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A Davos, la situation de l'Europe ne rassure pas

22/01/2014 01:56 EST | Actualisé 24/03/2014 05:12 EDT

Avec sa croissance maigrichonne et son chômage élevé, l'Europe n'est pas sortie de l'auberge, selon les dirigeants économiques réunis mercredi à Davos, qui plaident unanimement pour des réformes profondes.

"L'Europe n'est pas de retour", a déclaré Axel Weber, président du conseil d'administration de la banque suisse UBS et ancien patron de la banque centrale allemande, lors d'une session de travail intitulée "l'Europe est-elle de retour ?".

Lors des précédentes éditions du forum économique mondial de Davos, la crise financière en zone euro était sur toutes les lèvres et alimentait toutes les craintes. Mais non pour cette 44e édition dont les travaux ont début mercredi. Pour autant, les influents acteurs économiques réunis dans la station huppée suisse ne débordent pas d'optimiste.

Le Fonds monétaire international (FMI) a certes relevé mardi sa prévision de croissance économique mondiale en 2014, estimant notamment que la zone euro était en train de "tourner le dos" à la récession. Mais sa croissance attendue pour 2014 reste modeste, à 1%.

Le patron du groupe pétrolier Total, Christophe de Margerie, a asséné une formule choc devant les journalistes, n'hésitant pas à déboulonner l'Europe de son piédestal d'économie avancée pour en faire un pays émergent, voulant dire par là que son économie doit se réinventer.

"Ne le prenez pas comme une provocation, je pense que l'Europe devrait être reconsidérée comme un pays émergent", a-t-il déclaré.

Plutôt que de chercher à rivaliser vainement avec les pays qui peuvent produire à moindre coût, les économies européennes doivent mettre en place de nouvelles compétences pour rétablir leur compétitivité.

"Franchement, nous avons besoin d'un nouveau départ. Arrêtons de penser que nous pouvons redémarrer à partir de choses qui ne peuvent plus être sources de développement ou de croissance pour nos pays", a-t-il déclaré.

Parmi les principales sources d'inquiétude pour les patrons qui s'exprimaient à Davos, le chômage est particulièrement préoccupant.

En novembre, le chômage est resté stable dans la zone euro à 12,1% de la population active, un niveau qui n'augmente plus depuis huit mois mais qui reste bien trop élevé, estiment généralement les économistes.

"Défi de l'emploi"

"La situation du chômage des jeunes est terrifiante", a commenté l'économiste américain Kenneth Rogoff, de l'université de Harvard, alors que dans certains pays du sud de l'Europe comme l'Espagne ou la Grèce, il dépasse les 50%. La région court le risque de "perdre une partie de toute une génération", selon M. Rogoff qui s'inquiète en particulier du chômage des jeunes.

Le patron du groupe pétrolier italien Eni, Giuseppe Recchi, a affirmé devant l'auditoire qu'aujourd'hui en Italie, "il est difficile d'embaucher une personne de 30 ans sans expérience professionnelle".

"La crise a indubitablement créé un immense défi de l'emploi, en particulier pour les jeunes", a déclaré à l'AFP le chef économiste du cabinet de conseil britannique IHS, Nariman Behravesh.

"C'est probablement le plus gros défi pour l'Europe actuellement", selon lui ajoutant "c'est un problème économique et un problème politique, parce que, la dernière chose que vous voulez, quel que soit le pays, c'est beaucoup de jeunes sans emploi, c'est très dangereux", évoquant de potentiel troubles sociaux et des émeutes.

La solution, selon les participants au forum, semble passer par des réformes du marché du travail. "Nous avons demandé à 80 de nos clients quelles sont les sujets incontournables en Europe pour leur expansion. La réponse a été la rigidité du marché du travail", a déclaré le patron du groupe publicitaire WPP Martin Sorrell.

Présent à Davos, le secrétaire général du syndicat IndustriALL, Jyrki Raina, a mis en garde contre la casse des modèles sociaux. "Il serait très dangereux de détruire les modèles sociaux européens à moins que vous ne vouliez suivre le chemin du Bangladesh ou du Cambodge", des pays où sont installés de nombreuses manufactures et où les conditions de travail sont très dures, a-t-il dit à l'AFP.

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