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Nos 10 meilleurs films de l'année 2013

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LA VIE DADELE
Courtoisie

Le journaliste cinéma du Huffington Post Québec a vu durant ces douze derniers mois de nombreuses œuvres cinématographiques. Certaines d’entre elles ont fait battre son cœur, tandis que d’autres l’ont laissé de marbre. À l’aube d’une nouvelle année, voici donc notre sélection des 10 meilleurs films en 2013.

1 – VIC+FLO ONT VU UN OURS de Denis Côté

Sans chauvinisme ni passe-droit, la première place échoit tout naturellement au film de Denis Côté qui nous offre un long métrage d’une maîtrise exceptionnelle avec au premier plan un duo d’actrices inoubliables.

Récipiendaire à la dernière Berlinale du prix Alfred Bauer, qui récompense les œuvres «ouvrant de nouvelles perspectives»,Vic+Flo ont vu un ours est également un pur ovni cinématographique qui oscille entre l’étrange, le thriller et la comédie.

Ainsi, deux ans après Curling, le cinéaste québécois réalise un long métrage protéiforme qui s’amuse non sans cruauté à démolir les codes du genre et les certitudes. On y découvre deux ex-codétenues (formidables Pierrette Robitaille et Romane Bohringer) qui se réfugient dans un trou perdu afin d’y reconstruire une nouvelle vie de couple, aidé en cela par leur agent de probation (méconnaissable Marc-André Grondin). Malheureusement, les espoirs d’une vie plus tranquille vont s’avérer vains tant les deux femmes dans leur cinquantaine portent un passé décidément trop lourd à porter.

Vic+Flo ont vu un ours – FunFilm – Drame – 95 minutes – Québec.


2 – L’INCONNU DU LAC d’Alain Guiraudie

Tous les matins, Frank, un jeune gay plutôt discret, vient se baigner dans les eaux azur d’un lac tout en faisant bronzette sur la plage fréquentée par la faune locale homosexuelle et nudiste. Le bois environnant est aussi l’occasion pour les habitués de s’adonner à la baise anonyme.

Et puis un jour, l’arrivée d’un éphèbe moustachu coïncide avec la disparition mystérieuse d’un autre homme. Témoin du crime, Frank est le seul à savoir qui est le meurtrier, mais s’interdit à le dénoncer. Follement amoureux de son nouvel amant, il va au contraire tenter de le protéger au risque de se perdre à son tour.

Le quatrième long métrage d’Alain Guiraudie est un film admirable à tout point de vue. À la fois polar estival et peinture sociologique sur la vacuité du plaisir sexuel instantané, cet anti-thriller construit comme un huis clos en plein air rappelle Rohmer, Chabrol ou Hitchcock. Constamment baigné d’un soleil torride au son lancinant des grillons de l’été, le récit invite la terreur à s’immiscer au fil d’une mise en scène épurée qui frôle le jamais-vu.

L’Inconnu du lac – Axia Films – Drame – 97 minutes – France.


3 – BLUE JASMINE de Woody Allen

Le réalisateur new-yorkais nous revient en très grande forme avec cette magnifique tragédie douce-amère dans laquelle Cate Blanchett excelle en névrosée mondaine qui tente de survivre dans le déni le plus total.

Retour en terre américaine pour le cinéaste de 78 ans qui revient d’Europe après avoir tourné sept de ses huit derniers films. C’est donc en Californie que l’on fait connaissance de Jasmine, une snobinarde psychologiquement à la dérive depuis que son mari, escroc de la finance, s’est suicidé en prison.

Fable caustique et portrait corrosif de la haute bourgeoisie, Blue Jasmine qui débute comme une comédie et se termine en drame presque bouleversant décrit dans un va-et-vient incessant la lente déliquescence d’une femme au bord de la folie. Librement inspiré de la pièce Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams, l’œuvre aussi drôle que cruelle est un splendide bijou sur pellicule.

Blue Jasmine – Métropole Films Distribution – Comédie dramatique – 99 minutes – États-Unis.


4 – LA VIE D’ADÈLE - CHAPITRE 1 ET 2 d’Abdellatif Kechiche

Subversif, le cinquième film du réalisateur franco-tunisien l’aura été dès le départ. Lauréat de la Palme d’or, cela n’aura toutefois pas empêché les foudres de tomber très tôt sur le travail du cinéaste que l’on aura accusé de tous les maux. Mais que de grandiose dans cette Vie d’Adèle qui nous transporte durant trois heures à travers la découverte de la passion amoureuse avec un souci de vérité remarquable.

