«Les grands moyens»: quand les millionnaires parlent d'argent

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PAUL MARTIN
Paul Martin. | Courtoisie Tele-Quebec

Si certains grinceront des dents en écoutant les témoignages du documentaire Les grands moyens, d’autres seront fascinés par les confidences que Bernard Derome est parvenu à arracher à quelques-uns des gens les plus fortunés de la Belle Province.

Quand on sait à quel point l’argent est un tabou tenace dans la société québécoise, comment il est mal perçu d’en gagner beaucoup et d’en faire étalage, et de quelle façon ce sujet suscite le malaise, la jalousie et la controverse, on ne peut qu’avoir envie de jeter un œil à cette série d’entrevues, conçue et animée par Bernard Derome lui-même, et présentée à compter de ce lundi, à Télé-Québec, pour trois semaines consécutives.

En confiance devant l’ancien pilier du Téléjournal d’Ici Radio-Canada, des personnalités très en vue, comme Pierre-Karl Péladeau, Martin Matte, Normand Brathwaite, Alexandre Taillefer, Andrew Molson, Jean Coutu, Louis Vachon et Stephen Jarislowski, pour ne nommer que ceux-là, ont accepté de partager des bribes de leur expérience et de leur lien avec l’argent sous l’objectif de la caméra de la réalisatrice Marie-Hélène Grenier. On le répète : juste pour entendre certains récits et réflexions, il vaut la peine de lorgner vers Les grands moyens. Le premier épisode attaque directement le cœur du bobo en traitant des préjugés et en posant la question : «Sommes-nous nés pour un petit pain?»

Pas de honte

Jean Coutu, fondateur de la chaîne de pharmacies qui porte son nom, maintient que c’est effectivement le cas. «On n’a tellement pas l’habitude d’avoir de l’argent. C’est laid, avoir des sous», commente le milliardaire, qui assure n’avoir jamais placé un rond dans les paradis fiscaux et n’être aucunement gêné de son chiffre d’affaires. «Je ne l’ai pas gagné sur le dos des autres, je l’ai gagné avec les autres. Je n’ai pas honte d’avoir gagné cet argent de la façon dont je l’ai gagné», exprime-t-il.

Martin Matte a lui aussi du mal à s’expliquer la pudeur de ses concitoyens devant la richesse. Selon l’humoriste, on voudrait avoir les meilleurs dirigeants partout, mais si on divulgue leur salaire ou la valeur de leur maison, les réactions seront virulentes. Il a probablement raison. Matte reconnaît être grassement payé si on compare son statut à celui des professeurs ou des médecins, mais ne rougit pas lorsqu’on le lui fait remarquer, parce qu’il a travaillé très fort pour atteindre les sommets.

Toujours blagueur lorsqu’on lui parle de son pécule, Normand Brathwaite se fait cette fois sérieux pour expliquer qu’il préfère s’amuser de sa chance plutôt que d’entretenir les non-dits. En multipliant les projets à la télévision, l’animateur savait bien que le public ne serait pas dupe et se douterait qu’il gagne bien sa vie. «Je gagne un salaire équivalent à celui d’un joueur du quatrième trio du Canadien de Montréal… mais je le gagne depuis 30 ans», illustre-t-il. Le fait d’être bien nanti lui donne l’opportunité de faire soigner rapidement les gens qu’il aime, comme sa mère, qu’il envoie en clinique privée lorsque nécessaire.

Travail et respect

Alexandre Taillefer, l’un des dragons de Dans l’œil du dragon, sommité dans l’industrie de la technologie et du divertissement, vous fera sans doute sourire lorsqu’il évoquera le salaire (150 000$) qui est alloué au maire de Montréal. «On les paye des peanuts, alors on se ramasse avec des singes», ironise-t-il. L’homme dit que sa fortune lui permet de vivre ses passions à fond et d’instruire ses enfants dans les meilleures écoles, mais aussi de redonner à la société. Ses paroles détonnent un peu de celles de l’investisseur milliardaire Stephen Jarislowski, qui jure vivre exactement comme dans les années 1970 et posséder la même voiture depuis 12 ans.

Pierre-Karl Péladeau avait déjà raconté l’anecdote de l’acquisition de sa première mobylette, à l’âge de 13 ans. Lorsqu’il avait demandé à son père, Pierre Péladeau, de lui en acheter une, ce dernier lui avait répondu qu’il devrait se la payer lui-même, en travaillant à prendre soin de l’immense terrain de la maison familiale de Sainte-Adèle, à 2,50$ de l’heure. «Des cuillères dorées, il n’y en avait pas, à la maison», avance Pierre-Karl Péladeau qui, encore aujourd’hui, valorise le travail et l’effort.

Chez Andrew Molson, du célèbre clan Molson, on insiste sur l’importance de l’humilité. Le fils de John et frère de Goeff avoue ne pas aimer étaler sa richesse et enseigne à ses enfants à être respectueux. Pour lui, l’argent n’est pas nécessairement synonyme de liberté; en avoir enlève certes de l’insécurité et procure une flexibilité, mais n’est pas automatiquement gage de bonheur. Et, surtout, un dirigeant d’entreprise n’est pas libre de quitter le boulot quand bon lui semble pour aller se la couler douce, le poids des responsabilités planant toujours au-dessus de sa tête.

Denise Verreault, présidente du Groupe maritime Verreault, Louis Vachon, président et chef de la direction de la Banque Nationale du Canada, Marcel Dutil, président du Groupe Canam, Éric Boyko, président de Stingray Digital, et Charles Sirois, magnat des télécommunications et co-fondateur, avec François Legault, de la Coalition pour l’avenir du Québec, apportent aussi leur point de vue dans Les grands moyens. Chacun y va de son opinion, et Denise Verreault, notamment, détaille une philosophie fort intéressante en soutenant que «l’argent n’est ni bon, ni mauvais», qu’il se compare à de l’énergie «qu’on utilise à bon ou mauvais escient».

Les grands moyens, ce lundi, 6 janvier, à 21h, à Télé-Québec. Les deux autres épisodes, les 13 et 20 janvier, s’attarderont, entre autres, aux inégalités, aux solutions face à l’avenir et à la succession. Au total, 19 invités se sont assis devant Bernard Derome pour se livrer à lui.

En visitant le site web de l’émission, très bien construit, on aura accès à du contenu exclusif, à un web-documentaire et à un Grand test permettant de déterminer notre rapport à l’argent; sommes-nous cigale, séraphin, autruche, sceptique ou sage lorsqu’il est question de sous? Bernard Derome sera aussi en ligne après chaque diffusion, de 22h à 22h30, pour clavarder en direct avec les téléspectateurs.

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