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La Bourse de Tokyo a bondi de 57% sur l'ensemble de 2013, meilleure année depuis 40 ans

30/12/2013 01:05 EST | Actualisé 28/02/2014 05:12 EST

La Bourse de Tokyo a terminé 2013 en fanfare sur un bond annuel de 57%, du jamais vu depuis 40 ans, profitant des largesses de la Banque du Japon et des promesses de réformes que le Premier ministre Shinzo Abe doit maintenant tenir.

Jamais en effet depuis 1972 la place financière tokyoïte n'avait été à pareille fête. L'indice Nikkei des 225 valeurs vedettes a retrouvé son niveau d'avant la crise financière internationale de 2008-2009 et clôturé lundi à son plus haut niveau depuis six ans.

"Ce fut une année de boom. Cela faisait longtemps que nous n'avions pas eu une telle activité sur le marché, les résultats ont été au-delà de toutes les espérances", s'est enthousiasmé Hikaru Sato, de la maison de courtage Daiwa Securities, auprès de l'AFP, en se remémorant les difficultés des années passées.

Après les affres de la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers, la Bourse de Tokyo avait en effet subi l'impact d'une forte hausse de la devise japonaise qui avait atteint fin 2011 son niveau le plus élevé face au dollar depuis 1945, sur fond d'inquiétude pour l'économie mondiale et de crise européenne d'endettement. La place nippone avait aussi pâti des conséquences économiques du tsunami et de l'accident nucléaire de Fukushima de mars 2011.

Mais en 2013, elle a rebondi au point d'enregistrer la meilleure performance mondiale des principaux marchés. Ce bonheur retrouvé des investisseurs nippons pourrait se résumer en un mot: "Abenomics", qui désigne la politique de relance mise en place par le Premier ministre conservateur Shinzo Abe, revenu au pouvoir le 26 décembre 2012.

Choc psychologique

Rompant avec les velléités de rigueur de son prédécesseur centriste, M. Abe a rapidement engagé l'équivalent de 70 milliards d'euros de nouvelles dépenses publiques pour soutenir notamment le secteur de la construction, avant de promettre récemment 40 milliards supplémentaires.

Il a aussi, et peut-être surtout, désigné au printemps un nouveau gouverneur, Haruhiko Kuroda, à la tête de la Banque du Japon (BoJ) qui inonde depuis les marchés de liquidités en achetant des obligations d'Etat à tour de bras. A la grande joie des boursicoteurs, une véritable "guerre" a été déclarée à la déflation, un phénomène pernicieux de recul des prix qui plombe l'économie et déprime le marché japonais depuis une quinzaine d'année. Cette attitude volontariste a entraîné un choc psychologique.

"Les Abenomics ont fortement aidé le marché à reprendre goût au risque", souligne Seiichi Suzuki, analyste chez Tokai Tokyo Securities.

Le déversement dans les circuits de dizaines de milliers de milliards de yens par la BoJ a favorisé une nette dépréciation de la devise japonaise - de 25% face à l'euro et 20% face au dollar sur l'année. Ce phénomène a dopé les revenus des groupes japonais à l'étranger et donc leur cours à la Bourse, comme pour le numéro un mondial de l'automobile, Toyota, dont le titre a bondi de 60% et pour le fleuron nippon de l'électronique, Sony, dont l'action a quasi doublé.

Pour 2014, les pronostics sont très divers, d'une progression limitée du Nikkei à une nouvelle année de boom. Face au ralentissement probable de la croissance, les investisseurs attendent un nouvel assouplissement monétaire de la BoJ mais s'interrogent sur la capacité de M. Abe à conduire les réformes promises en faveur des entreprises.

Car après une année de rêve pour le marché, le Premier ministre pourrait vouloir rééquilibrer un minimum sa politique au bénéfice des salariés, qui n'ont pas profité des "Abenomics" jusqu'à présent et dont les revenus pourraient être cisaillés par la hausse d'une taxe sur la consommation et le retour de l'inflation.

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