D’ailleurs, Steven Spielberg, président du jury au dernier Festival de Cannes, ne s'est pas trompé en décernant conjointement la Palme au réalisateur et aux deux interprètes principales que sont la révélation Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Elles irradient chaque instant du film et font de leur personnage respectif la représentation quasi parfaite des premiers émois sexuels.

Aveuglés par leur pudibonderie, certains qualifieront sans aucun doute les quelques scènes de sexes lesbiens à des moments obscènes et vulgaires, tandis que les autres, les cinéphiles, y verront la représentation subtile et intime d’une authentique jouissance. Car pour parler d’amour, Kechiche filme l’amour, voilà tout. Qu’il s’agisse de deux jeunes femmes importe peu puisque l’œuvre atteint au final un sommet d’universalisme qui la classe a fortiori parmi les chefs-d’œuvre du 7e art.

La Vie d’Adèle - Chapitre 1 et 2 – Métropole Films Distribution – Drame – 179 minutes – France.


5 – LA CHASSE de Thomas Vinterberg

Le réalisateur adepte du mouvement Dogma n’a jamais vraiment porté son pays dans son cœur qu’il qualifie sans hésiter de «sombre et sinistre». Après avoir mis au pilori l’image de la bonne famille danoise dans Festen (Grand Prix à Cannes en 1998) Thomas Vinterberg continue son travail de sape en dénonçant avec La Chasse l’hypocrisie des rapports humains.

Au cœur d’une communauté tricotée serrée, Lucas, un quadragénaire divorcé qui tente de voir son garçon plus souvent est accusé à tort d’avoir abusé une fillette de 5 ans dans la garderie où il travaille. Et comme la vérité sort forcément de la bouche des enfants, s’en suit pour l’homme une terrible descente aux enfers.

Personne ne peut franchement rester insensible devant telle déchéance où l’on a l’impression d’avoir assisté à la mise à mort de l’innocence. Les questions soulevées par le cinéaste touchent au plus profond de notre nature en y révélant sa part la plus sombre. On en sort bouleversé, choqué et lessivé. La Chasse est une œuvre troublante et déchirante qui continue de vous hanter longtemps.

La Chasse (Jagten) – Métropole Films Distribution – Drame – 111 minutes – Danemark.


6 – INSIDE LLEWYN DAVIS d’Ethan et Joel Coen

Les frères Coen aiment poser leur caméra sur les malchanceux, ceux qu’on met au ban de la société. Inside Llewyn Davis qui s’attarde sur une semaine dans la vie d'un chanteur folk, en 1961, ne fait exception.

Mise en scène avec sensibilité, ce film dont le scénario s’inspire du musicien Dave Van Ronk, pionnier du folk américain, est habité par une âme d’une tristesse infinie. Il s'agit d'une épopée crève-cœur sur les tentatives d’un chanteur sans domicile fixe de faire carrière et qui rate l’occasion d’avoir peut-être eu le destin de Bob Dylan.

D’échec en échec, le jeune artiste qui s’accroche à un chat comme à une bouée de sauvetage continue de croire à la gloire, malgré les refus répétés. Errant dans les rues de New York, guitare à la main, il déverse son spleen dans ses textes qu’il chante le soir dans les bars de Greenwish Village pour se faire un peu d’argent. Un superbe film sur les revers de la vie.

Inside Llewyn Davis – Métropole Films Distribution – Drame musical – 105 minutes – États-Unis.


7 – GRIGRIS de Mahamat Saleh Haroun

Bien souvent, les longs métrages en provenance d’Afrique finissent dans l’oubli. Quelle injustice et quel dommage, du fait que peu d’entre nous auront eu la chance de voir le magnifique Grigris en compétition officielle au Festival de Cannes.

L’œuvre signée Mahmat Saleh Haroun vous propulse au cœur de N'Djamena, dans les bas-fonds de la capitale tchadienne où grouille racailles, prostituées et petites frappes qui essaient de joindre les deux bouts.

Mais il y a aussi GriGris, jeune homme de 25 ans, originaire du Burkina Faso à la jambe atrophié. Dans la vie de tous les jours, il doit se battre contre les préjugés. Pour gagner sa vie et aider financièrement le second mari de sa mère qu’il considère comme son propre père, il est prêt à accepter un emploi dangereux de trafiquant d’essence. Mais sur la piste de danse, les rôles sont inversés. Ses prestations époustouflantes dans lesquelles son handicap se transforme en mouvements spectaculaires font de lui un artiste respecté.

Parabole sur les souffrances et les espoirs de tout un continent, le long métrage qui ne s’effondre jamais dans le pathos semble au contraire porté par une force lumineuse exceptionnelle. D’où lui vient cette puissance? De ses prestations d’acteur bien sûr, en l’occurrence celle de Souleymane Démé, comédien non professionnel qui a su donner à son personnage meurtri une dignité exemplaire.

