POLITIQUE
15/01/2014 09:08 EST | Actualisé 17/03/2014 05:12 EDT

Commission Charbonneau: La SOLIM à l'aise à faire des affaires avec un sympathisant Hells

CEIC

Personne à la SOLIM n'a jamais eu de malaise à faire affaire avec Ronnie Beaulieu, un homme dont le passé criminel était pourtant bien connu. L'homme avait plaidé coupable à des accusations de prêt usuraire à la fin 2004. La SOLIM sera aussi particulièrement accommodante avec M. Beaulieu dans le dossier Pascal.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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L'ex-PDG de ce bras immobilier du Fonds de solidarité, Guy Gionet, a expliqué que tous étaient d'avis qu'ils étaient « confortables » à faire des affaires avec lui.

L'unanimité était telle que, lorsque les accusations contre M. Beaulieu ont été déposées, aucune discussion formelle n'a eu lieu au C.A. sur la possibilité de rappeler le prêt qui lui avait été octroyé dans le dossier Port-Cartier.

Ronnie Beaulieu a été impliqué avec la SOLIM dans trois dossiers, soit pour la construction du centre d'achat à Port-Cartier, pour l'achat de Fourniture d'hôtellerie Pascal, puis pour le projet 10-35.

Les enquêteurs de la commission ont présenté Ronnie Beaulieu comme un sympathisant Hells Angels, lié notamment à Jacques « Israël » Émond, un membre en règle de ce groupe de motards criminels qui était incidemment un de ses coaccusés en 2004.

Guy Gionet affirme avoir rencontré au moins une dizaine de fois M. Beaulieu pour ses dossiers entre 2004 et 2009 et lui avoir parlé au moins une quarantaine de fois.

La SOLIM plus que serviable avec Beaulieu dans le dossier Pascal

C'est en 2008 que la SOLIM, en partenariat avec Ronnie Beaulieu, acquiert l'immeuble Pascal, un dossier ardemment défendu auprès de Guy Gionet par Jocelyn Dupuis, un ami déclaré de ce sympathisant des Hells Angels.

La commission a fait entendre un échange entre MM. Dupuis, Gionet et Beaulieu du 13 juin 2008 dans lequel ce dernier presse le PDG de la SOLIM de lui fournir une lettre prouvant qu'il est son partenaire en vue de l'achat de l'immeuble, qu'il louait jusqu'ici. M. Beaulieu est alors pressé de procéder à l'achat par son propriétaire qui doute de sa capacité financière à la faire.

C'est en fait non pas l'immeuble, mais le terrain, bien situé, sur lequel il se trouve, qui intéresse la SOLIM dans ce dossier. L'Immeuble, en face su siège social de la Caisse de dépôt et placement du Québec, devait être démoli pour faire du développement. Le tout n'a jamais eu lieu.

M. Gionet sera rapidement appelé à donner un autre coup de main à M. Beaulieu, incapable de trouver une institution intéressée à lui avancer l'argent nécessaire à l'achat de sa part dans le projet, soit 50 %. M. Gionet, à la demande de M. Dupuis, usera alors de ses contacts dans le milieu bancaire au profit de M. Beaulieu.

Le dossier pour l'acquisition, au coût de 3,6 millions $, de l'immeuble est finalement approuvé par la SOLIM le 13 juin 2008. M. Beaulieu ni est cependant que partenaire à 25 %, compte tenu de ses problèmes financiers, contre 75 % pour la SOLIM.

Et les déboires de ce sympathisant Hells n'arrêtent pas là, puisqu'il sera incapable d'obtenir, dans les délais, une lettre d'engagement de prêt de sa banque.

La SOLIM se voit donc contrainte de se substituer temporairement à la banque et prête la somme manquante à M. Beaulieu, le tout avec l'approbation d'Yvon Bolduc.

M. Beaulieu ne fournira jamais, finalement, son 25 %, la SOLIM devant alors propriétaire à 100 %.

Le poids de Jocelyn Dupuis

M. Dupuis, qui a déjà avoué avoir prévu d'aller travailler chez Pascal avec Ronnie Beaulieu une fois parti de la FTQ-Construction, paraît avoir déjà, à l'époque, un œil sur les profits espérés, comme en fait foi ce commentaire fait à M. Gionet : « Il va nous en rester plus, tu comprends ce que je veux dire ».

« Moi, je comprenais par rapport à son commentaire que lui, M. Dupuis, voulait également participer à 50 % avec M. Beaulieu dans le développement et dans le profit ».

MM. Dupuis et Gionet ont par ailleurs déployé, avec succès, des efforts importants pour convaincre Yvon Bolduc, président du Fonds, de l'intérêt de cet achat, puisque le Fonds est déjà actionnaire de Pascal avec M. Beaulieu.

M. Gionet a convenu qu'il est rare que la SOLIM fasse un tel accord, ou un partenaire n'avance rien, laissant la SOLIM tout assumé et admet que la présence dans le dossier du tandem Dupuis-Beaulieu a « sans doute » joué dans cette décision.

