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Le mystère s'épaissit autour de la mort de l'ambassadeur palestinien à Prague

04/01/2014 12:19 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

Le mystère s'est épaissi samedi autour de la mort dans une explosion de l'ambassadeur de l'Autorité palestinienne à Prague, sa fille suggérant un attentat, alors que la police parle d'un accident et que des experts évoquent un trafic illégal d'armes.

M. Jamal al-Jamal, 56 ans, qui n'avait pris qu'en octobre ses fonctions d'ambassadeur en République tchèque, a été mortellement blessé le jour de Nouvel An. Il a décédé peu après son transfert à l'hôpital.

Vingt-quatre heures plus tard, la police a exclu un acte terroriste, parlant d'une explosion accidentelle provoquée par un système de protection placé sur un coffre-fort dans sa résidence.

Cette version, partagée aussi par le chef de la diplomatie palestinienne, Riyad al-Malki, a été contestée samedi depuis Ramallah (Territoires palestiniens) par la fille de l'ambassadeur, Rana al-Jamal, qui a suggéré un attentat.

"Ce qui est sûr, c'est qu'il ne s'agissait pas d'un accident", a-t-elle affirmé au quotidien tchèque Dnes.

Elle estime que l'explosif a été placé sur le coffre-fort lors du récent déménagement de la mission diplomatique depuis son ancien siège situé dans un autre quartier pragois.

"Il y avait beaucoup de monde, une confusion", a-t-elle dit sans vouloir épingler un ou des auteurs d'un éventuel acte criminel.

De son côté, Jiri Sedivy, chef de l'état-major de l'armée tchèque en 1998-2002, a contesté en ligne samedi cette opinion.

"Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un attentat contre son père. A mon avis, il est mort parce qu'il manipulait maladroitement un explosif", a déclaré M. Sedivy sur le site www.aktualne.cz.

La police a aussi annoncé avoir découvert à l'ambassade des armes non enregistrées en République tchèque, sans confirmer ou infirmer les informations de la presse sur quelque 70 mitraillettes.

"Le ramassage d'armes est devenu une pratique courante à l'ambassade palestinienne et le diplomate n'a pas respecté les normes de sécurité les plus élémentaires", a affirmé M. Sedivy.

L'ancien responsable militaire n'a pas hésité à évoquer un "réseau de distribution d'armes et d'explosifs bien organisé" et un "vaste transfert d'armes sous couverture diplomatique". Il a invité les Palestiniens à "apporter des preuves qu'ils ne soutiennent pas des terroristes par le biais de leurs missions".

Le sénateur social-démocrate Frantisek Bublan appuie cette thèse: "Il est possible que des employés de l'ambassade aient pu participer à un trafic illégal d'armes", a-t-il déclaré à l'antenne de la télévision publique.

Interrogé samedi par l'AFP, l'expert tchèque en lutte anti-terroriste Marian Brzybohaty de l'Académie de police de Prague a qualifié la version officielle de "possible", avant d'ajouter cependant qu'il existait "toute une série d'autres versions qui ont au moins la même pertinence".

Selon lui, les coffres-forts munis d'un système de protection contenant un explosif aussi puissant ne sont plus fabriqués depuis un demi-siècle. "Mais il est bien sûr possible de placer un tel système sur pratiquement chaque coffre-fort", a-t-il rappelé.

M. Brzybohaty considère les suggestions de M. Sedivy comme "très précipitées".

"C'est un avis personnel de M. Sedivy. Il n'existe pour l'instant aucune preuve à l'appui", souligne-t-il.

"Il faut attendre les résultats de l'enquête", dit-il prudemment, en ajoutant que certaines hypothèses avancées lui semblent "peu sérieuses".

La police tchèque poursuit son enquête en collaboration avec des experts palestiniens. Une partie de la presse s'interroge pour savoir si la police n'a pas exclu trop tôt, seulement 24 heures après la mort du diplomate, la thèse d'un attentat.

"Nos enquêteurs ont bénéficié d'une quantité suffisante d'éléments. C'est pourquoi je rejette toute spéculation que la police ait agi avec trop de précipitation", a déclaré de son côté à l'AFP la porte-parole de la police nationale, Andrea Zoulova.

"J'espère que tout va s'éclaircir le plus rapidement possible et que nous connaîtrons la vérité", a souligné pour sa part la fille de l'ambassadeur défunt. Selon elle, le corps de son père sera rapatrié lundi.

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