GriGris – Festival de films francophones Cinemania 2013 – Drame – 101 minutes – Tchad.


8 – AMERICAN HUSTLE de David O. Russell

Ce film aux forts accents scorsesiens (sans toutefois atteindre la rigueur des films du maître) se mange comme du bonbon acidulé. Son récit est facile à résumer. Nous voici à New York en 1978. Pris en flagrant délit de fraude, Irving et Sydney, un couple d’escrocs se retrouve obligé de travailler avec le FBI afin de piéger des politiciens corrompus.

Les choses se corsent lorsque l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn (campée par une Jennifer Lawrence hilarante) décide de mettre son grain de sel en impliquant la mafia. Le film, admirablement bien tourné, profite d'une reconstitution historique parfaite, d'une trame sonore jouissive et repose sur une distribution cinq étoiles.

Ils impressionnent tous : Lawrence, bien entendu, mais aussi Christian Bale en arnaqueur au grand cœur, Amy Adams qui joue sa complice tout en charme et Bradley Cooper, bouclé et ambitieux agent du FBI, un peu maladroit, mais attachant.

Cette œuvre, véritable diamant seventies, s'avère une aventure rocambolesque où se mêlent pêle-mêle mafia des casinos, faux cheik arabe et gigantesque boule miroir. Et c'est surtout une jolie histoire d'amour entre deux êtres qui devaient de rencontrer.

American Hustle (Arnaque américaine) – Les Films Séville – Comédie policière – 138 minutes – États-Unis.


9 – MA VIE AVEC LIBERACE de Steven Soderbergh

Qui franchement aurait pu imaginer Michael Douglas et Matt Damon en couple d’homos? Mais après avoir vu Ma vie avec Liberace, la question ne se pose plus. L’évidence saute aux yeux : les acteurs qui portent littéralement le biopic sur leurs épaules sont tout simplement géniaux.

Sachez que le film n’est jamais sorti en salles, dû à la frilosité des studios hollywoodiens. Par conséquent, il sera absent à la prochaine cérémonie des Oscars. À l’exception de Cannes où il a fait sensation, le long métrage a été plutôt présenté directement au petit écran sur le canal HBO qui a rassemblé plus de 15 millions de téléspectateurs. Un succès indéniable poussant les distributeurs à le programmer dans les salles de cinéma... à l'étranger.

Tout ça pour dire que même sans prix ni distinction, Ma vie avec Liberace demeure sans nul doute l’un des meilleurs films de l’année. En racontant l’histoire d’amour secrète entre le fameux pianiste et entertainer Liberace et son jeune amant Scott Thorson, le réalisateur réussit à décrire avec merveille la profondeur des sentiments et dénonce au passage le puritanisme insidieux de l’Amérique.

Ma vie avec Liberace (Behind the Candelabra) – HBO Home Video – Comédie policière – 118 minutes – États-Unis.


10 – ZERO DARK THIRTY de Kathryn Bigelow

Vivez la traque par la CIA d’Oussama Ben Laden comme si vous y étiez. À mi-chemin entre le documentaire et la fiction, la cinéaste multi-oscarisée réalise ici une œuvre controversée d’une richesse historique inouïe évitant toutefois les pièges du dogmatisme et de l’impartialité. Un film viril, passionnant et qui vous tient bien accroché sur vos sièges.

Néanmoins, rien n’a été simple pour Kathryn Bigelow en s’attaquant à un sujet aussi délicat. Au moment de la mort du chef d'Al-Qaeda, le 2 mai 2011, au Pakistan, elle travaillait déjà sur ce projet avec son scénariste et producteur Mark Boal. C’est avec courage et détermination qu’elle a tenu tête aux pressions machistes des studios hollywoodiens en racontant à sa manière l’enquête et la poursuite qui aura finalement eu raison de l’homme le plus recherché au monde.

Le résultat est impressionnant. Zero Dark Thirty – le titre signifie en langage codé «0h30», l'heure à laquelle l'opération Geronimo fut déclenchée – est une plongée au cœur des coulisses peu connues des services secrets américains qui n’hésitent pas à utiliser la torture pour parvenir à leurs fins. À ce titre, la réalisatrice ne passe pas par quatre chemins et reconstitue les scènes à la limite du supportable.

Le mot de la fin pour la sublime Jessica Chastain, décidément une des actrices les plus douées de sa génération. Elle tient le film à bout de bras, incarnant la détermination américaine ainsi que ses travers et ses défauts. La scène finale où elle laisse finalement tomber son masque est à marquer d’une pierre blanche.

Zero Dark Thirty – Alliance Vivafilm – Drame historique – 157 minutes – États-Unis.

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