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Libye: Zeidan sous pression après le retrait des islamistes de son gouvernement

21/01/2014 11:48 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

La pression s'accentuait mardi sur le Premier ministre libyen Ali Zeidan suite à la décision des islamistes de retirer leurs cinq ministres de son cabinet après avoir tenté sans succès de soumettre une motion de défiance au Parlement.

En poste depuis un peu plus d'un an, M. Zeidan est notamment critiqué pour ne pas être parvenu à rétablir l'ordre dans un pays en proie à l'anarchie depuis la chute il y a plus de deux ans du régime de Mouammar Kadhafi.

Mardi encore, de nouvelles violences ont secoué les régions de Tripoli et Benghazi alors que le sud du pays est le théâtre d'affrontements tribaux depuis plusieurs jours.

Au moins cinq personnes ont été tuées et une vingtaine blessées à l'ouest de la capitale dans des affrontements entre ex-rebelles et groupes armés accusés d'être des partisans de l'ancien régime.

Dans l'est du pays, deux membres des Forces spéciales de l'armée ont été tués dans l'explosion de leur voiture à Benghazi, où les forces de sécurité sont régulièrement prises pour cible, a indiqué une source médicale.

Mécontents notamment de l'état de la sécurité, les islamistes du Parti pour la Justice et la construction (PJC) tentaient depuis plusieurs semaines de réunir autour d'eux suffisamment de parlementaires --120 (sur 194)-- pour faire adopter au Congrès général national (CGN, Parlement) une motion de défiance et faire ainsi chuter le gouvernement Zeidan.

Mais il ne sont parvenus mardi qu'à réunir 99 signatures, et après l'échec de sa démarche, le parti a annoncé la démission de ses ministres d'un gouvernement qu'il estime "incapable d'amener le pays à bon port".

Le PJC, bras politique des Frères musulmans libyens, détenait cinq des 32 portefeuilles du gouvernement: le Pétrole, l'Electricité, l'Habitat, l'Economie et les Sports.

Dans un communiqué, les 99 députés, dont ceux du PJC, ont reconnu l'échec de leurs efforts pour retirer la confiance au gouvernement, mais ont appelé Ali Zeidan à démissionner pour éviter une aggravation de la crise.

Ils ont précisé devant la presse que les tractations en vue d'atteindre le quorum pour faire tomber le gouvernement allaient se poursuivre.

Selon le texte, leur demande est motivée par l'"échec cuisant" du gouvernement dans les dossiers de la sécurité et des réformes administratives en vue d'une décentralisation. Ils accusent aussi le gouvernement de ne pas être parvenu à régler le dossier des ports pétroliers de l'est du pays, bloqués par des protestataires depuis plusieurs mois.

Les signataires affirment cependant qu'avec ces 99 signatures la confiance a été "politiquement" retirée au gouvernement, l'un d'eux appelant M. Zeidan à démissionner pour "éviter la crise", dans la mesure où le "Congrès n'a pas dit son dernier mot".

Pas de démission

Comptant sur l'appui des membres du parti libéral de l'Alliance des forces nationales (AFN), M. Zeidan, un indépendant, a affirmé qu'il ne démissionnerait pas, et accusé les Frères musulmans d'être derrière des initiatives visant à déstabiliser le gouvernement.

Dans une déclaration à la chaîne privée Libya al-Ahrar, il a martelé à plusieurs reprises que les Frères musulmans, malgré leur participation au gouvernement, usaient de tous les moyens pour lui mettre les bâtons dans les roues.

M. Zeidan a affirmé qu'il quitterait "volontiers" son poste si le Congrès lui choisit un remplaçant, car il ne "veut pas laisser le pays" avec une vacance du pouvoir, a-t-il expliqué dimanche dans une interview télévisée.

Il a également affirmé que le gouvernement n'avait pas échoué, tout en reconnaissant des lacunes qu'il attribue à la prolifération des armes dans le pays après la chute de l'ancien régime.

Le Premier ministre avait annoncé le 8 janvier qu'il envisageait de remanier son cabinet et de former un nouveau "gouvernement apolitique".

Ce remaniement concernerait notamment le ministère de l'Intérieur, vacant depuis la démission en août 2013 du ministre Mohamed Khalifa al-Cheikh, ainsi que d'autres portefeuilles dont les titulaires "souhaitent quitter le gouvernement".

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