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10/01/2014 06:01 EST | Actualisé 12/03/2014 05:12 EDT

Des pesticides utilisés «délibérément» dans des produits bio

Shutterstock / kaband

Huit pour cent des aliments biologiques testés par les inspecteurs canadiens ont des taux de pesticides si élevés qu'ils laissent supposer un usage délibéré de ces produits, ce qui est contraire à l'agriculture biologique.

Santé Canada fixe des « limites maximales de résidus pour pesticides » ou LMR. D'après l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), des taux allant au-delà de 5 % des LMR sous-entendent l'usage délibéré de pesticides.

Radio-Canada a analysé les tests effectués par l'ACIA durant deux ans et a découvert que 8 % des fruits et légumes biologiques frais tomberaient dans cette catégorie. L'analyse de Radio-Canada ne tenait pas compte des résidus de contaminants persistants comme le DDT, ni des pesticides naturels permis dans l'agriculture biologique.

Interdit aux É.-U., mais pas au Canada

Aux États-Unis, le département de l'Agriculture (USDA) interdit de vendre de tels produits comme étant biologiques. « Le concept, c'est que les produits biologiques ne devraient pas avoir de résidus en principe, parce qu'ils ne sont pas cultivés avec des pesticides synthétiques, mais des dérives peuvent amener des résidus », explique le directeur adjoint du programme biologique national américain, Miles McEvoy.

Au Canada, une telle restriction n'existe pas. L'ACIA indique qu'elle n'a pas empêché la vente des produits dépassant les 5 % parce qu'ils ne constituaient pas un risque pour la santé. Selon l'Agence, lorsqu'elle découvre des résidus excédant les 5 % des LMR, elle informe l'organisme qui donne la certification biologique, et celui-là doit ensuite faire un suivi avec le producteur ou l'exploitant pour trouver la source de la contamination.

L'organisme ajoute que la certification biologique au Canada est reconnue comme étant égale à celle des États-Unis.

Causes criminelles

D'autre part, depuis l'an dernier, le USDA oblige 5 % de l'ensemble du commerce biologique à subir des tests de routine pour les pesticides. Cette méthode n'existe pas au Canada; l'ACIA inspecte un certain volume de produits biologiques dans son programme de surveillance pour l'ensemble des aliments.

Le USDA a infligé environ 500 000 $ d'amendes à des dizaines d'exploitants en quatre ans et en a même amené en cour. Ses enquêtes ont mené trois personnes en prison, dont un fermier de l'Oregon qui a plaidé coupable de fraude électronique pour avoir vendu plus de 1,8 million de kilos de maïs faussement étiqueté comme biologique.

De son côté, l'ACIA n'a fait mention d'aucune poursuite contre un producteur d'aliments biologiques. Ses inspecteurs avaient recommandé des accusations contre une boulangerie britanno-colombienne, mais elles ont été abandonnées.

En revanche, il arrive que l'Agence annule la certification biologique d'entreprises fautives. Elle l'a fait pour la compagnie québécoise Jirah Milling and Sales Inc. en 2011, mais lui a rendu sa certification sept mois plus tard.

L'institut américain Cornucopia a porté plainte auprès de l'USDA contre JIrah, car, dit son analyste Mark Kastel, l'institut craint que le Canada manque de pouvoirs punitifs. Pour sa part, le président de Jirah, Andrew Eastwood, clame que l'annulation de sa certification est de l'histoire ancienne.

D'après un reportage de Catherine Dulude qui sera diffusé vendredi au Téléjournal Manitoba

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