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Les terres agricoles de ex-RDA, objets de convoitise

19/01/2014 12:45 EST | Actualisé 20/03/2014 05:12 EDT

Les grandes exploitations agricoles de ex-RDA héritées du communisme attisent la convoitise d'investisseurs et les prix flambent dans cette partie de l'Allemagne où la grogne monte contre le "landgrabbing".

Le terme désigne en général l'appropriation par de gros investisseurs de terres agricoles, surtout en Afrique. Pour Axel Vogel, chef de file des Verts au parlement régional du Brandebourg (est), il s'agit plutôt en l'occurrence de "farmgrabbing".

Dans cet Etat régional qui entoure Berlin, dont les champs sont la seule richesse, le phénomène s'est récemment accéléré: à la faveur d'un changement de génération beaucoup de grandes exploitations héritières des coopératives de l'ex-RDA sont passées entièrement ou en partie aux mains d'investisseurs, souvent étrangers au secteur.

Le Land vit "une transformation d'une agriculture ancrée dans des villages à une agriculture qui n'est plus qu'un investissement financier", déplore Reinhard Jung, président de la section régionale de la fédération des agriculteurs Bauernbund. Il milite contre ces pratiques tout en reconnaissant qu'elles sont "entièrement légales".

Parmi ces investisseurs figure KTG Agrar, groupe agricole basé à Hambourg (nord), coté en Bourse, à la tête de 32.000 hectares en Allemagne, pour l'essentiel à l'Est. Mais aussi, selon une liste du Bauernbund, le groupe familial Lindhorst, spécialiste du soin aux personnes âgées, le fabricant de meubles Steinhoff, ou encore la conserverie Stollenberg, tous basés à l'ouest. Aucun de ces derniers n'a répondu aux sollicitations de l'AFP.

La carotte des subventions européennes

Alors que, taux d'intérêt bas obligent, les rendements de tant d'autres formes d'investissements végètent, investir dans la terre est une bonne affaire.

Qu'ils servent à la production alimentaire ou d'énergie, la valeur des terrains augmente. Les subventions européennes, versées à l'hectare, font le reste. "Les aides européennes encouragent le 'landgrabbing', puisque maintenant elles sont garanties pour sept ans", déplorait au salon de l'agriculture de Berlin qui s'est ouvert vendredi Bernd Voss, président d'une association d'agriculteurs et de consommateurs.

Leur seul investissement en ex-RDA garantit aux intéressés plusieurs millions d'euros de subventions par an. Le plafonnement des aides, souhaité par certains, n'a pas été retenu par les Européens dans leurs récentes négociations sur la Politique agricole commune (PAC) pour la période 2014 à 2020.

De manière générale les aides européennes sont une incitation forte à la concentration des terres et à l'implication d'investisseurs étrangers au secteur, relevait dans un rapport l'an dernier le mouvement paysan La Via Campesina. En Europe de l'Est, avec les structures héritées du communisme, le phénomène est particulièrement marqué.

En Hongrie aussi le "landgrabbing" occupe les esprits, tandis qu'en Bulgarie certaines exploitations dépassent les 100.000 hectares, et 80% des aides européennes sont allées en 2011 à 3,4% des bénéficiaires. L'allemand KTG Agrar a pour sa part aussi investi en Lituanie.

Les jeunes agriculteurs sur le carreau

En Allemagne le "farmgrabbing" est aussi une conséquence du mode de privatisation des terres est-allemandes lors de la Réunification en 1990. Le plus offrant fut favorisé au détriment des exploitations familiales, et d'immenses LPG, avatar allemand des kolkhozes, ont souvent été achetées en bloc, par leurs cadres. Ils arrivent maintenant à l'âge de la retraite, et seuls de riches investisseurs peuvent assurer la relève.

"En tant que jeune agriculteur on n'a ni l'expérience ni l'argent suffisant" pour reprendre une exploitation de telle envergure, explique Willi Lehnert, qui représente un groupement de jeunes aspirants agriculteurs engagés contre le "landgrabbing".

Et pourtant "la relève est là, le marché est là", s'enflamme-t-il. A Berlin, la demande de produits régionaux est en croissance, "pourquoi ne pas produire tout cela dans le Brandebourg?".

Mais les prix à l'hectare ont augmenté de 54% entre 2009 et 2012 dans le Brandebourg, de 79% dans le Mecklembourg/Poméranie-Antérieure voisin, même s'ils restent en moyenne à l'Est inférieurs à ceux de l'Ouest du pays.

Le programme du nouveau gouvernement d'Angela Merkel, élaboré fin 2013, prend acte du problème en promettant d'"examiner" différents moyens juridiques de "contrôler" les transactions. Une promesse vague, mais qui constitue "déjà un succès" pour M. Lehnert.

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