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Tensions en Ukraine : les autorités excluent l'état d'urgence

21/01/2014 01:45 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

Un conseiller du président Viktor Ianoukovitch a exclu mardi la proclamation de l'état d'urgence en Ukraine comme solution des autorités face au mouvement de contestation qui secoue le pays et qui a pris ces derniers jours un tour violent.

Dans le centre de Kiev, 2000 à 3000 manifestants faisaient face mardi à un millier de policiers dans un climat tendu et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dit redouter que la situation échappe à tout contrôle.

D'abord alimentée par le refus du chef de l'État de signer un accord de libre-échange avec l'Union européenne en novembre, la colère des opposants se nourrit maintenant du vote, la semaine dernière par les députés pro-Ianoukovitch, de plusieurs lois restreignant fortement le droit de manifester.

Ils étaient au moins 100 000 à protester dimanche sur Maïdan, la place de l'Indépendance et le foyer de la contestation dans le centre de Kiev, où des échauffourées ont fait des dizaines de blessés dans les rangs des manifestants et de la police.

Depuis lors, des groupes bataillent jour et nuit avec les forces de l'ordre alignées près du siège du Parlement, jetant pavés, pétards ou cocktails incendiaires sur les policiers, qui répliquent à l'aide de grenades assourdissantes et de balles en caoutchouc.

Sur place, les correspondants de l'agence Reuters ont pu compter une dizaine de bus ou de camions incendiés. Périodiquement, les policiers antiémeute frappent sur leurs boucliers en invitant par haut-parleurs la foule à cesser toute « action de nature antisociale ». Trois prêtres se sont interposés entre les deux camps pour appeler au calme.

Appel au dialogue

Viktor Ianoukovitch a invité lundi l'opposition au dialogue pour parvenir à un compromis, une initiative saluée par Moscou, mais le chef de l'État n'a avancé aucune proposition et les chefs de la contestation redoutent qu'il s'agisse seulement pour le président d'un moyen de gagner du temps.

L'un des opposants les plus en vue, l'ancien boxeur Vitali Klitschko, désormais à la tête du parti libéral Udar, a dit avoir tenté en vain de rencontrer le chef de l'État mardi.

« On m'a dit qu'il était en réunion. Je suis surpris de voir que cette réunion était plus importante que l'affrontement qui se déroule dans les rues et met en danger des vies », a-t-il dit.

L'option d'un couvre-feu accompagné de l'état d'urgence, évoquée par la presse, a été rejetée par un proche du président. « Il n'y aura pas de déclaration d'un état d'urgence », a dit Andreï Kliouev, secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense, en réponse à la question d'un journaliste.

À Moscou, Sergueï Lavrov a dénoncé le recours des manifestants « à la violence, aux attaques contre la police, à l'incendie volontaire, aux cocktails Molotov et aux engins explosifs », y voyant une attitude « en violation complète de toutes les normes européennes de comportement ».

« Je pense que les appels à la retenue lancés par les chefs de l'opposition, en particulier par Vitali Klitschko, prouvent que la situation échappe désormais à tout contrôle », a ajouté le chef de la diplomatie russe lors d'une conférence de presse.

Sergueï Lavrov a épinglé au passage certains représentants européens qui sont intervenus dans la crise. « Certains de nos collègues européens [...] se sont rendus sur Maïdan sans y avoir été invités et ont pris part aux manifestations antigouvernementales dans un pays avec lequel ils entretiennent des relations diplomatiques », a-t-il dit.

En décembre, la porte-parole de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, la secrétaire d'État américaine adjointe Victoria Nuland et Guido Westerwelle, alors ministre allemand des Affaires étrangères, se sont rendus auprès des manifestants.

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