Selon la commission, l'interrogatoire principal de Guy Gionet devrait être achevé en avant-midi. Des contre-interrogatoires pourraient suivre. Les avocats du Fonds de solidarité FTQ pourraient notamment lui poser des questions. 

Le Fonds aide Beaulieu à acheter un bar de danseuses

En 2008, Jocelyn Dupuis cherchait du financement pour l'achat d'un bar de danseuses nues situé à l'angle des autoroutes 10 et 35, que louait Ronnie Beaulieu, et d'un terrain adjacent. Leur projet était de faire du développement sur les lieux, une fois le bar acquis.

Le président du Fonds Yvon Bolduc va autoriser le financement de cet achat, pourvu que le Fonds ne puisse être relié au bar, si jamais l'achat tournait mal, a soutenu M. Gionet. La SOLIM ne sera donc officiellement prêteuse que pour les terrains, et non le bar, même si l'argent servira aussi à son achat.

Jean Lavallée était aussi au courant de la transaction : « S'ils veulent le faire, on va le faire », aurait dit ce dernier.

Le 28 mars 2008, la SOLIM autorise donc un prêt hypothécaire de 1,1 M$. La convention de prêt sera cependant convenue avec Nick Venafro, qui agissait en fait comme prête-nom pour M. Beaulieu.

Lorsque ce dossier deviendra toxique, au printemps 2009, M. Gionet pourra donc rassurer M. Bolduc sur le risque réputationnel posé par M. Beaulieu, comme le montre cet extrait d'écoute : « Non, c'est pas lui au dossier. C'est toute des prête-noms. Pis le prête-nom est correct. ».

M. Gionet tombera cependant de haut lorsque le même Bolduc lui reproche soudainement d'avoir agi contre l'avis du Fonds quant au bar, comme en fait foi un échange du 1er mai entre Jean Lavallée et Guy Gionet.

« C'est exactement ce que vous avez autorisé, c'est exactement ce qu'on a fait », se défend M. Gionet, qui rapporte alors à M. Lavallée sa conversation avec le président du Fonds.

Une enquête interne du Fonds à la SOLIM conclura peut après qu'une partie d'un prêt consenti dans le cadre d'un projet ne « reflétait pas l'intention du comité consultatif de SOLIM de mars 2008 au moment de son autorisation ».

M. Gionet est contraint de quitter la SOLIM.

En attendant Jean Lavallée

Guy Gionet sera suivi à la barre par celui qui l'a embauché, puis instrumentalisé, si l'on en croit son témoignage, soit Jean « Johnny » Lavallée, qu'il a décrit comme le « roi », voire le « dieu » de la FTQ et du Fonds de solidarité.

Le témoignage de Jean Lavallée s'annonce comme le plat de résistance des travaux de la commission consacrés à l'infiltration du crime organisé dans l'industrie de la construction, entrepris en septembre dernier. M. Gionet affirme notamment qu'il a défendu au Fonds plusieurs des dossiers que le PDG du Fonds, Yvon Bolduc, qualifiera plus tard de « toxiques », dont celui de la marina Brousseau. 

Jean Lavallée a fondé et dirigé la Fédération interprovinciale des ouvriers en électricité (FIPOE), poste à partir duquel il a accédé à celui de président de la FTQ-Construction. Ces fonctions au sein du syndicat lui ont permis de devenir membre des conseils d'administration du Fonds et de son bras immobilier (ex-SOLIM), où il aurait fait la pluie et le beau temps, notamment au profit de l'entrepreneur Tony Accurso, son « ami intime », selon le témoignage de M. Gionet.

L'enquêteur de la commission Michel Comeau a affirmé en novembre que Jean Lavallée était au coeur d'une « filière » comprenant non seulement M. Accurso, mais aussi Denis Vincent, une relation des Hells Angels, qu'il a assimilé à un « courtier fantôme ». Le promoteur Laurent Gaudreau a par exemple soutenu que Denis Vincent lui avait réclamé « 250 000 $ pour Johnny » pour que son projet récréotouristique, dans lequel la SOLIM était partenaire, aille de l'avant. 

M. Comeau avait décrit M. Gionet comme un « exécutant » au service de cette filière. Le témoignage de l'ex-PDG de la SOLIM accrédite cette thèse. Il a abondamment décrit depuis le début de la semaine comment Jean Lavallée se positionnait clairement comme son patron, et qu'il était inutile de lui tenir tête - hormis pour les questions de rendement - sous peine d'être contraint de se chercher un nouvel emploi. 

M. Gionet a aussi expliqué lundi qu'il lui présentait les dossiers d'investissements de la SOLIM avant de les soumettre aux autres membres du conseil d'administration, et qu'il avait été contraint d'accepter que la FIPOE investisse dans des projets de la SOLIM, privant la société d'investissements de certains profits au passage. Il a aussi expliqué comment Jean Lavallée faisait peu de cas du passé criminel de certains partenaires du Fonds.

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