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Des journalistes d'Al-Jazeera détenus en Egypte pour "terrorisme"

31/12/2013 03:42 EST | Actualisé 02/03/2014 05:12 EST

Des journalistes de la chaîne Al-Jazeera, basée au Qatar, ont été placés mardi en détention préventive, soupçonnés d'appartenir aux Frères musulmans, groupe considéré comme "terroriste" par les autorités, qui ont accentué leur campagne de répression contre la confrérie et ses soutiens.

"Le ministère public accuse les suspects d'appartenir à un groupe terroriste", a indiqué le parquet dans un communiqué, sans préciser si ces soupçons pesaient sur l'ensemble des trois journalistes placés en détention, dont l'Australien Peter Greste.

Les reporters, qui travaillent au Caire pour l'antenne anglophone de la chaîne satellitaire, ont été arrêtés dimanche, avant d'être placés mardi en détention provisoire pour deux semaines -renouvelables- afin d'être interrogés.

Un des avocats du chef du bureau d'Al-Jazeera English au Caire, l'Egypto-canadien Mohamed Adel Fahmy, a indiqué que son client était accusé d'appartenance aux Frères musulmans, la confrérie du président Mohamed Morsi arrêté et destitué par l'armée le 3 juillet.

Les Frères, qui bénéficient du soutien du Qatar, ont été déclarés la semaine passée "organisation terroriste" par les autorités égyptiennes dirigées de facto par l'armée.

Journaliste renommé au Caire, M. Fahmy, qui a travaillé pour CNN, n'a pas de lien connu avec les Frères musulmans. "C'est n'importe quoi. Mohammed n'a rien à voir avec les Frères musulmans, ni avec leur idéologie", a affirmé son frère Sherif Fahmy à l'AFP.

Le ministère public a demandé des éléments prouvant que le journaliste n'était pas un islamiste conservateur.

"L'avocat a demandé: comment peut-on prouver cela? (Le procureur) a dit: obtenez (...) des déclarations de gens connus ayant travaillé avec Mohamed à travers le monde", a expliqué Sherif.

A l'issue de son enquête, le ministère public peut décider de libérer les journalistes ou de les inculper formellement afin qu'ils soient jugés.

Outre M. Fahmy, ont été placés en détention le producteur égyptien Baher Mohamed et l'Australien Peter Greste, un ancien journaliste de la BBC ayant remporté le prix Peabody en 2011 pour un documentaire sur la Somalie.

'Allégations fausses et infondées'

Al-Jazeera a exigé leur libération immédiate. "Il est scandaleux que des journalistes sérieux soient traités de cette façon", a dénoncé le directeur général d'Al-Jazeera English, Al Anstey.

"Les allégations portées sont complètement fausses et infondées. Nous travaillons légalement en Egypte", a-t-il ajouté.

L'équipe a réalisé des reportages décrivant la situation dans le pays, a-t-il expliqué, en soulignant que chacun avait "une expérience très importante, effectuant un journalisme de la plus haute qualité avec intégrité".

Dans son communiqué, le ministère public qualifie M. Fahmy de dirigeant du "groupe médiatique" qui cherche à "ternir l'image de l'Egypte à l'étranger", en faisant apparemment référence au bureau d'Al-Jazeera English au Caire.

Le parquet accuse également les journalistes de "soutenir (les Frères musulmans) avec des équipements, des informations et enregistrements qui promeuvent leur intérêt".

Plusieurs autres journalistes d'Al-Jazeera sont actuellement détenus, dont Abdallah Elshami, arrêté le 14 août alors qu'il couvrait la dispersion dans un bain de sang de rassemblements pro-Morsi au Caire.

Depuis la destitution de M. Morsi, les bureaux appartenant à la chaîne satellitaire ont fait l'objet de perquisitions.

Les Frères musulmans font l'objet d'une répression implacable depuis la mi-août. Plus d'un millier de personnes, en majorité des partisans de M. Morsi, ont été tuées et des milliers d'islamistes arrêtés, dont la quasi-totalité des dirigeants de la confrérie.

Mardi, la police a interpellé l'ancien porte-parole du président destitué, Yassir Ali, dans un appartement du Caire.

Le gouvernement a déclaré la confrérie "organisation terroriste" la semaine passée après un attentat suicide à la voiture piégée contre la police ayant fait 15 morts, bien qu'il ait été condamné par les Frères musulmans et revendiqué par des jihadistes sans lien connu avec les Frères.

Cette qualification signifie que l'appartenance aux Frères est désormais passible de peines de prison, tout comme la possession de publications ou d'enregistrements diffusés par la confrérie.

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