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Bangladesh: bureaux de vote et policiers attaqués pour les législatives

05/01/2014 12:11 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

Le Bangladesh votait dimanche pour des législatives à haut risque, boycottées par l'opposition et marquées par l'attaque de bureaux de vote, après des mois de violences meurtrières.

Plus d'une centaine de bureaux de vote ont été attaqués et plusieurs personnes tuées, selon la police.

De graves incidents ont été signalés dimanche dans le district de Bogra (nord), fief de l'opposition nationaliste, où les manifestants ont pris d'assaut des bureaux de vote.

"Des milliers de manifestants ont attaqué des bureaux de vote et notre personnel en faisant usage de cocktails Molotov et des bombes incendiaires", a déclaré à l'AFP le chef de la police locale, Syed Abu Sayem.

"Pour l'heure ils ont incendié 15 bureaux de vote et attaqué un commissariat (...). La situation est très volatile", a-t-il ajouté.

A Rangpur, un autre district du nord, la police a annoncé avoir abattu une personne en tentant d'empêcher les manifestants de subtiliser des bulletins de vote.

La Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina Wajed, est assurée d'être reconduite, les candidats de son parti, l'Awami League, ou de ses alliés se présentant sans concurrence dans 153 circonscriptions sur 300.

Mais ce scrutin faussé, critiqué par les Etats-Unis et l'Union européenne, risque d'aggraver les violences et de faire le lit de "l'extrémisme islamique", selon les observateurs.

"Une farce scandaleuse"

Les bureaux de vote ont ouvert dans tout le pays à 08H00 (02H00 GMT), sans grande affluence dans la capitale Dacca, ont constaté des journalistes de l'AFP. La participation pourrait être inférieure à celle de 26% enregistrée en 1996 lors d'une élection truquée.

"Voter est un droit, j'exerce ce droit, mais nous ne sommes pas à la fête aujourd'hui", a confié un électeur, Nurul Islam, après avoir déposé son bulletin dans un bureau de vote à Mirpur, près de Dacca.

Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et ses alliés ont réclamé en vain la mise en place d'un gouvernement neutre et provisoire avant l'organisation d'élections, comme ce fut le cas dans le passé, mais la Première ministre Sheikh Hasina a refusé.

Pour tenter de faire dérailler le processus électoral, la chef de l'opposition, Khaleda Zia, a organisé des grèves et des manifestations qui ont fait 150 morts et le déploiement massif de quelque 50.000 soldats n'a pas suffi à mettre un terme aux troubles.

Khaleda Zia, ex-Première ministre, a une dernière fois exhorté vendredi les Bangladais à ne pas participer aux élections. "J'appelle mes compatriotes bangladais à boycotter totalement cette farce scandaleuse", a-t-elle lancé, accusant Sheikh Hasina de "tuer la démocratie".

La Première ministre l'a à son tour accusée de "prendre le pays en otage".

L'acrimonieuse rivalité entre Hasina et Zia a empêché tout compromis entre les deux femmes, et le chef de l'opposition est de facto placée en résidence surveillée depuis la fin décembre.

Les pires violences depuis 1971

Le Bangladesh a connu cette année les violences les plus meurtrières depuis sa création en 1971 à la suite de son indépendance du Pakistan. Selon une ONG, elles auraient fait jusqu'à 500 morts depuis janvier 2013.

Ce bilan comprend les victimes des heurts entre les forces de l'ordre et des militants protestant contre les condamnations à mort de dirigeants islamistes pour crimes de guerre commis en 1971.

Le Jamaat-e-Islami, le principal parti islamiste du Bangladesh, a été interdit de participer aux élections.

Après l'échec de pourparlers récemment organisés sous l'égide de l'ONU, les Etats-Unis, l'Union européenne et le Commonwealth ont renoncé à envoyer des observateurs, affaiblissant un peu plus la crédibilité du scrutin et la position de Sheikh Hasina.

Les Etats-Unis se sont inquiétés des arrestations massives de partisans de l'opposition et l'Union européenne a déploré l'incapacité des autorités à "créer les conditions nécessaires à la tenue d'élections transparentes".

En tout état de cause, les troubles qui agitent le huitième pays le plus peuplé du monde nuit gravement à l'économie et aux 154 millions d'habitants dont un sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

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