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Egypte: la Constitution ouvre la voie au chef de l'armée qui doit encore convaincre les jeunes

19/01/2014 02:53 EST | Actualisé 21/03/2014 05:12 EDT

La Constitution approuvée en Egypte ouvre la voie de la présidence au chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi, mais il doit convaincre une partie des jeunes qui a soutenu la destitution du président islamiste et boudé le référendum, redoutant un retour à l'ère Moubarak.

Certes, la participation, de 38,6%, dépasse celle du référendum constitutionnel de 2012, sous Mohamed Morsi, et le score du oui est plus qu'écrasant --plus de 98%-- mais pour le politologue Hassan Nafaa, l'issue de ce scrutin, première étape de la "transition démocratique" promise par l'armée, est "décevante".

Car, souligne ce professeur à l'Université du Caire, "les jeunes ont refusé de participer à ce référendum parce qu'ils estiment que ce qui se passe actuellement est une contre-révolution qui tente de revenir sur les acquis de la révolte de 2011", qui a mis fin à 30 années de règne sans partage du président Hosni Moubarak.

Or, durant les premiers mois ayant suivi la destitution de Morsi par l'armée le 3 juillet, les mouvements de la jeunesse n'ont pas protesté contre la très sanglante répression de ses partisans islamistes. Ils ne sont redescendus dans la rue que quand le gouvernement a promulgué une loi restreignant le droit de manifester, plaçant aussi dans le collimateur de la police les mouvements laïcs et progressistes.

Les jeunes, grands absents du référendum

Sentant monter ce mécontentement dans les rangs autres que ceux des islamistes, décimés ou emprisonnés, le général Sissi s'était adressé au jeunes, représentant "plus de 50%" des 85 millions d'Egyptiens, pour les exhorter à voter. Mais ils ont été les grands absents des files d'attentes du référendum mardi et mercredi, ont constaté journalistes de l'AFP et observateurs indépendants.

Le gouvernement a invoqué la période des examens pour expliquer ce phénomène mais les Frères musulmans ont répliqué dans un communiqué que "les jeunes n'étaient pas pris par leurs examens mais par les manifestations contre le coup d'Etat et le référendum invalide". La confrérie de M. Morsi a en outre accusé les nouvelles autorités de "fraude".

Le général Sissi, chef de l'armée mais également ministre de la Défense et vice-Premier ministre, avait promis d'être candidat à la présidentielle si le peuple le "réclamait", liant de facto son destin au référendum sur une nouvelle Constitution pas si différente de la précédente. En annonçant la destitution de M. Morsi, il avait promis des élections législatives et présidentielle en 2014.

"L'état actuel des choses en Egypte lui ouvre la voie de la présidence", dit M. Nafaa, évoquant notamment "une importante partie des Egyptiens qui voient encore les Frères musulmans comme un danger pour la société".

Les mouvements de la jeunesse, fer de lance de la révolte anti-Moubarak, puis des manifestations monstres du 30 juin contre Morsi, dénoncent désormais des tentatives de museler les libertés. Ce qui a mis le feu aux poudres, c'est la promulgation de la loi interdisant toute manifestation n'ayant pas obtenu l'aval du ministre de l'Intérieur.

Parce qu'ils sont accusés d'avoir enfreint cette loi, les militants pro-démocratie les plus en vue sont emprisonnés, condamnés ou en attente de procès.

Tout cela, mené sur fond de "campagne médiatique contre les jeunes révolutionnaires", estime M. Nafaa, "diminue la popularité des autorités et laisse penser que certains tentent de voler +la révolution du 30 juin+ au profit d'un réseau d'intérêts autrefois liés au régime Moubarak".

Pour Mohamed Ghorab, militant de la campagne "Non aux procès militaires de civils", qui a appelé à voter non au référendum, "c'est assez ironique que la Constitution parle de liberté d'expression alors que ceux qui lui ont dit non sont maintenant en prison". Avant d'ajouter: "ça nous rappelle l'ère Moubarak".

Et, prévient James Dorsey, de l'école S. Rajaratnam d'études internationales de Singapour, "ceux qui ont fait la révolution contre Moubarak ne veulent pas revenir à un pouvoir autoritaire". "Est-ce que le nouveau régime croit aux libertés politiques? Pour le moment, rien n'indique que ce soit le cas", conclut ce spécialiste du Moyen-Orient.

Comme pour tenter de conjurer ces critiques naissantes, l'armée a fait savoir le lendemain du référendum que le général Sissi avait insisté sur le fait qu'aucune "figure" du pouvoir de Moubarak ne siégerait au futur gouvernement, soulignant que "l'Egypte ne reviendra pas en arrière".

En outre, le journal privé Al-Watan rapportait dimanche que "les chefs militaires devaient rencontrer des jeunes et des représentants de la révolution de 2011".

En soirée, le président par intérim Adly Mansour, dans un discours à la nation, a tenu à s'adresser aux jeunes, "moteur de deux révolutions populaires" ayant chassé du pouvoir deux présidents, les appelant "à poursuivre sur cette voie et à s'engager dans la vie politique".

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