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Des proches d'Aristide inculpés pour le meurtre d'un journaliste

18/01/2014 03:30 EST | Actualisé 19/03/2014 05:12 EDT

Un magistrat haïtien a inculpé vendredi neuf personnes pour l'assassinat du journaliste Jean Léopold Dominique il y a 14 ans, parmi lesquels plusieurs proches de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide.

Une ex-sénatrice du parti Lavalas d'Aristide, Mirlande Libérus, est désignée par le juge Yvikel Dabrésil comme la commanditaire du double meurtre qui a coûté la vie le 3 avril 2000 au directeur de Radio Haiti Inter et à un garde de sécurité, selon l'ordonnance d'instruction.

Mirlande Libérus a reçu ordre, émanant d'Aristide, de faire taire le populaire journaliste, conclut le rapport sur la base de témoignages recueillis par le magistrat.

Jean-Bertrand Aristide, qui n'est pas inculpé dans le cadre de cette conspiration, n'a pas réagi dans l'immédiat.

La veuve de Jean Dominique, Michele Montas, ancienne porte-parole du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, a salué de New York la publication du rapport, le qualifiant de « pas positif » après de longues années à chercher à obtenir justice. « Cela fait dix ans que j'ai donné mon témoignage », a-t-elle dit.

Un travail de longue haleine

Au cours des 14 dernières années, sept juges ont déjà travaillé sur cette affaire sensible, certains quittant le pays par peur de représailles.

Le rapport sera publié dans son intégralité dans les semaines à venir, quand il aura été formellement accepté par la Cour d'appel. On ignore encore si un procès aura lieu, le dossier pouvant encore être contesté devant cette juridiction.

Parmi les neuf inculpés figure aussi l'ancien maire adjoint de Port-au-Prince Harold Severe. Aucun d'entre eux n'a été arrêté et plusieurs vivent à l'étranger. Mirlande Libérus vivrait ainsi aux États-Unis, selon la presse haïtienne.

Agronome de formation, Jean Léopold Dominique s'était fait le porte-voix des paysans pauvres d'Haïti. Sa vie a inspiré au réalisateur américain Jonathan Demme un documentaire (The Agronomist).

Il avait révolutionné la radio en s'adressant à ses auditeurs en créole, plutôt qu'en français, et en dénonçant les abus du pouvoir. Ses éditoriaux cinglants à l'antenne l'avaient placé dans la ligne de mire des dictateurs François Duvalier (« Papa Doc ») et son fils Jean-Claude (« Baby Doc »).

Il s'était ensuite opposé au parti Lavalas de Jean-Bertrand Aristide, l'accusant de corruption et d'abus de pouvoir.

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