NOUVELLES

Bangladesh: les "Begums" Zia et Hasina, des alliées devenues ennemies mortelles

05/01/2014 12:45 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

Les "Begums" Sheikh Hasina, Première ministre du Bangladesh, et Khaleda Zia, chef de l'opposition, étaient des alliées il y a 20 ans pour mettre fin à la dictature, mais leur rivalité, devenue féroce, place aujourd'hui leur pays au bord de la rupture.

Mme Hasina, 66 ans, est assurée d'être reconduite dans ses fonctions aux élections législatives de dimanche, alors que Mme Zia, 69 ans, est de facto placée en résidence surveillée depuis que son parti a décidé de boycotter le scrutin, dont la crédibilité risque d'être compromise.

Une situation considérée comme dangereuse par les analystes, les efforts de médiation entre les deux femmes ayant échoué. La farouche rivalité entre les deux femmes a empêché tout compromis alors que le Bangladesh a connu cette année les violences politiques les plus meurtrières depuis sa création.

"Le scrutin de dimanche est un match d'échauffement avant une bataille plus sanglante entre les Bégums. Elle pourrait conduire le pays au point de rupture", selon Ataur Rahman, analyste politique à Dhaka.

Depuis que les élections ont été convoquées, en octobre, Mme Zia a demandé que Mme Hasina se tienne à l'écart et permette à un gouvernement provisoire neutre d'organiser les élections.

Mais Mme Hasina a refusé et accusé sa rivale et son Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) d'avoir pris le pays "en otage" en organisant grèves et blocages avant le scrutin.

L'hostilité entre les deux femmes dans ce pays majoritairement peuplé de musulmans a éclaté au grand jour en octobre lorsque des transcriptions de leur première conversation téléphonique depuis 15 ans ont été révélées au public.

Après quelques plaisanteries, la conversation s'est envenimée lorsque Mme Hasina a accusé Mme Zia d'avoir tenté de l'assassiner.

Elle a même accusé Zia d'avoir falsifié son acte de naissance afin de pouvoir célébrer son anniversaire en même temps que celui de l'assassinat en 1975 du père de Hasina, Sheikh Mujibur Rahman.

"Pourquoi coupez-vous le gâteau (d'anniversaire) le 15 août?", lance Hasina.

"Personne ne peut naître ce jour-là ?", rétorque Zia.

Zia a également décliné une invitation à dîner à la résidence de la Première ministre.

De l'union des forces aux insultes

En janvier 2007, leur incapacité à s'entendre sur un cadre électoral a incité l'armée à imposer l'état d'urgence et à mettre en place un gouvernement provisoire.

Les deux femmes ont été emprisonnées pendant un an pour corruption avant de conclure un marché qui leur a permis de prendre part aux élections de décembre 2008, très largement remportées par Hasina.

Au début de leur carrière politique, les deux femmes ont travaillé ensemble, unissant leurs forces pour renverser le régime militaire en 1990.

Mais dès l'année suivante, les deux alliées sont devenues des adversaires politiques acharnées, échangeant souvent des insultes au cours des meetings électoraux.

Hasina est arrivée pour la première fois au pouvoir en 1996 après avoir mené des manifestations massives contre la réélection de Zia à l'issue d'un scrutin marqué par des irrégularités.

A peine 43 jours après la proclamation de sa victoire, Zia a été obligée de céder et d'accepter de nouvelles élections organisées par un gouvernement provisoire neutre.

Le premier mandat de Hasina à la tête du gouvernement a été terni par des accusations de corruption et Zia, revenant à la charge, a battu sa rivale aux élections de 2001.

L'animosité entre les deux Begums a atteint son paroxysme en août 2004 lorsque Hasina a réchappé d'une tentative d'assassinat, une attaque à la grenade qui a fait 20 morts parmi ses partisans.

Souffrant d'une perte d'audition permanente à la suite de cette attaque, Hasina a constamment affirmé que cet attentat avait été organisé par le fils de Zia.

Les deux "Begums" se sont engagées malgré elles en politique et ont été propulsées à la une de l'actualité de leur pays à la suite des tragédies qui ont frappé leurs familles.

Zia était une mère de famille de 35 ans lorsque son mari, Ziaur Rahman, général devenu président, a été tué en 1981 lors d'une tentative de coup d'Etat.

Hasina a quant à elle pris la tête de la Ligue Awami League après que son père, Sheikh Mujibur Rahman, figure fondatrice du Bangladesh, a été tué, en même temps que sa mère et trois frères, par des officiers dissidents en 1975.

De nombreuses voix estiment cependant que les "Begums", un titre honorifique marquant le respect, méritent plutôt l'opprobe pour avoir envenimé la vie politique.

"Il est temps pour les deux dirigeantes d'arrêter et d'envisager une sortie honorable", selon l'éditorial du Daily Star de samedi.

"Ca suffit", estime le journal.

sa/co/erf/mr/bap

PLUS:hp