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Le rendez-vous européen de M. Erdogan plombé par la crise en Turquie

19/01/2014 03:02 EST | Actualisé 20/03/2014 05:12 EDT

Plombée par la crise politique à Ankara, la visite mardi à Bruxelles du Premier ministre Recep Tayip Erodgan risque de marquer un nouvel enlisement des relations Turquie-UE, à rebours de la relance qu'elle devait consacrer.

A l'occasion de sa première visite à Bruxelles depuis cinq ans, M. Erdogan doit être reçu à déjeuner par les présidents de l'UE, Herman Van Rompuy et du Parlement européen, Martin Schulz, en présence de la représentante de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

Il s'entretiendra auparavant avec le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, du cours de la candidature de son pays, en souffrance depuis 1999, et du conflit en Syrie, avec lequel la Turquie partage 900 km de frontière.

La conférence de presse que MM. Van Rompuy et Erdogan -- connu pour son franc-parler -- donneront à 13H00 GMT devrait permettre de prendre la température de ces échanges.

Mais d'emblée, le climat est jugé "mauvais" par une source européenne.

Car en ripostant à la mise en cause de son équipe pour corruption par des purges massives dans la police et la justice, et un projet de réforme du système judiciaire, le dirigeant turc a témoigné, vu de Bruxelles, d'un mépris pour l'Etat de droit en directe contradiction avec le coeur de ses engagements européens.

Le "sérieux" d'Erdogan en jeu

Le commissaire européen à l'Elargissement, Stefan Füle, n'a eu de cesse ces dernières semaines de rappeler la Turquie à ses obligations. Lors d'une rencontre à Strabourg mercredi avec le ministre turc aux Affaires européennes, Mevlut Cavusoglu, il a aussi souligné que l'UE voulait être consultée en amont sur le projet de révision du système judiciaire.

"En fonction de la réponse d'Erdogan, nous évaluerons s'il est sérieux ou non" dans sa volonté d'ancrer la Turquie dans l'UE, a relevé la même source.

Longtemps maître incontesté du jeu politique en Turquie, et artisan jusqu'il y à peu d'une modernisation saluée par l'UE, M. Erdogan n'a jusque là manifesté aucune volonté de concession envers ses interlocuteurs européens.

"Personne n'a la droit de faire des déclarations sur la volonté de la Turquie" de réformer sa justice, "je n'accepte pas des déclarations selon lesquelles +ces propositions sont contraires aux acquis de l'UE+", a-t-il lancé mercredi devant le corps diplomatique turc.

Le Premier ministre veut convaincre ses interlocuteurs de sa vision de la crise à laquelle il est confronté, celle "d'un complot contre le gouvernement" et s'assurer leur soutien, estime Sinan Ulgen, qui dirige à Istanbul le Centre des études économiques et de politique étrangère.

"Cela ne va pas être facile", prédit-il.

La Turquie entend pourtant profiter du rendez-vous "pour redonner de l'élan à ses relations avec l'UE, avec l'ouverture de nouveaux chapitres" dans les négociations d'adhésion, souligne pour l'AFP un de ses diplomates.

Ce scénario était au départ prévu, dans la foulée de la reprise en novembre des négociations d'accession officiellement ouvertes en 2005 mais longtemps gelées. Après la violente répression de la fronde sociale de juin, les Européens voulaient prévenir une régression démocratique, en centrant le dialogue sur les droits fondamentaux et la justice.

Renvoyée vers l'Europe par les bouleversements dans son voisinage moyen-oriental, la Turquie avait en échange accepté en décembre de signer un accord pour limiter le transit sur son territoire de dizaines de milliers d"immigrés illégaux en route vers l'UE.

Désormais "toutes les options sont à risque", avance une source européenne: "Ouvrir de nouveaux chapitres serait donner des arguments à Erdogan" pour museler la contestation interne, "fermer cette perspective serait revenir en arrière, avec des frustrations des deux côtés".

"Les récents développements incluent un risque réel de +déconnexion politique+ entre l'UE et la Turquie, alors que ce pays n'a probablement jamais été aussi important stratégiquement pour l'Europe", analyse Marc Pierini, de la Fondation Carnegie.

A la veille de la visite de M. Erdogan, les ministres des Affaires Etrangères des 28 tenteront de dégager un cap lors d'une réunion à Bruxelles.

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