive pas aller à l'étranger" pour avorter. "Si nous n'y parvenons pas, il y aura une deuxième étape pour organiser ni plus ni moins ce qui se faisait sous l'ère franquiste" (1939-1975).

Avant la loi de 1985, qui pour la première fois autorisait l'avortement en cas de risque pour la santé de la mère, les femmes espagnoles se rendaient surtout à Londres ou Amsterdam, grâce à des "réseaux de soutien qui fournissaient information, conseils et aide économique pour le voyage", explique-t-elle.

Avec la réforme, "quasi 90% des femmes qui avortent aujourd'hui devront aller à l'étranger et payer leur voyage, ou avorter clandestinement et jouer avec leur vie", déplore cette militante des droits de la Femme.

"Tout cela, c'est pour plaire aux néoconservateurs. Ces personnes pensent que la vie commence dès le moment de la conception. Nous, nous pensons que l'être humain est celui qui est né", explique à l'AFP le docteur Santiago Barambio, de la Clinique Tutor à Barcelone, l'un des parrains de la loi de 2010.

Il compte sur "le rejet en Europe de la part de personnes comme la ministre française des Droits de la Femme", Najat Vallaud-Belkacem, qui a souhaité que le débat soit étendu au Parlement européen, et sur le rejet du projet au sein même du Parti populaire.

Ce parti gouvernemental dispose de la majorité absolue au Parlement espagnol, mais certains de ses responsables ont déjà critiqué la loi, comme les présidents d'Extrémadure et de Galice.

En attendant, initiatives et déclarations se multiplient. L'association espagnole de neuropsychiatrie (AEN) a dénoncé "une instrumentalisation des psychiatres pour tenter de donner une patine scientifique à l'idéologie de certaines personnes".

Le texte prévoit l'accord de deux psychiatres différents pour autoriser l'avortement.

Six sociétés membres de la Société espagnole de santé publique (Sespas) et l'association espagnole de diagnostic prénatal (AEDP) se sont également alarmées des risques pour les femmes et l'enfant.

Une association de femmes juristes, Themis, prépare un texte exigeant le retrait du projet qui "fait revenir à une loi des plus restrictives en Europe", alors que la plupart des pays du continent autorisent l'avortement, selon une porte-parole.

Le 1er février, un "train pour la liberté" transportant des militantes arrivera à Madrid, venant du nord de l'Espagne.

"Beaucoup d'associations m'appellent de toute l'Europe pour savoir comment elles peuvent aider. Tout se met en place", assure Isabel Serrano.

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