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10/01/2014 07:58 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

Sécurité ferroviaire: le CN s'est opposé à la surveillance constante des trains

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OTTAWA - Le Canadien National (CN) s'est opposé à une mesure d'urgence adoptée après la catastrophe de Lac-Mégantic, qui exigeait que les trains transportant des marchandises dangereuses comme le pétrole ne soient jamais laissés sans surveillance, montrent des documents obtenus récemment.

La ministre des Transports, Lisa Raitt, a émis cette injonction ministérielle le 23 juillet pour corriger certaines défaillances de sécurité exposées par le déraillement désastreux qui a fait 47 morts dans cette petite ville de l'Estrie. L'injonction exigeait qu'au moins deux employés soient présents dans les trains transportant des marchandises dangereuses et affirmait qu'aucun train de ce type ne devait être laissé sans surveillance sur la voie principale.

Un courriel daté du 9 juillet, obtenu par Greenpeace Canada en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, montre que le CN s'est opposé à l'exigence d'avoir deux employés dans les trains en tout temps, estimant que le respect de cette mesure serait «quasi impossible».

Le message a été envoyé par un représentant du CN — dont le nom a été retiré de la note — à de hauts responsables de Transports Canada, dont Gerard McDonald, sous-ministre adjoint responsable de la sécurité et de la sûreté, qui a récemment quitté l'agence fédérale.

Le courriel affirme qu'il est important de noter que le CN gère quelque 520 départs de trains chaque jour, dont plus de 400 qui comprennent un ou plusieurs wagons contenant des matières dangereuses. Dans plusieurs cas, la présence prolongée des employés dans les trains pourrait dépasser ce qui est autorisé par les règles syndicales, affirme le courriel.

Cette nouvelle révélation émerge après une série d'accidents en Amérique du Nord impliquant des trains remplis de pétrole, dont le déraillement et l'explosion survenus cette semaine au Nouveau-Brunswick.

La position du CN, qui a finalement été retenue dans la version finale des nouvelles règles de sécurité ferroviaire, donne la priorité au commerce au détriment de la sécurité, a estimé Keith Stewart, coordonnateur des campagnes sur le climat et l'énergie de Greenpeace Canada.

«Un équilibre doit être trouvé entre la sécurité et le contrôle des coûts, et l'industrie ferroviaire a réussi à s'assurer que le contrôle des coûts prévale dans la façon dont les règles ont été finalisées», a dit M. Stewart vendredi.

«Il y a un risque exceptionnel posé par ces trains remplis de pétrole, et les laisser sans surveillance est la recette parfaite pour un désastre.»

Transports Canada a discrètement approuvé, au lendemain de Noël, de nouvelles règles de sécurité élaborées par l'industrie ferroviaire, au moment où l'injonction ministérielle adoptée dans la foulée de la catastrophe à Lac-Mégantic était sur le point d'arriver à échéance.

Les nouvelles règles n'exigent plus que les trains transportant des marchandises dangereuses soient surveillés en permanence, mais insistent sur le fait que si des trains sont laissés sans surveillance, des instructions précises de freinage doivent être appliquées et la cabine de la locomotive doit être sécurisée pour empêcher toute entrée non autorisée.

Ces nouvelles règles permettront d'éviter une autre tragédie comme celle de Lac-Mégantic, a assuré Kevin McKinnon, directeur des affaires réglementaires à l'Association des chemins de fer du Canada, dont le CN est membre.

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