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Soudan du Sud : Machar dit marcher sur Juba, pourparlers attendus à Addis

31/12/2013 09:09 EST | Actualisé 02/03/2014 05:12 EST

L'ex-vice président sud-soudanais Riek Machar a affirmé mardi ne pas être prêt à un cessez-le-feu, ni même à rencontrer dans l'immédiat en face-à-face le président Salva Kiir, affirmant au contraire que la rébellion qu'il dirige marche sur la capitale Juba.

Riek Machar a cependant confirmé à l'AFP l'envoi d'une délégation dans la capitale éthiopienne Addis Abeba pour entamer des pourparlers de paix avec le gouvernement de Juba. Les autorités éthiopiennes, après avoir dans un premier temps annoncé la venue de Riek Machar et de Salva Kiir en personne, ont confirmé que deux délégations, sans les deux rivaux, étaient attendues.

"Nos forces marchent encore sur Juba (la capitale sud-soudanaise), il n'y a pas de cessez-le-feu pour l'instant", a affirmé M. Machar, ajoutant que la rébellion avait, malgré le démenti de l'armée sud-soudanaise, bel et bien déjà repris le contrôle de la ville stratégique de Bor, capitale de l'Etat du Jonglei (Est). Depuis le début des combats mi-décembre, c'est la troisième fois que la ville change de mains.

Riek Machar a précisé que tout cessez-le-feu devrait d'abord être négocié.

"C'est pour cela que la délégation va à Addis Abeba, pour discuter et négocier", a-t-il expliqué à l'AFP via un téléphone satellitaire, ignorant l'ultimatum fixé par des pays de la région.

Des dirigeants de pays d'Afrique de l'Est et de la Corne de l'Afrique, réunis au sein de l'organisation régionale Igad (Autorité intergouvernementale sur le développement), avaient donné jusqu'à ce mardi aux deux rivaux pour cesser les combats et entamer des pourparlers.

Riek Machar a encore indiqué qu'il pourrait lui-même se rendre ultérieurement à Addis, en cas de progrès par les délégations. Sa propre équipe comprend notamment Rebecca Garang, femme politique influente, chef de l'ethnie dinka respectée et veuve du leader de la rébellion sudiste du temps de la guerre civile Nord-Sud contre Khartoum, décédé en 2005.

Son propre déplacement à Addis "va dépendre de la façon dont se passent les négociations", a-t-il indiqué. "Je suivrai plus tard, une fois que les négociations auront débouché sur un cessez-le-feu. Cela dépendra donc de si et quand (ce cessez-le-feu) est atteint".

"Nous n'avons pas réclamé cette bataille, elle nous a été imposée", a ajouté Riek Machar, démentant une nouvelle fois avoir déclenché les récents combats en tentant de s'emparer du pouvoir par la force comme l'en accuse Salva Kiir.

Le Soudan du Sud est déchiré depuis le 15 décembre par d'intenses combats alimentés par une rivalité entre le président Salva Kiir et son ex-vice président Riek Machar, limogé en juillet.

Le premier accuse le second de tentative de coup d'Etat. Riek Machar nie et reproche à M. Kiir de chercher à éliminer ses rivaux.

Le conflit aurait déjà fait des milliers de morts et 180.000 déplacés. Des informations ont aussi émergé sur des massacre, viols, meurtres à caractère ethnique.

Car si les combats sont alimentés par une vieille rivalité politique, ils revêtent aussi une dimension tribale : le conflit entre les deux hommes utilise et exacerbe les antagonismes entre Dinka, tribu de M. Kiir, et Nuer, celle de M. Machar.

Pas de partage de pouvoir

Dans un entretien diffusé mardi par la BBC, Salva Kiir a assuré vouloir régler le conflit par des "moyens pacifiques".

Il a cependant souligné que les alliés de Riek Machar ne pourraient être libérés qu'en suivant le processus judiciaire.

"Vous n'enfermez pas juste des gens et le lendemain vous leur dites +Sortez, vous êtes libres+", a-t-il lancé, excluant aussi tout partage de pouvoir avec son ex-vice président.

"Cet homme est un rebelle. Si vous voulez le pouvoir, vous ne vous rebellez pas pour recevoir le pouvoir", a-t-il déclaré. "Quand je suis arrivé (au pouvoir), je ne l'ai pas fait via un coup militaire, je suis venu (au pouvoir) élu par le peuple".

Ex-commandant rebelle lors de la guerre civile qui opposa longtemps Khartoum à Juba avant la signature d'un accord de paix en 2005, Salva Kiir avait été élu président peu de temps avant l'accès à l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011.

Parallèlement, l'Union africaine a haussé le ton, promettant d'imposer des "sanctions ciblées" à tous ceux qui "inciteraient à la violence, y compris suivant des clivages ethniques", "poursuivraient les hostilités" ou "commettraient des actes de violence contre les civils et les combattants désarmés".

Au-delà des dirigeants régionaux, d'autres pays s'activent pour tenter d'enrayer la crise.

Les Etats-Unis, parrains de l'indépendance du Soudan du Sud et son principal soutien depuis, multiplient les efforts mais disent faire face à une situation "très compliquée et précaire". Le secrétaire d'Etat John Kerry a parlé quasiment tous les jours aux deux rivaux et l'émissaire américain Donald Booth était encore lundi à Juba pour pousser à l'ouverture de négociations.

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