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Irak : combats contre Al-Qaïda et attaques à la bombe

05/01/2014 08:50 EST | Actualisé 07/03/2014 05:12 EST

Pendant que des attentats à la bombe font une vingtaine de morts dans la capitale Bagdad, les forces de sécurité irakiennes ont lancé dimanche une série de frappes aériennes sur la ville de Ramadi pour la reprendre des mains de combattants liés à Al-Qaïda.

Selon des responsables locaux, 25 islamistes auraient été tués.

Théâtre de combats depuis lundi, Ramadi est tombée sous le contrôle des Combattants de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), à l'instar de Falloujah, ville située à 50 km plus à l'est.

Les combats ont éclaté à Ramadi après le démantèlement d'un camp de protestataires sunnites opposés au premier ministre chiite. Ce campement a été qualifié par les autorités de « repaire d'Al-Qaïda ». Les violences se sont ensuite propagées à Falloujah.

À Falloujah, les combattants de l'EIIL tiennent toujours leurs positions. Les autorités de la région tentent toutefois d'éviter d'y envoyer l'armée, demandant plutôt aux chefs tribaux de les aider à repousser le groupe. « Nous négocions en ce moment à l'extérieur de la ville avec les tribus pour décider de la façon d'entrer dans la ville sans participation de l'armée », a indiqué un membre du conseil provincial d'Anbar, Falih Eisa.

Plus tôt, l'armée irakienne affirmait qu'elle était déployée autour de la ville, mais qu'elle attendait l'évacuation de ses habitants avant de lancer une attaque plus importante.

Selon les autorités, les affrontements ont fait plus de 160 morts depuis deux jours, essentiellement des combattants de l'EIIL.

L'objectif de l'EIIL, qui a progressivement renforcé sa présence dans la province sunnite d'Anbar au cours des derniers mois, est de créer un État musulman sunnite qui s'étendrait de part et d'autre de la frontière entre l'Irak et la Syrie.

Soutien à distance

De passage à Jérusalem, le secrétaire d'État américain, John Kerry, a réitéré dimanche que les États-Unis n'envisageaient pas « de renvoyer des troupes au sol » en Irak, deux ans après leur retrait du pays.

Il a toutefois affirmé que son pays comptait aider les autorités irakiennes dans leur combat, « mais c'est un combat qu'elles doivent à terme gagner elles-mêmes », a-t-il poursuivi.

De son côté, l'Iran s'est dit prêt dimanche à fournir des équipements militaires et des conseils à l'Irak pour l'aider dans sa lutte contre Al-Qaïda. « Si les Irakiens en font la demande, nous leur fournirons des équipements et des conseils, mais ils n'ont pas besoin d'hommes », a déclaré le général Mohammad Hedjazi, adjoint du chef d'état-major des forces armées iraniennes.

Un pays, deux guerres

Les violences que connaît l'Irak proviennent de deux sources bien distinctes, selon le professeur de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke et spécialiste du Moyen-Orient Sami Aoun.

M. Aoun pense toutefois que les deux conflits soutiennent en définitive la polarisation régionale qui existe entre l'Iran chiite et l'Arabie saoudite sunnite, qui est soucieuse de ne pas voir l'influence de l'Iran augmenter en Irak.

« Les sunnites sont devenus minoritaires en Irak [ au sein du gouvernement] et la communauté chiite a maintenant une avancée dans les rouages du pouvoir de l'État central. Les sunnites se sentent marginalisés. [...] Al-Qaïda, ou ce qu'on appelle des djihadistes sont de leur côté manipulés par des services de renseignement, iraniens même parfois. On a des soupçons sur ce point », affirme-t-il.

Par ailleurs, Sami Aoun croit que l'EIIL pourrait être tombé dans un piège du gouvernement irakien en prenant Ramadi et Falloujah, « pour les rassembler dans une ville et les frapper au plus vite ». Il indique que le groupe a été chassé du désert et qu'il n'est pas dans ses coutumes guerrières d'avoir un fief, pour éviter d'être facilement ciblé.

Pour ce qui est du refus des États-Unis de s'impliquer de nouveau en Irak, le politologue l'explique par le fait que le chaos qui frappe la région sert énormément les Américains, « qui y laissent tous leurs ennemis s'entretuer ».

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