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Genève II sans l'Iran, une erreur pour Moscou, vouée à l'échec pour Téhéran

21/01/2014 04:41 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

L'exclusion de l'Iran a sauvé in extremis la tenue mercredi de la Conférence de paix Genève II, mais Moscou considère qu'il s'agit d'une "erreur" et Téhéran annonce par avance un échec des discussions en son absence.

Lundi soir l'hôte de la conférence qui s'ouvre mercredi à Montreux, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a dû se rétracter et retirer l'invitation de dernière minute qu'il avait adressée à l'Iran, devant les protestations des Occidentaux et la menace de la délégation de l'opposition syrienne de boycotter la réunion.

"Tout le monde sait que sans l'Iran, les chances (de parvenir à) une vraie solution en Syrie ne sont pas si grandes", a commenté mardi le vice-ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, interrogé par la télévision d'Etat.

"Il est clair qu'une solution globale à la question syrienne ne pourra être trouvée si toutes les parties influentes ne sont pas impliquées dans le processus", a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, qui souhaitent le départ du président Bachar al-Assad, avaient tous trois fait d'un soutien iranien à une transition démocratique une condition sine qua non de sa présence en Suisse.

Téhéran est accusé de fournir un soutien militaire et financier au régime syrien dans le conflit qui a fait plus de 130.000 morts depuis mars 2011.

L'autre soutien de Damas, la Russie, qui s'était concertée la semaine dernière à Moscou avec les chefs de la diplomatie syrienne et iranienne, a réagi sobrement. "C'est bien sûr une erreur", a déclaré à la presse Sergueï Lavrov. "Nous avons toujours souligné que tous les acteurs extérieurs devaient être représentés", a-t-il ajouté.

M. Lavrov a critiqué les explications données par M. Ban pour son revirement.

"Quand le Secrétaire général de l'ONU a dit qu'il était contraint d'annuler son invitation à l'Iran parce que l'Iran ne partage pas les principes du règlement inscrits dans le communiqué de Genève (de juin 2012, ndlr), c'est à mon avis une phrase assez retorse", a estimé M. Lavrov.

"Ceux qui ont exigé que l'on annule l'invitation de l'Iran sont ceux qui affirment que la mise en oeuvre du communiqué de Genève doit aboutir à un changement de régime" en Syrie, a déclaré le ministre russe.

"C'est une interprétation malhonnête de ce dont nous avons convenu à Genève en juin 2012", a poursuivi M. Lavrov.

Le ministre russe a cependant estimé qu'il n'y avait pas de "catastrophe" dans l'absence de l'Iran à Genève II.

"Je regrette simplement que toute cette histoire n'ait guère renforcé l'autorité de l'Organisation des Nations unies", a-t-il dit.

Cette polémique, avant même la réunion de la Conférence, souligne la fragilité du processus engagé. L'invitation écrite que M. Ban Ki-moon a lancé à une trentaine de pays affirme explicitement que le but de la conférence est la "mise en place d'un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs", comme l'avait préconisé Genève I.

Pour ne pas avoir à faire marche arrière, il n'est en principe pas prévu que la réunion de Montreux adopte une nouvelle résolution, indique-t-on de source diplomatique, M. Ban Ki-moon se limitant en fin de soirée mercredi à faire une synthèse après les interventions devant la conférence, dont celles des deux parties au conflit.

A l'abri du Montreux Palace, siège de la Conférence, interdit d'accès à la presse, il devrait surtout y avoir de nombreuses discussions discrètes pour préparer la réunion vendredi à l'ONU à Genève impliquant uniquement les deux délégations syriennes et l'émissaire spécial de l' ONU et de la Ligue Arabe Lahkdar Brahimi.

Dès mardi soir M. Lavrov doit d'ailleurs s'entretenir à Montreux avec le secrétaire d'Etat John Kerry.

Les préparatifs s'accéléraient dans la station balnéaire des rives du Lac Léman et la sécurité doit aussi relever des défis politiques. "Il y a des délégations qui veulent être physiquement séparées, qui ne peuvent pas être dans le même hôtel, qui ne veulent pas être dans un même hôtel", soulignait pour l'AFP le commissaire Jean-Christophe Sauteral de la police suisse.

M. Ban Ki-moon est arrivé mardi matin à l'ONU à Genève où il doit avoir plusieurs réunions bilatérales et une réunion préparatoire avec les équipes des Nations unies avant d'aller dans l'après midi à Montreux.

pjt/abk

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