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RDC : le colonel Ndala, un "héros" qui faisait des jaloux

04/01/2014 06:08 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

Le colonel Mamadou Ndala, tué dans une embuscade dans l'est de la République démocratique du Congo, était considéré par beaucoup comme un "héros", faisant même des jaloux au sein d'une armée plus souvent critiquée pour son indiscipline que réputée pour ses faits d'armes.

Courageux, patriote, simple: de nombreux responsables militaires et habitants - et même des détracteurs - ne tarissent pas d'éloges sur cet officier à la haute silhouette assassiné jeudi à tout juste 35 ans dans une attaque à la roquette qui a ciblé sa jeep dans la province du Nord-Kivu.

Selon des membres de sa famille, Mamadou Moustapha Ndala, originaire de la province Orientale (nord-est), voisine du Nord-Kivu, était entré dans l'armée en juin 1997 et avait été promu colonel quatorze ans plus tard, avec un diplôme d'études secondaires en poche.

"Mais il n'était jamais complexé malgré un niveau d'études modeste et il était très cultivé : il lisait et évoquait De Gaulle, Charlemagne... dans les discussions", se souvient un militant des droits de l'homme de Goma, capitale du Nord-Kivu, qui l'a côtoyé.

Dans le quotidien, ajoute-il, le colonel "était un officier extraordinairement simple et abordable - rien à voir avec l'extravagance connue aux officiers congolais. Il aimait le sport, les films de combat, et il était assez réservé et discret dans sa vie privée".

"Il était courageux, courtois, simple, ouvert", résume un major.

"Mamadou", comme beaucoup le surnomment, s'est fait connaitre au plus fort du Mouvement du 23 mars (M23), une rébellion qui avait brièvement occupé fin novembre 2012 Goma. Lorsqu'elle s'en est retirée, l'armée y a déployé de nouvelles unités, notamment pour mettre un terme aux trahisons internes.

Des commandos ont aussi été envoyés. Dans leurs rangs, Mamadou Ndala, originaire de la même province que le commandant de la huitième région militaire, le général Jean-Lucien Bauma, dont il était le poulain.

Quelques mois après ces changements, l'armée, soutenue par la brigade d'intervention de l'ONU, gagne du terrain.

Dans les médias, le visage juvénile et le sourire un peu édenté du colonel Ndala apparait de plus en plus.

Il est crédité pour plusieurs victoires sur le M23, soutenu selon l'ONU par le Rwanda et l'Ouganda voisins. Dans la foulée, de nombreux habitants de Goma et ses alentours le qualifient de "héros" ou "libérateur".

Si bien qu'en juillet, la population de Goma s'est mobilisée après des informations sur un rappel du colonel Ndala à Kinshasa - rappel rapidement démenti par le gouvernement. Toujours en juillet, il avait réussi à calmer une foule hostile à la Mission de l'ONU (Monusco), accusée de passivité dans la lutte contre le M23.

Sur le terrain, il n'hésitait pas à monter en première ligne. Il a "toujours fait preuve d'un sens du devoir élevé et d'un courage exemplaire", a estimé Lambert Mende, porte-parole du gouvernement. Les forces armées ont pour leur part salué un "officier supérieur de grande valeur, grand combattant, intègre et loyal".

"Il avait un peu la grosse tête"

Pour Christoph Vogel, chercheur spécialisé sur le Kivu, "Mamadou, en accord avec ses exploits sur le champ de bataille, a réussi à créer l'image d'un commandant déterminé".

"Et malgré son esprit un peu brut et sa recherche du contact médiatique, il avait réussi à établir de bonnes relations de travail avec ses homologues onusiens."

Après la capitulation du M23 en novembre dernier, le prochain défi du colonel Ndala était de déployer dans le territoire de Beni le 42e bataillon commando pour traquer les groupes armés de la zone - en tête desquels la rébellion ougandaise Alliance des forces démocratiques et de l'Armée nationale pour la libération de l'Ouganda (ADF-Nalu).

Pour Fidel Bafilemba, chercheur pour l'ONG américaine Enough Project, ce patriote "représentait un espoir que son pays peut aspirer à bâtir une armée républicaine s'il existe une volonté politique".

Mais selon des sources militaires, des officiers critiquaient la "légende" qui commençait à entourer le colonel.

"Il était aimé et respecté de ses hommes, mais des bataillons qui avaient fait du beau boulot sur le terrain contre le M23 ont eu le sentiment qu'il n'y en avait que pour Ndala... Il était bon dans ce qu'il faisait, pas de doute. Mais dans ces derniers temps, il avait un peu la grosse tête...", confie officier supérieur étranger.

Le colonel Ndala se savait controversé, et n'en n'avait cure. "Je sais qu'il y a des jaloux", avait-il déclaré à l'AFP peu avant sa mort attribuée par le gouvernement aux islamistes des ADF-Nalu.

Vendredi soir, la dépouille de l'officier a été transférée à Kinshasa et, selon des sources militaires, il pourrait obtenir le grade de général à titre posthume.

hab/jlb

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