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L'ancien chef des services secrets rwandais tué dans un hôtel de Johannesburg

02/01/2014 08:27 EST | Actualisé 04/03/2014 05:12 EST

L'ancien chef des services de renseignements extérieurs du Rwanda Patrick Karegeya, critique virulent du président Paul Kagame, a été retrouvé mort dans un hôtel de Johannesburg, l'opposition estimant qu'il s'agit d'un assassinat politique fomenté par Kigali.

Le corps de Patrick Karegeya, qui vivait en exil en Afrique du Sud depuis six ans, a été retrouvé mercredi à 17H30 (15H30 GMT), apparemment étranglé, a indiqué jeudi la police sud-africaine, qui a ouvert une enquête pour "meurtre".

M. Karegeya était marié et père de trois enfants.

"Il a été trouvé dans la chambre d'hôtel, mort sur le lit. Les premiers éléments de l'enquête ont montré que son cou était enflé. Une serviette tachée de sang et une corde ont été trouvées dans le coffre de la chambre. Il est possible qu'il ait été étranglé", a précisé la police dans un communiqué.

"La police suit toutes les pistes possibles. Le motif du meurtre est inconnu à ce stade et ils (les enquêteurs) vont très probablement demander l'assistance de l'ambassade du Rwanda", a précisé à l'AFP une de ses porte-parole, Katlego Mogale.

Le gouvernement sud-africain s'est de son côté refusé à tout commentaire.

Ancien chef des services de renseignements extérieurs du Rwanda, Patrick Karegeya, 53 ans, était peu à peu devenu un opposant acharné au président Paul Kagame, dont il était initialement un proche, même si certains de ses détracteurs mettaient en doute la sincérité de ses commentaires sur les autorités de Kigali.

Cette brouille s'est traduite pour lui par une rétrogradation au rang de porte-parole de l'armée. Il a ensuite été arrêté et emprisonné, et privé de son grade de colonel en 2006, avant de fuir le Rwanda pour l'Afrique du Sud l'année suivante.

Décrit comme "un officier des renseignements brillant (...) très bien informé", "il était sous surveillance après son exil en Afrique du Sud" en 2007, selon un officier des services de renseignements ougandais.

Dépeint comme un homme "affable" et "chaleureux" plutôt que comme un redoutable espion, il était toutefois accusé d'avoir commandité des assassinats d'opposants rwandais.

Selon des proches, il était très inquiet pour sa sécurité au cours des mois précédant sa mort.

C'est son parti, le Congrès national du Rwanda (RNC), qui avait le premier annoncé sa mort dans un communiqué reçu à Nairobi.

"L'opposition rwandaise est très triste d'annoncer l'assassinat du colonel Patrick Karegeya à Johannesburg", avait-il indiqué dans la nuit.

"C'est triste qu'il puisse avoir été tué"

"Il a été étranglé par les agents du (président rwandais Paul) Kagame", a accusé , le président du RNC, Frank Ntwali, précisant que M. Karegeya devait assister à une réunion de son parti dans cet hôtel Michelangelo Towers dans le quartier d'affaires de Sandton, à Johannesburg-- où il a été retrouvé mort.

"C'est triste qu'il puisse avoir été tué. Jusqu'à présent nous ne savons pas qui a fait ça, c'est une mauvaise nouvelle", a réagi l'ambassadeur du Rwanda à Pretoria, Vincent Karega.

A propos des accusations de l'opposition rwandaise, "c'est une réaction émotionnelle et une façon opportuniste de faire de la politique", a-t-il déclaré à la chaîne d'informations ENCA. "Nous n'avons pas une telle politique."

"Il est malheureux que tous les problèmes qu'ils rencontrent soient mis à l'actif du gouvernement. Oui, il y a aussi d'autres Rwandais non impliqués en politique qui ont été tués par des voleurs, qui ont eu des accidents en Afrique du Sud... et comme ils n'appartiennent à aucune organisation politique, c'est considéré comme normal. Mais quand ça arrive à ces soi-disant dissidents, ils jouent la politique."

Théogène Rudasinga, lui aussi un ancien collaborateur de Paul Kagame et maintenant haut responsable du RNC, basé aux Etats-Unis, a raconté à l'AFP que le corps de M. Karegeya avait été trouvé dans la chambre de l'homme qu'il devait rencontrer, par ce dernier.

"Le type qu'il devait rencontrer était bien connu de Patrick (Karegeya). Le corps de Patrick a été trouvé dans la chambre réservée par ce monsieur", un Rwandais voyageant fréquemment entre son pays et l'Afrique du Sud, a-t-il dit.

Un autre dissident rwandais appartenant au RNC et en exil en Afrique du Sud, Faustin Kayumba Nyamwasa, a subi deux tentatives d'assassinat en juin 2010. Six hommes - trois Rwandais et trois Tanzaniens - sont poursuivis en justice pour avoir tenté de le tuer. Kigali a vigoureusement nié toute implication dans ces affaires.

Patrick Karegeya et Faustin Kayumba Nyamwasa, ainsi que deux autres anciens dignitaires rwandais exilés et passés à l'opposition, ont été jugés par contumace par un tribunal militaire rwandais pour désertion, diffamation et menace à la sécurité d'Etat, et condamnés à de lourdes peines de prison.

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