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«The Wolf of Wall Street», un Martin Scorsese déjanté et étourdissant (CRITIQUE/PHOTOS/VIDÉO)

30/12/2013 02:44 EST | Actualisé 30/12/2013 02:56 EST

Les excès de Wall Street n'ont jamais véritablement intéressé Hollywood avant la crise financière de 2008. En fait, une seule fois : c'était en 1987, en pleine époque de la cocaïne et de la Guerre froide, Oliver Stone mettait en scène un personnage démoniaque et attachant, Gordon Gecko, véritable requin de la finance qui affirmait que «l'avarice est bien» et qui croisait le fer avec un Charlie Sheen à la peau de pêche, jeune loup dégriffé rattrapé par son idéalisme.

Ce même Stone a d'ailleurs fait une suite (Wall Street : l'argent ne dort jamais) sortie en 2010 où on voit son bandit à cravate, repentant, toujours joué avec panache par Michael Douglas. Puis, le trublion Michael Moore a lancé son percutant Capitalism : a love story, un brûlot comme lui seul sait les faire sur le fameux «bailout» de 2008 où les bonzes de Goldman Sachs sont allés à la rescousse des banques américaines.

Quelques années après la crise, Martin Scorsese a décidé lui aussi de faire son film sur Wall Street. Délaissant les mafieux pour un moment, il a adapté The Wolf of Wall Street (Le Loup de Wall Street), tiré du livre de Jordan Belfort, un courtier de Wall Street (Leo DiCaprio), jeune produit de l'époque Reagan, bronzé, drogué à l'argent, qui est devenu extrêmement riche dans les années 90 après avoir floué des milliers d'investisseurs.

Son aventure commence durant le krach boursier de 1987. Il vient d'être engagé comme courtier et pris sous l'aile de Mark Hanna, joué de manière exceptionnelle par Matthew McConaughey qui vole la vedette dans sa seule scène de 10 minutes. Viré après le vendredi noir, il se refait en vendant des produits financiers sous le principe du «pump and dump». Il embauche une bande de laissés pour compte, notamment Donnie Azoff (défendu avec vigueur par Jonah Hill) et fonde Stratton Oakmont.

Mais la firme devient une sorte de Babylone de tous les excès. Entre les appels visant à flouer les investisseurs, les courtiers sniffent allégrement, boivent jusqu'à plus soif et cachent leur argent dans les banques suisses après que le FBI ait été alerté de l'arnaque. Parallèlement, Belfort qui s'est marié à la belle Noami (pas toujours convaincante, Margot Robbie en femme trophée) s'engage dans une spirale infernale où se mélangent cocaïne, barbituriques, prostituées, orgies et alcool. La chute ne sera que plus intense.

Avec The Wolf of Wall Street, Marty s'attaque donc au monde de la finance. Mais au lieu de faire un scan détaillé comme il l'a si bien réussi avec Goodfellas (la mafia italienne des années 60 à New York) ou Casino (Las Vegas dans les années 70), Scorsese demeure cette fois-ci en surface. Ceux qui s'attendent à comprendre les arnaques financières seront bien déçus, car il y a peu d'explications.

Durant cette trop longue fresque, le réalisateur semble plutôt vouloir s'amuser et fait dans la démesure. Il met en scène la terrible décadence de ces pseudos courtiers, leur dépendance à la drogue et au sexe. En ce sens, le film flirte avec l'absurde et rejoint des œuvres comme Fear and Loathing at Las Vegas de Terry Gilliam où on voyait l'auteur Hunter S. Thompson se défoncer littéralement par toutes sortes de drogues. Une scène rappelle d'ailleurs ce film, celle où DiCaprio totalement paralysé par un abus de barbituriques doit ramper jusqu'à sa voiture. On flirte avec le grotesque et l'anthologique.

Cela dit, même si The Wolf of Wall Street est souvent brillant (notamment la réalisation ultra-inventive), le film s'avère un peu vide, trop illustratif. Les dialogues parfois «tarantinesques» tournent en rond, les scènes sont répétitives, les effets faciles surtout lorsque DiCaprio s'adresse directement à la caméra. On a l'impression d'assister à une longue télésérie. Scorsese avait pris l'habitude de mieux se ramasser tout en expliquant des situations complexes.

Et avec l'âge, Scorsese devient un peu racoleur. On peut montrer la décadence d'un système tout en restant subtil, mais ce n'est définitivement pas le cas ici. Tout est surligné, surjoué dans un montage étourdissant. En bref, il s'agit d'un moins bon Scorsese et son rendez-vous avec la finance s'avère à moitié raté, un secteur qui mériterait un bon poing à la figure.

The Wolf of Wall Street (Le Loup de Wall Street) – Paramount – Drame biographique – 179 minutes – Sortie en salles le 25 décembre 2013 – États-Unis.

"The Wolf of Wall Street"

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