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Erdogan campe sur ses positions face à une Europe attentiste

21/01/2014 11:23 EST | Actualisé 23/03/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a campé mardi à Bruxelles sur sa volonté d'encadrer la justice turque, devant une Europe attentiste face à la crise qui fragilise son régime.

En visite à Bruxelles pour la première fois en cinq ans, M. Erdogan n'a pas hésité lors d'une conférence de presse à démentir le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Lors d'une conférence de presse commune à l'issue de leur rencontre, ce dernier venait de saluer "l'engagement personnel" du dirigeant turc "à poursuivre les réformes nécessaires" pour garantir le respect de l'Etat de droit, condition sine qua non d'un rapprochement avec l'UE.

"La justice ne peut pas outrepasser son mandat, c'est ce qui se fait en Turquie et tout le reste n'est que désinformation", a rétorqué M. Erdogan, accusé de vouloir mettre au pas le système judiciaire turc en riposte à la mise en cause de son régime dans des affaires de corruption.

"Personne ne peut s'interroger sur la nécessité de séparer les pouvoirs", comme l'UE le demande instamment, "mais si l'un de ces pouvoirs parasite l'autre" alors le législatif peut intervenir, a-t-il insisté.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a affirmé que l'UE et la Turquie étaient en "contact permanent" sur le projet turc de réforme de la justice dont les Européens veulent obtenir l'amendement. "Le plus important est de mener un dialogue étroit (...) la Commission est là pour surveiller et rapporter d'éventuelles violations", a-t-il souligné au cours de la même conférence de presse.

"La Turquie est un pays charnière entre deux mondes, avec des choix à faire dans les années qui viennent. Il y a des choses qui paraissent improbables, difficiles, et qui peuvent être surmontées", s'est prévalu le ministre français aux Affaires européennes, Thierry Repentin, devant quelques journalistes.

Il faut des signes

Le dirigeant turc islamo-conservateur a également réitéré sa thèse du complot pour expliquer la crise politique qu'il traverse. "Nous sommes la dixième économie du monde, cela dérange certains", a-t-il lancé.

Il a souligné l'impatience turque face aux lenteurs des négociations d'adhésion, entamées en 2005 mais freinées par l'absence de règlement du dossier chypriote et les réticences des Européens à ouvrir leur porte à un grand pays à majorité musulmane.

"Nous devons progresser rapidement, les attentes sont là", a affirmé M. Erdogan, soulignant l'ampleur du marché turc pour l'économie européenne, le rôle de son pays pour tenter de résoudre le conflit syrien et tarir les flux d'immigration irrégulière vers l'UE. "Nous ne voulons pas être une charge, mais un moteur pour l'UE", a-t-il dit.

"Nous espérons poursuivre notre coopération pour renforcer la relations entre l'UE et la Turquie sur la base de valeurs communes", a temporisé M. Van Rompuy. Il a notamment rappelé que tout progrès restait aussi suspendu à un "accord global" sur la question chypriote. "Avec M. Erdogan nous sommes convenus de l'urgence" d'un tel règlement, a-t-il affirmé.

M. Erdogan devait aussi rencontrer les présidents des groupes parlementaires européens, avant un nouveau point de presse avec le président du Parlement européen, Martin Schulz.

Empêtré dans la plus grave crise de sa décennie d'hégémonie politique sur la Turquie, il avait été accueilli et ovationné lundi soir devant son hôtel à Bruxelles par quelque 3.000 partisans, véritable démonstration de force avant ses rencontres avec les dirigeants européens.

Pour les Européens, la prochaine occasion de sonder les intentions de M. Erdogan sera la visite prévue du président français François Hollande à Ankara les 27 et 28 janvier. "Nous avons envoyé des signes, il faut aussi qu'il y ait des signes de l'autre côté", a estimé M. Repentin.

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