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Erdogan dénonce une "tentative d'assassinat" contre la Turquie

04/01/2014 05:14 EST | Actualisé 06/03/2014 05:12 EST

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, dont le gouvernement islamo-conservateur se débat dans un scandale de corruption retentissant, a dénoncé samedi une "tentative d'assassinat" visant l'"avenir et la stabilité" de la Turquie.

Devant un parterre d'intellectuels, écrivains et journalistes, pour la plupart proches de sa cause politique, réunis lors d'un déjeuner à Istanbul, M. Erdogan a de nouveau défendu avec véhémence la thèse d'un "complot" pour déstabiliser son pouvoir.

"Ce qu'on a voulu faire, c'était une tentative d'assassinat contre la volonté nationale", a-t-il lancé lors de son discours retransmis par la télévision.

Le Premier ministre s'en est particulièrement pris aux magistrats instruisant une enquête pour corruption qui a conduit le 17 décembre dernier à un vaste coup de filet dans son entourage, notamment des fils de ministres, et provoqué un large remaniement de son cabinet.

"On a tenté de faire un coup (d'Etat) judiciaire en Turquie (...) Mais nous allons nous opposer à cette opération, à ce complot du 17 décembre qui a pour cible l'avenir, la stabilité de notre pays", a-t-il martelé.

M. Erdogan s'est en outre dit confiant que la Turquie surmontera ses difficultés actuelles. "Nous ne permettrons pas que l'avenir de la Turquie soit assombri", a-t-il dit, promettant de continuer dans la voie des réformes démocratiques.

Le président turc, Abdullah Gül, plus en retrait dans cette crise, a assuré vendredi soir ses concitoyens que si corruption il y a, elle ne peut être étouffée.

"Si des actes de corruption sont couverts, la société va se désintégrer", a estimé le chef de l'Etat sur une chaîne privée. "Rien ne peut être caché. Ceux qui n'ont pas commis l'infraction, ne doivent pas avoir peur", a-t-il dit.

Compagnons de route depuis vingt ans et cofondateurs de l'AKP en 2001, MM. Erdogan et Gül affichent des différences de style depuis la fronde anti-gouvernementale de juin, même s'ils évitent soigneusement toute confrontation.

M. Erdogan se montre autoritaire tandis que le chef de l'Etat se pose en unificateur à l'orée du scrutin présidentiel d'août qui doit se tenir pour la première fois au suffrage universel pour lequel les deux hommes n'ont pour l'instant pas déclaré leur candidature.

Le gouvernement, au pouvoir depuis 2002, se débat depuis deux semaines dans un scandale de corruption qui a révélé au grand jour la guerre que se livrent les partisans de M. Erdogan et la confrérie du prédicateur musulman Fethullah Gülen, très influente dans la police et la magistrature turques.

Lors de sa rencontre avec les intellectuels, M. Erdogan a révélé que la confrérie lui avait adressé une lettre tout récemment dans une "volonté de réconciliation", a expliqué le journaliste Fikret Bila, présent à la rencontre.

"Cette lettre, possiblement rédigée par M. Gülen lui-même, demanderait aux deux parties de s'entendre", a-t-il dit aux journalistes.

Mais la confrérie a peu après démenti toute volonté de conciliation, affirmant que les propos du Premier ministre ont été mal interprétés "car la missive ne lui était pas adressée".

"Cette lettre n'est pas adressée à M. le Premier ministre et il n'y est évoqué aucun marchandage" avec le gouvernement, a indiqué dans un communiqué la Fondation des journalistes et écrivains, un des porte parole de la congrégation Gülen.

M. Gülen vit en exil aux Etats-Unis, mais Recep Tayyip Erdogan a accusé ses adeptes d'avoir fomenté un "coup d'Etat" par le biais de l'enquête de corruption.

C'est un projet révélé en novembre par le gouvernement d'Ankara de fermer les nombreuses écoles, très rentables, dirigées par la confrérie qui a mis le feu aux poudres entre les parties, longtemps alliées.

BA/bir

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