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Trois ans après la révolution, l'Egypte bafoue les droits de l'Homme (Amnesty)

22/01/2014 07:01 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

Les autorités mises en place par l'armée en Egypte répriment toute dissidence et bafouent les droits de l'Homme à une échelle inédite, trois ans après la révolte ayant chassé Hosni Moubarak du pouvoir, affirme Amnesty International jeudi.

L'organisation de défense des droits de l'Homme a publié un rapport sur l'Egypte à deux jours du 3e anniversaire le 25 janvier de la révolte populaire qui a renversé M. Moubarak.

Son successeur, l'islamiste Mohamed Morsi, élu en juin 2012, a été destitué et emprisonné le 3 juillet 2013 par l'armée qui a justifié son éviction par un mécontentement d'une grande partie de la population. Depuis, le pays est profondément divisé et pris dans un engrenage de violences meurtrières.

"L'Egypte a connu ces sept derniers mois une série d'atteintes préjudiciables aux droits de l'Homme et des violences de la part de l'Etat, d'une ampleur sans précédent", estime Hassiba Hadj Sahraoui dans le rapport, alors que les nouvelles autorités répriment les partisans de M. Morsi dont la confrérie des Frères musulmans a été désignée comme "organisation terroriste".

"Les revendications de la Révolution du 25-Janvier en matière de dignité et de respect des droits de l'Homme semblent plus inaccessibles que jamais, trois ans plus tard", déplore-t-elle.

Depuis le 3 juillet, 1.400 personnes ont été tuées, en grande majorité des partisans de M. Morsi, dans les violences, "la plupart en raison d'un recours excessif à la force par les services de sécurité", affirme l'ONG.

Elle souligne que tant que les autorités n'auront pas changé d'attitude, "les prisons d'Egypte se rempliront de personnes détenues de façon illégale, et ses morgues et hôpitaux de victimes de la force abusive et arbitraire exercée par la police".

Mme Sahraoui a souligné que les autorités ont également arrêté des artisans de la révolte anti-Moubarak, déplorant que "la répression et l'impunité" soient devenus les mots d'ordre.

En novembre, une nouvelle loi a été votée interdisant toute manifestation n'ayant pas été au préalable autorisée par la police. En vertu du texte, plusieurs leaders de la révolte contre M. Moubarak ont été arrêtés pour avoir organisé des rassemblements jugés illégaux.

Les organisations de défense des droits de l'Homme considèrent le placement en détention de militants anti-Moubarak comme un signe de l'élargissement de la répression, au-delà des militants pro-Morsi qui étaient jusqu'alors les seuls ciblés.

"Les autorités doivent desserrer leur emprise sur la société civile et permettre les manifestations pacifiques et les autres expressions légales du mécontentement" a estimé Mme Sahraoui, vice-directrice d'Amnesty pour le Moyen-Orient.

"Leurs politiques actuelles sont une trahison de toutes les aspirations à du pain, de la paix et de la justice sociale", les revendications au coeur de la révolution de 2011, selon elle.

L'ONG a aussi déploré les attaques visant les journalistes et la liberté de la presse, ainsi que des perquisitions dans des ONG.

"Il s'agit de tentatives délibérées de compliquer leur tâche en Egypte, leur travail de recherche et de publication sur les abus commis par l'Etat," a estimé Mme Sahraoui, ajoutant que la justice était elle aussi utilisée comme un "outil de répression".

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