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Chine: un militant anticorruption proteste en silence à son procès

22/01/2014 03:14 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

Un éminent militant anticorruption chinois jugé mercredi à Pékin a gardé le silence pour dénoncer ce que son avocat qualifiait de "mise en scène" de la justice, dans un contexte de répression renforcée des voix dissidentes.

Le procès de l'universitaire et avocat Xu Zhiyong, qui avait appelé les dirigeants communistes à davantage de transparence, s'est tenu en un jour sous haute sécurité dans la capitale.

Fondateur du Mouvement des nouveaux citoyens, un réseau informel de militants dans le collimateur des autorités, Xu encourt une peine de cinq ans de réclusion pour "rassemblement illégal visant à subvertir le pouvoir politique".

Des dizaines de policiers en uniforme ou en civil avaient pris place autour du tribunal situé dans l'ouest de Pékin, harcelant les journalistes et tentant de les empêcher de filmer l'édifice, a constaté un journaliste de l'AFP sur place.

Zhang Qingfang, l'avocat de Xu Zhiyong, a indiqué que son client avait "gardé le silence" durant ce procès qui s'est achevé après six heures d'audience.

"Nous ne voulons pas prendre part à cette mise en scène théâtrale, nous ne sommes pas des acteurs, nous ne pouvons jouer la comédie", a-t-il confié à l'AFP, ajoutant: "La Cour a tenté de convaincre Xu de parler (...) elle a perdu dix minutes à essayer de convaincre les avocats de s'exprimer.

Inlassable promoteur de réformes du système juridique, Xu Zhiyong avait prôné une mobilisation citoyenne contre la corruption et exigé une transparence sur le patrimoine des hauts fonctionnaires.

Il fait partie de huit militants anticorruption devant être jugés ces prochains jours, accusés de troubles à l'ordre public alors même que s'intensifie la répression des autorités contre les voix dissidentes.

Dans un pays où l'appareil judiciaire est étroitement soumis aux décisions politiques, il est quasiment certain que ces procès déboucheront tous sur des condamnations.

Bien que les preuves présentées soient "insuffisantes" pour prouver un délit quelconque, "les procureurs ont requis la sentence la plus lourde", soit cinq années d'emprisonnement, a déclaré Me Zhang, précisant qu'aucun jour n'avait été fixé pour le prononcé du verdict.

Selon les avocats des militants, ces audiences ont été organisées juste avant les congés du Nouvel an lunaire afin de leur offrir une moindre visibilité.

Une vingtaine des partisans de Xu s'étaient cependant rassemblés mercredi à l'extérieur du tribunal, et un groupe d'une dizaine de personnes y brandissait une bannière appelant les responsables politiques à déclarer leur fortune, le leitmotiv de Xu.

"C'est le meilleur moyen d'endiguer la corruption (...) Si vous ne révélez pas votre patrimoine, cela signifie que vous avez quelque chose à cacher", a affirmé l'un d'entre eux, Wu Guangzhong.

"C'était censé être une audience ouverte, mais le procès se tient à huis clos", s'est désolé un autre partisan présent, Zhu Jiaqi, estimant que "la voix de Xu reflète celle des Chinois de base, des gens ordinaires".

La presse étrangère et les diplomates étrangers n'étaient pas admis à l'audience, comme l'a indiqué à l'AFP le représentant d'un pays européen.

Des images de la BBC filmées près du tribunal ont montré un journaliste et un caméraman poussés sans ménagement par deux hommes, une capuche sur la tête, tandis qu'un reporter de la chaîne américaine CNN a rapporté sur Twitter que les forces de sécurité avaient brisé sa caméra.

"D'après mes informations, ces journalistes ont ignoré des avertissements répétés (...) et pénétraient dans une zone interdite, donc le personnel compétent a dû les écarter du site", a commenté Qin Gang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Il a par ailleurs rappelé que Xu Zhiyong était jugé "conformément à la loi" et que la procédure judiciaire reflétait "l'Etat de droit et l'indépendance de la justice" chinoise.

Xu Zhiyong avait écrit en mai 2012 un article intitulé "La Chine a besoin d'un Mouvement des nouveaux citoyens".

Depuis, des dizaines de personnes prétendument liées à ce réseau ont été la cible d'interpellations extra-judiciaires, ou placées en détention, ou encore formellement arrêtées.

Amnesty International a dénoncé mardi l'"hypocrisie" des autorités chinoises qui jugent ces militants, tout en affichant une volonté de transparence et de lutte contre les pots-de-vin.

L'ambassadeur de l'Union européenne en Chine s'était dit vendredi inquiet de leur "durcissement" à l'encontre de militants des libertés. Les Etats-Unis, eux, avaient fait part de leurs "inquiétudes" après l'arrestation de Xu en juillet 2013.

Pékin a réorqué mardi, demandant aux pays étrangers de ne "pas s'ingérer dans les affaires intérieures de la Chine".

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