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Cambodge: des militants défient le pouvoir pour marquer le meurtre d'un syndicaliste

22/01/2014 12:51 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

Plus d'une centaine de militants ont défilé mercredi à Phnom Penh à l'occasion de 10e anniversaire du meurtre d'un leader syndical, défiant l'interdiction de manifester imposée par les autorités après la répression sanglante d'une grève d'ouvriers du textile.

Chea Vichea, critique virulent du gouvernement du Premier ministre Hun Sen, avait été abattu en plein jour en 2004 devant le kiosque d'un marchand de journaux à Phnom Penh, un meurtre décrit par les militants comme une tentative de réduire son syndicat au silence.

Syndicalistes et ouvriers, tenant des fleurs de lotus, ont marché vers un parc de la capitale où une statue de Chea Vichea a été érigée, près des lieux du crime.

"Nous voulons lancer un message au gouvernement cambodgien, pour qu'il arrête de répandre le sang du peuple, y compris des syndicalistes", a déclaré Chea Mony, frère de la victime et président du syndicat Free Trade Union (FTU).

Il a également réclamé justice pour son frère.

Deux personnes vues par les défenseurs des droits de l'homme comme des boucs émissaires avaient été dans un premier temps condamnées à 20 ans de prison pour son meurtre. Mais la justice les avait finalement acquittées en septembre et libérées. Personne d'autre n'a été arrêté.

Les militants estiment que ce meurtre est un symbole de la culture de l'impunité dans un pays où des groupes d'intérêts puissants sont déterminés à museler toute opposition.

Chea Vichea avait créé le FTU avec le chef de l'opposition Sam Rainsy et organisé de nombreuses manifestations pour les droits des travailleurs du secteur textile, crucial pour l'économie du pays.

"Le sol cambodgien est souillé du sang des ouvriers", a dénoncé Rainsy qui participait au rassemblement. "C'est cruel et totalement injuste".

Début janvier, la police avait ouvert le feu sur un rassemblement d'ouvriers du textile en grève pour réclamer de meilleurs salaires, tuant au moins quatre personnes.

Le lendemain, les autorités interdisaient jusqu'à nouvel ordre toute nouvelle manifestation à Phnom Penh, dispersant des partisans de l'opposition qui occupaient depuis des semaines un parc de la ville pour réclamer de nouvelles élections.

Malgré tout, la police, qui a dispersé ces derniers jours plusieurs manifestations et interpellé brièvement des militants, n'a pas interrompu le défilé mercredi.

Les syndicalistes prévoient une grande manifestation dimanche pour réclamer la libération de 23 personnes arrêtées lors de la répression sanglante du début du mois.

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