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13/01/2014 12:15 EST | Actualisé 14/03/2014 05:12 EDT

De l'opéra aux bidonvilles: une violoniste joue pour les défavorisés

"Je veux partager la beauté de la musique avec ceux qui ont moins de chance": loin des ors de l'opéra de La Fenice, à Venise, son premier violon Sara Michieletto parcourt le monde en jouant pour les enfants défavorisés.

Etui à violon sur l'épaule, Sara Michieletto arrive dans l'école pour enfants des rues "Kampus Diakonia Modern", dans la banlieue de Jakarta, pour être aussitôt assaillie par les enfants et adolescents.

Ils la prennent dans leurs bras, ils la pourchassent partout où ses pas la mènent, mais l'agitation cesse au moment où Sara Michieletto dégaine son archet, subjuguant les enfants par un "Quatre Saisons" de Vivaldi parfaitement interprété.

"On se chamaillait tout le temps avant mais depuis que Mme Sara est là, on est beaucoup plus calme et on apprend mieux en classe": Suharti (un seul nom) a passé des années dans la rue, tentant de survire en faisant la manche dans les trains ou bus de banlieue de la mégapole.

"Tout est tellement désagréable quand on est dans la rue. J'avais toujours honte de moi quand je faisais la manche", raconte l'adolescente de 14 ans.

Avec son frère et sa soeur, elle a aujourd'hui un toit au centre Kampus Diakonia Modern, qui sert de refuge et d'école. Mais elle a également trouvé un réconfort inespéré dans la musique de la violoniste italienne.

"Suharti exprime dorénavant beaucoup mieux ses émotions", confirme Sotar Sinaga, qui organise les programmes de musique au centre Diakonia. "Elle n'est plus méchante envers ses camarades".

"La musique est un moyen très puissant de transmettre des émotions", explique Sara Michieletto.

Premier violon à La Fenice, l'artiste est montée sur les plus prestigieuses scènes mais elle voue chaque année plusieurs mois aux enfants défavorisés.

La révélation est intervenue en 2004 quand elle a effectué une tournée de plusieurs semaines auprès des enfants défavorisés des Territoires palestiniens. Depuis, elle a joué pour des milliers de jeunes, des bidonvilles d'Inde aux enfants des rues et orphelins d'Indonésie, où la moitié des quelque 250 millions d'habitants vit avec moins de deux dollars par jour.

Elle joue maintenant régulièrement dans les refuges de Jakarta, une mégapole d'une vingtaine de millions d'habitants, mais également de Yogyakarta (centre) et dans la deuxième ville du pays, Surabaya, dans l'est de l'île de Java.

En vertu d'un accord avec l'orchestre italien, et le soutien de Cristiano Chiarot de la Fondation Fenice, elle arrive à coupler ses activités caritatives avec sa carrière au prestigieux opéra.

Pour elle, la musique classique aide les enfants défavorisés et traumatisés à apaiser leur colère et leur frustration en prenant "conscience de leurs émotions".

"C'est tellement important pour eux car ils ont fait face à tant de difficultés et de traumatismes", raconte-t-elle à l'AFP.

En plus de jouer, elle anime des ateliers de chant, de photographie, de danse...

Le refuge Diakonia se situe à des lieues des salles lambrissées des plus grands opéras, où elle joue face aux publics les plus sélects. Mais le plaisir reste le même, selon l'artiste.

"Pour moi, jouer pour les enfants, c'est comme jouer pour un concert important".

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