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Le recrutement par des groupes extrémistes, un phénomène « vieux comme les États »

17/01/2014 09:34 EST | Actualisé 19/03/2014 05:12 EDT

En une semaine, on a appris les décès de deux Canadien recrutés par des djihadistes en Syrie. Y a-t-il une recrudescence du recrutement au pays? Pas de l'avis de Janine Krieber, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean et spécialiste des questions de terrorisme.

« C'est un phénomène qui s'est toujours passé, c'est vieux comme les États. Quand les États sont en guerre, ils essaient de recruter partout », dit-elle, en entrevue à l'émission 24/60.

Près d'une cinquantaine de Canadiens seraient actifs dans des foyers d'insurrection, selon le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

On ne peut donc pas parler de recrutement de masse, soutient Mme Krieber. « Ça se fait individu par individu. Ça se fait probablement dans les mosquées, probablement dans les communautés immigrantes, mais beaucoup, beaucoup sur Internet. »

Mais qui sont ces personnes qui se font enrôler? « Des gens qui ont besoin d'une mission dans la vie, dit Mme Krieber. Des gens qui sont un peu en marge des sociétés, des oubliés de leurs contemporains. Des gens qui veulent changer le monde, parce qu'ils ne sont pas contents du monde qui les entoure, de la façon dont ils sont traités dans leur communauté. Ils ont un très grand besoin de se battre pour changer le monde. »

Les arrêter est quasiment impossible, ajoute-t-elle, même si les services de renseignements savent qui ils sont et les surveillent. « On ne peut pas les empêcher de partir, on ne peut pas les bloquer aux frontières. »

Réagissant à la mort des deux Canadiens djihadistes, le gouvernement Harper dit avoir voulu mettre en place une législation visant à retirer la citoyenneté canadienne à un individu qui a la double nationalité et qui voyage à l'étranger pour lutter avec des organisations terroristes comme Al-Qaïda. Mais le gouvernement affirme que son projet a été bloqué par les néo-démocrates et les libéraux.

Pour Janine Krieber, une telle initiative ne changerait rien. « À partir du moment où les gens sont recrutés par des groupes en activité, qu'on leur enlève leur citoyenneté ou pas, ils n'y sont plus attachés. Ils ne sont même plus attachés à leur vie », dit-elle.

Quant aux craintes que des groupes extrémistes s'enracinent au pays, la spécialiste des questions de terrorisme en doute fortement. « Les combattants convergent tous vers des endroits instables. Ici, la société est st able, donc il n'y a aucun intérêt. »

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