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Espionnage, pétrole et gaz : le Timor et l'Australie lundi devant la CIJ

17/01/2014 10:00 EST | Actualisé 19/03/2014 05:12 EDT

Le Timor oriental et l'Australie se retrouveront à partir de lundi devant le plus haut organe judiciaire des Nations unies dans le cadre d'une affaire d'espionnage liée au partage des dizaines de milliards de dollars issus du pétrole et du gaz dans la mer du Timor.

Les audiences devant la Cour internationale de Justice, les premières publiques, concernent le dernier rebondissement en date, une perquisition menée par les services secrets australiens à Canberra chez un conseiller juridique du Timor.

Les deux pays s'affrontent actuellement sur un traité définissant le partage d'une partie des revenus du pétrole et du gaz en mer du Timor.

"C'est simple : nous voulons récupérer nos documents. L'Australie est illégalement entrée en possession de documents qui sont la propriété du Timor", a affirmé à l'AFP le porte-parole du gouvernement timorais, Agio Pereira.

Indépendant depuis 2002, le Timor est un pays pauvre qui a besoin du gaz et du pétrole, qui constituent la majeure partie de ses revenus, mais il a aussi besoin de l'Australie pour les exploiter.

"En termes d'image, c'est un coup dur pour l'Australie, ce n'est pas une histoire très glorieuse pour eux", assure à l'AFP Olivier Ribbelink, expert en droit international à l'institut Asser de La Haye : "l'histoire est maintenant sous le feu des projecteurs".

Un "moment de vulnérabilité"

Le Timor souhaite annuler le traité, accusant Canberra d'avoir espionné des responsables du gouvernement timorais afin d'avoir l'avantage lors des négociations de 2004 ayant mené au traité.

Dili a signé le texte à un "moment de fragilité et de vulnérabilité dans l'histoire de notre jeune nation", a également affirmé M. Pereira.

"Maintenant, nous agissons avec de nouvelles informations, des nouvelles données et analyses, dont des informations selon lesquelles l'Australie aurait agi en toute mauvaise foi et en contradiction avec le droit interntional", a-t-il également ajouté.

Dili avait entamé à cet effet une procédure, confidentielle, devant la Cour d'arbitrage de La Haye en avril 2013 en s'appuyant sur le témoignage d'un ancien membre des services secrets australiens.

Or, le 3 décembre, les services secrets australiens perquisitionnent les bureaux à Canberra d'un conseiller juridique du Timor oriental dans la procédure devant la Cour d'arbitrage, invoquant la sécurité de l'Etat.

Les agents australiens auraient, selon le Timor, saisi des "documents et des données" lui appartenant, notamment des correspondances échangées entre cet avocat et le gouvernement du Timor concernant l'affaire devant la Cour d'arbitrage.

Le Timor s'est alors tourné vers la Cour internationale de Justice, qui siège dans le même bâtiment que la Cour d'arbitrage, afin que lui soient restitués les documents et que la CIJ juge que l'Australie a "violé la souveraineté" du Timor.

Dans l'attente d'une décision sur le fonds, qui devrait prendre de nombreux mois, le Timor a demandé à la CIJ d'ordonner des mesures conservatoires, notamment que les documents soient placés sous scellés.

Pour George Brandis, procureur général australien, "il ne serait pas approprié de faire des commentaires sur le fonds du dossier alors que l'affaire est devant la CIJ", a indiqué son porte-parole.

Bien qu'en désaccord au sujet de leur frontière maritime, Timor et Australie avaient conclu un traité définissant le partage des revenus d'une zone riche en gaz et pétrole appelée le "Greater Sunrise", encore inexploitée, dont la valeur est estimée à plus de 30 milliards d'euros.

Cet accord, entré en vigueur en 2007 et que le Timor souhaite maintenant annuler, prévoit un partage à 50%.

Le ministre timorais du Pétrole et des ressources minérales, Alfredo Pires, a insisté sur les bonnes relations entre les deux pays : "il y a beaucoup d'argent en mer mais à la fin de la journée, tout ce que nous voulons est une relation honnête et vraie avec nos voisins", a-t-il déclaré à l'AFP.

Selon certains médias australiens, le "Greater Sunrise" se trouverait intégralement du côté du Timor si la frontière maritime était définie selon les règles internationales régissant le droit de la mer.

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