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Texas: un Mexicain risque l'exécution, malgré une levée de boucliers diplomatique

22/01/2014 12:45 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

Malgré de vives protestations diplomatiques, l'heure de l'exécution du Mexicain Edgar Tamayo Arias se rapprochait inexorablement mercredi au Texas, où d'ultimes recours étaient envisagés pour empêcher une mise à mort en violation du droit international.

Edgar Tamayo Arias, 46 ans, doit être exécuté par injection létale mercredi à 18H00 heure locale (00H00 GMT jeudi) dans la chambre de la mort de Huntsville, au Texas (sud).

"Nous continuons d'envisager toutes nos options d'appel pour faire valoir le droit de M. Tamayo à l'examen de la violation de ses droits consulaires", a déclaré Maurie Levin, l'une des avocates du Mexicain, quelques heures avant le moment prévu pour son exécution.

Profusion d'appels et d'interventions diplomatiques et judiciaires tentaient jusqu'au bout d'éviter la mise à mort du Mexicain, certes condamné pour le meurtre d'un policier, en 1994 à Houston, mais privé de ses droits consulaires, en violation de la Convention de Vienne.

Cette Convention de 1963, ratifiée par 175 pays dont les Etats-Unis, stipule que tout ressortissant étranger doit pouvoir informer et recevoir assistance des représentants de son consulat, après avoir été au préalable avisé de ces droits.

Un juge fédéral du Texas a refusé mardi soir de reporter l'exécution et rejeté la demande de révision de son dossier, comme l'avait pourtant demandé la Cour internationale de Justice, dès 2004.

"Profondément déçues par ce jugement", les avocates de M. Tamayo ont dit "espérer que les cours d'appel rappelleront (aux autorités texanes) à leur promesse (de révision du dossier) et que M. Tamayo obtiendra, pour la première fois, un réexamen de l'important préjudice résultant du non-respect de ses droits en vertu de la Convention de Vienne".

Les appels pourraient aller jusqu'à la Cour suprême des Etats-Unis, qui peut statuer jusqu'à la dernière minute.

M. Tamayo parlait à peine l'anglais lors de son arrestation et son retard mental aurait pu lui épargner la peine capitale, s'il avait été assisté par des représentants consulaires, arguent ses avocates Maurie Levin et Sandra Babcock.

"Tollé international"

Plusieurs organisations des droits de l'Homme, dont Amnesty International, dénoncent une "violation honteuse du droit international" dans ce cas, comme dans celui d'une quarantaine d'autres Mexicains qui, bien que visés par le jugement de la Cour de La Haye, sont toujours dans le couloir de la mort aux Etats-Unis.

L'exécution d'un autre de ces ressortissants mexicains, Ramiro Hernandez, 44 ans, est programmée pour le 9 avril au Texas.

"Nous continuerons d'essayer de faire respecter ce jugement (de La Haye) avant chaque exécution mais, au bout du compte, ces décisions sont entre les mains des Etats", a récemment déclaré Roberta Jacobson, secrétaire d'Etat adjointe pour l'Amérique latine.

A la veille de l'exécution encore, le gouvernement fédéral américain avait mis la pression sur l'Etat du Texas, tandis que le gouvernement mexicain réaffirmait son refus que M. Tamayo soit exécuté.

"Nous demandons simplement un ajournement de l'exécution jusqu'à ce que nous puissions voir si le fait qu'il n'a pas joui de ses droits consulaires conformément à la Convention de Vienne a été ou non préjudiciable", résumait une porte-parole du département d'Etat, Marie Harf.

Fin 2013, le secrétaire d'Etat John Kerry avait déjà demandé un sursis pour M. Tamayo auprès du gouverneur du Texas, Rick Perry, insistant sur "l'obligation des Etats-Unis au regard du droit international", et sur les répercussions inévitables pour tous les Américains emprisonnés à l'étranger.

Le sujet a été à nouveau abordé vendredi à Washington entre John Kerry et son homologue mexicain.

Le gouvernement du Mexique, qui a aboli la peine capitale, a réaffirmé "son refus ferme de l'exécution de son ressortissant (...) en claire violation des obligations internationales des Etats-Unis".

"Du tollé international provoqué par le cas Tamayo, il apparaît évident que les élus américains doivent agir immédiatement pour guérir cette plaie purulente", a déclaré à l'AFP Mark Warren, chercheur canadien de Human Rights Research spécialiste de ce dossier.

"Les dégâts pour la réputation internationale de l'Amérique s'aggravent à chaque exécution", a-t-il estimé, en plaidant urgemment pour l'adoption d'une loi fédérale.

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