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Syrie : ouverture houleuse de la conférence de Genève 2

22/01/2014 07:46 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

Les échanges ont été tendus mercredi à la conférence de paix internationale sur la Syrie qui s'est ouverte à Montreux, en Suisse, où les premiers échanges se sont butés à la question du départ du président Bachar Al-Assad comme condition obligatoire à l'instauration d'un gouvernement de transition pour mettre fin à la guerre civile. 

Parmi les 30 pays invités à la conférence de paix, les grandes puissances (Grande-Bretagne, Chine, France, Russie, États-Unis) ont appelé le régime syrien et l'opposition à saisir cette « opportunité historique » pour faire cesser la guerre civile qui embrase la Syrie depuis bientôt trois ans.

Les négociations s'annoncent toutefois ardues et le ton s'est fait plus accusateur que conciliant à l'ouverture des travaux marquée par une allocution quatre fois plus longue que prévu du ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem.

L'émissaire du gouvernement Al-Assad, qui disposait de 10 minutes de temps de parole, a parlé pendant plus de 35 minutes, obligeant le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, à lui demander de raccourcir son intervention.

« Vous vivez à New York et moi je vis en Syrie, j'ai le droit de donner la version syrienne ici devant ce forum », a rétorqué Walid Mouallem.

Devant son refus, le secrétaire général de l'ONU a dû mettre un terme au discours du chef de la diplomatie syrienne, qui a qualifié ses vis-à-vis, les représentants de l'opposition syrienne, de « traîtres » et d'agents à la solde des ennemis de la Syrie.

Le chef de la diplomatie syrienne a également accusé les pays voisins de la Syrie ainsi que les monarchies du golfe Persique de subventionner le terrorisme et le désordre en Syrie.  

Walid Mouallem a aussi écorché au passage les États-Unis, qu'il a accusés d'avoir introduit la poliomyélite en Syrie, tout en rappelant au secrétaire d'État John Kerry que « personne au monde n'a le droit de conférer ou de retirer la légitimité à un président, à une constitution ou à une loi, sauf les Syriens eux-mêmes ».

Au terme de cette prestation, la parole a été donnée à Ahmad Jarba, chef de la Coalition nationale syrienne, qui, lui, a respecté les 10 minutes de temps de parole qui lui étaient accordées.

Lors de son allocution, Ahmad Jarba a essentiellement appelé le président Bachar Al-Assad à remettre son pouvoir à un gouvernement de transition, conformément à la déclaration de Genève 1.

Le départ de Bachar Al-Assad au centre des discussions

La question du départ du président Bachar Al-Assad se retrouve au centre de tous les débats, y compris entre les puissances qui sont à l'origine de cette conférence. Selon l'interprétation que font les Occidentaux et l'opposition syrienne des principes de Genève 1, édictés en juin 2012, il ne peut y avoir de retour à la paix et de gouvernement de transition sans le départ du président Bachar Al-Assad. Ce à quoi s'opposent les alliés de Damas, principalement la Russie. 

Évitant de se lancer dans ce débat, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a mis en garde les participants à la rencontre contre « les tentatives d'interpréter ce document (Genève 1) d'une façon ou d'une autre ».

Lors de son discours d'ouverture, le secrétaire d'État américain, John Kerry, a emprunté la voie inverse en déclarant que « Bachar Al-Assad ne prendra pas part au gouvernement de transition. Il est impossible et inimaginable que cet homme qui a mené une telle violence contre son propre peuple puisse conserver la légitimité pour gouverner ».

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a renchéri en déclarant qu'il ne s'agit pas d'une conférence sur le « terrorisme », comme le souhaite Damas, mais bien sur un « gouvernement de transition » pour mettre un terme à la guerre en Syrie.

« Il s'agit (...) non pas de lancer des invectives ou des slogans de propagande, non pas de gagner du temps, non pas de prononcer des discours en répétant le mot terrorisme. Il s'agit de rechercher un accord politique pour la Syrie concernant cette autorité de transition dotée des pleins pouvoirs exécutifs », a lancé M. Fabius.

L'ONU, pour sa part, a demandé au gouvernement syrien un accès total et immédiat aux zones assiégées pour y acheminer des vivres et de l'aide humanitaire. Bien que les difficultés soient grandes en Syrie, a admis Ban Ki-moon, « elles ne sont pas insurmontables », a-t-il rappelé.

Les négociations directes commencent vendredi

Au terme des travaux de groupe, les délégations syriennes doivent se rencontrer vendredi en tête-à-tête à Genève pour amorcer des négociations directes, les premières depuis le début de la guerre civile en Syrie.

Ces négociations directes devraient s'étendre sur une semaine environ avant une pause puis une deuxième session de pourparlers, a expliqué le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Au cours des prochains jours, le gouvernement du président Bachar Al-Assad, l'opposition syrienne en exil, les Nations unies, l'Union européenne, les États-Unis et la Russie tenteront de négocier la fin de la guerre civile qui a fait 130 000 morts depuis les premiers soulèvements contre le régime de Damas en mars 2011.

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