NOUVELLES

Aliments bio contaminés aux pesticides : l'ACIA admet ne pas avoir fait de suivi

23/01/2014 02:11 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

L'Agence canadienne d'inspection des aliments, responsable d'assurer la sécurité des aliments, a fait des déclarations trompeuses à Radio-Canada. Elle a affirmé plusieurs fois par courriels et par téléphone qu'elle avait envoyé les données concernant la présence de pesticides dans des produits bio aux organismes de certification.

Radio-Canada a révélé au début du mois que près de la moitié des fruits et légumes biologiques analysés depuis deux ans contenaient des traces de pesticides, selon les données de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) obtenues par Radio-Canada en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Radio-Canada avait demandé à l'ACIA ce qu'elle faisait de ces résultats et elle avait assuré qu'ils étaient envoyés aux organismes de certification afin qu'ils puissent enquêter sur la source de contamination.

L'Agence admet aujourd'hui qu'elle n'a pas encore envoyé ces résultats de tests aux organismes de certification et indique être toujours en train d'analyser les données.

« Nous nous excusons de vous avoir induits en erreur, mais ce n'était pas notre intention », a déclaré le directeur des communications et des relations avec les médias, Ron Milito.

La réponse de l'ACIA est inacceptable, selon un membre du groupe Démocratie en surveillance, situé à Ottawa, Duff Conacher.

Selon les données de l'ACIA obtenues par Radio-Canada, 45,8 % des fruits et légumes analysés entre septembre 2011 et septembre dernier contenaient des traces de pesticides. Les raisins, les fraises et les pommes de terre étaient le plus souvent contaminés; à l'opposé, les carottes l'étaient le moins souvent.

La plupart des produits testés étaient importés; seulement un cinquième avaient poussé au Canada. De ces produits locaux, 43 % se sont révélés positifs pour au moins un pesticide.

Les chiffres montraient aussi que 1,8 % des aliments contenaient tellement de pesticides qu'ils dépassaient les normes permises pour des aliments, biologiques ou non.

Huit pour cent des aliments biologiques testés par les inspecteurs canadiens ont des taux de pesticides si élevés qu'ils laissent supposer un usage délibéré de ces produits, ce qui est contraire à l'agriculture biologique.

L'ACIA n'a pas empêché ces produits d'être vendus sur le marché canadien comme des produits biologiques. Elle affirme que la santé du public n'a pas été mise en danger.

Entorse au code de conduite 

Dans sa première lettre envoyée à Radio-Canada, le 13 novembre, l'ACIA a écrit : « Les résultats des tests sur les produits bio contenant des résidus de pesticides sont adressés à l'organisme de certification approprié.

Ensuite, dans une interview réalisée le 12 décembre, un porte-parole a déclaré : « Nous envoyons cela à notre organisme de certification accrédité, qui exige des exploitants de prendre les mesures correctives ». Le porte-parole a répété ce point à plusieurs reprises au cours de l'entrevue.

Le 9 janvier, l'Agence fédérale a écrit que l'ACIA informe les organismes de certification, qui doivent poursuivre l'enquête avec l'exploitant/le producteur pour déterminer la source de la contamination.

Enfin, le 15 janvier dernier, l'Agence a écrit à Radio-Canada, qui avait eu vent que les résultats n'avaient pas été envoyés, qu'elle était en train d'analyser les résultats des tests de résidus de pesticides pour déterminer précisément à quel organisme de certification elle devait les envoyer.

Pour M. Conacher, le code de conduite de l'ACIA a été violé et « il devrait y avoir des répercussions pour ces gens qui ont été de mauvaise foi ».

Byron Hamm, le directeur de la certification pour le système bio Pro-Cert, la plus importante entreprise canadienne de certification, a hâte de recevoir les résultats des tests de résidus de pesticides de l'Agence.

M. Hamm précise qu'il est satisfait du programme bio de l'ACIA et qu'il travaille avec elle pour l'aider à l'améliorer.

PLUS:rc