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L'aide aux chômeurs menacée d'un coup de rabot aux Etats-Unis

31/12/2013 12:42 EST | Actualisé 02/03/2014 05:12 EST

La nouvelle année s'annonce très mal pour Michael Tate: faute d'accord au Congrès américain, ce vétéran de la guerre du Vietnam sera privé d'indemnités chômage dans deux semaines au risque de plonger dans la grande pauvreté.

"J'ai un loyer à payer. Ca va être la crise si je ne trouve pas de travail. Je ne veux pas retourner à la rue", clame ce quinquagénaire en sortant d'un centre d'aide à la recherche d'emplois à Washington.

La même épée de Damoclès pèse sur des millions d'autres chômeurs américains depuis l'interruption d'un programme d'urgence qui étendait leur période d'indemnisation jusqu'à 78 semaines, contre 26 en temps normal, afin d'atténuer l'impact de la crise économique.

En l'absence d'accord entre élus démocrates et républicains, ce dispositif mis en place en 2008 par l'administration Bush a pris fin samedi dernier avec effet immédiat: 1,3 million de chômeurs ont aussitôt perdu leur allocation chômage.

Et ce ne pourrait être qu'un début. Redoutant le statu quo, la Maison Blanche a affirmé que 3,6 millions de chômeurs supplémentaires seront à leur tour privés d'aide fédérale d'ici à la fin 2014.

Cela "n'a pas de sens d'un point de vue économique" et "c'est contraire à nos valeurs", a affirmé la semaine dernière le principal conseiller économique du président Obama, Gene Sperling.

En réduisant les revenus des chômeurs, la fin de ce dispositif pourrait affaiblir la demande dans le pays et amputer le produit intérieur brut américain de 0,2 à 0,4 point de pourcentage en 2014, selon les estimations du Bureau du budget du Congrès (CBO), un organisme non-partisan conseillant les élus.

L'administration Obama a fait ses propres calculs: cette baisse de l'activité pourrait se traduire par la perte de 240.000 emplois cette année, selon un rapport paru en décembre.

Bataille parlementaire

Selon ses promoteurs, ce programme d'indemnisation doit dès lors impérativement être prolongé en dépit de la récente embellie sur le marché de l'emploi aux Etats-Unis.

Le taux de chômage américain est certes retombé en novembre à 7,0%, son plus bas niveau depuis cinq ans, mais de nombreuses zones de faiblesse subsistent notamment sur le chômage longue durée.

Selon les données officielles, plus d'un tiers des 10,9 millions de chômeurs aux Etats-Unis sont à la recherche d'un emploi depuis plus de 6 mois.

"Cela prend plus de temps de trouver un emploi", assure à l'AFP Monica West, employée dans l'organisme public en charge d'aider les chômeurs dans la capitale américaine.

"Envoyer 100 à 200 CV sans recevoir le moindre coup de fil, c'est extrêmement frustrant", souligne-t-elle.

Ce programme n'a toutefois pas que des défenseurs. Selon certains experts et élus républicains, il doit être stoppé en raison de son coût (environ 200 milliards de dollars depuis 2008) et de son inefficacité.

"Ce programme s'est avéré être un très mauvais outil pour permettre aux chômeurs longue durée de retrouver un emploi", affirme à l'AFP Alex Brill, expert à l'American Enterprise Institute, un centre de réflexion conservateur de Washington.

Selon différentes estimations, son extension pour un an coûterait aux finances publiques environ 25 milliards supplémentaires.

"Le gouvernement pourrait trouver de meilleurs moyens de dépenser cet argent", poursuit M. Brill, appelant en priorité à financer la formation des chômeurs et leur éventuelle "relocalisation" dans des zones du pays plus dynamiques économiquement.

Le Congrès américain devrait à nouveau se pencher sur la question. Une proposition de loi bi-partisane étendant le dispositif pendant les trois prochains mois doit être déposée au Sénat lundi.

Mais en cette année d'élections parlementaires aux Etats-Unis, ce texte risque de soulever l'hostilité de la Chambre des représentants, contrôlée par l'opposition républicaine.

En attendant l'issue de cette nouvelle bataille, Michael Tate ne cache pas son pessimisme.

"On est des contribuables (...) Pourquoi ne pas nous aider? C'est encore l'Amérique quand même... ou du moins c'est censé l'être", glisse-t-il.

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