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Soudan du Sud : des miliciens pro-Machar toujours aux portes de Bor, la perspective d'un cessez-le-feu s'éloigne

30/12/2013 04:31 EST | Actualisé 28/02/2014 05:12 EST

Des miliciens redoutés pour leur brutalité, mobilisés, selon Juba, par l'ex-vice président Riek Machar, se trouvaient toujours lundi aux portes de la ville stratégique de Bor, indique l'armée sud-soudanaise, réduisant encore les chances d'un cessez-le-feu d'ici à mardi dans le pays.

Craignant une attaque de ces miliciens, des milliers de personnes ont fui la ville, ont déclaré lundi les Nations unies, selon qui le nombre de réfugiés accueillis dans la base locale de l'ONU a chuté de 17.000 la semaine dernière à environ 8.000 lundi.

"Hier, nous avons eu des affrontements (...) (à environ 40 km) au nord de Bor", capitale de l'Etat du Jonglei (est), a déclaré le porte-parole de l'armée, Philip Aguer, à l'AFP. "La population de Bor craint une attaque à n'importe quel moment".

"Les forces de Riek Machar poursuivent leur avancée sur Bor, mais nous sommes confiants dans notre capacité à les repousser pour protéger la ville", a ajouté le porte-parole, sans préciser le nombre de miliciens présents près de la capitale régionale.

Dimanche, le porte-parole du gouvernement, Michael Makuei, avait affirmé que les jeunes armés, membres selon Juba d'une milice de l'ethnie Lou Nuer appelée "L'Armée blanche" et redoutée dans la région pour sa brutalité, avaient abandonné leur avancée vers Bor et entamé leur retraite.

Depuis samedi, Juba accusait Riek Machar de mobiliser jusqu'à 25.000 de ces miliciens.

Le porte-parole des rebelles, Moses Ruai Lat, n'avait pas démenti la présence de forces hostiles au gouvernement dans l'Etat. Il avait cependant affirmé qu'il ne s'agissait pas de Lou Nuer mobilisés par Riek Machar mais de soldats de l'armée qui avaient décidé de se retourner d'eux-mêmes contre le gouvernement.

Même s'il est toujours difficile de déterminer le contrôle exercé par M. Machar sur ces hommes, leur présence aux portes de Bor représente bel et bien une menace.

Tandis que Bor se vide de ses habitants, la Somalie, déchirée elle aussi par une guerre civile, a rapatrié lundi 130 ressortissants du Soudan du Sud qui, comme des milliers d'étrangers, ont fui les violences.

Les pays occidentaux, dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, ont évacué leurs ressortissants par vols militaires après le début des combats et les pays voisins comme le Kenya et l'Ouganda ont également organisé des ponts aériens.

Face à la montée des violences, le porte-parole de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Minuss), Joseph Contreras, a appelé "les parties ayant une influence sur ces groupes armés à les convaincre d'immédiatement arrêter leur avancée pour éviter un autre bain de sang".

Des déplacés toujours plus nombreux

Le Soudan du Sud est déchiré depuis le 15 décembre par d'intenses combats alimentés par une rivalité entre le président Salva Kiir et son ex-vice président, limogé en juillet.

Le premier accuse le second de tentative de coup d'Etat. Riek Machar nie et reproche à M. Kiir de chercher à éliminer ses rivaux. Les rebelles ont pris en quelques jours le contrôle de capitales régionales comme Bentiu, dans l'Etat pétrolier d'Unité (nord), et Bor, reprise par l'armée depuis.

Des dirigeants d'Afrique de l'Est et de la Corne de l'Afrique ont donné jusqu'à mardi aux deux rivaux pour entamer des pourparlers et cesser les combats.

Mais les efforts de paix sont dans l'impasse.

Riek Machar, qui réclame purement et simplement le départ de Salva Kiir, ne veut s'engager à aucun cessez-le-feu tant que ne seront pas libérés tous ses alliés.

Or, le gouvernement n'est prêt à libérer que huit des onze détenus, et uniquement quand l'ex-vice président aura accepté le cessez-le-feu et que les négociations auront commencé, selon le porte-parole du gouvernement, Michael Makuei.

Au cours d'un bref déplacement à Juba lundi, le président ougandais, Yoweri Museveni, a sommé Riek Machar d'accepter un cessez-le-feu d'ici à mardi.

"Nous avons donné à Riek Machar quatre jours pour répondre, et s'il ne le fait pas, nous devrons aller le chercher, nous tous devrons aller le chercher, c'est ce qui a été décidé à Nairobi", a-t-il déclaré, sans spécifier la nature de ces menaces.

Le récent conflit revêt aussi une dimension ethnique : la rivalité entre MM. Kiir et Machar utilise et exacerbe les antagonismes entre Dinka, tribu du premier, et Nuer, celle du second.

Des informations ont émergé sur des violences entre communautés: meurtres, viols, massacres. Le bilan est déjà de milliers de morts et l'ONU a annoncé la découverte d'au moins un charnier. Le nombre de déplacés ne cesse de progresser, à désormais 180.000, toujours selon les Nations unies.

Au-delà des dirigeants régionaux, d'autres pays s'activent pour tenter d'enrayer la crise.

Les Etats-Unis, parrains de l'indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011 et son principal soutien depuis, multiplient eux aussi les efforts pour ouvrir des négociations entre les deux parties mais font face à une situation "très compliquée et précaire", a assuré lundi le département d'Etat.

Le secrétaire d'Etat John Kerry a parlé quasiment tous les jours aux deux rivaux pour tenter d'apaiser les tensions et l'émissaire américain Donald Booth était de son côté lundi à Juba pour pousser à l'ouverture rapide de négociations.

Débordée aux premiers jours des combats, l'ONU a décidé de doubler le nombre de ses Casques bleus, les portant à 12.500 et d'envoyer des moyens aériens supplémentaires pour mieux protéger les civils. Les renforts ont commencé à arriver au compte-gouttes.

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