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Irak: les forces de sécurité mises en cause face à la montée des violences

30/12/2013 06:25 EST | Actualisé 01/03/2014 05:12 EST

Torture de prisonniers, détention sans procès, opérations ciblant systématiquement la minorité sunnite: les abus supposés des forces de sécurité irakiennes font l'objet de critiques répétées d'experts et d'ONG, qui estiment que ces pratiques favorisent la violence au lieu de l'enrayer.

Des parlementaires irakiens aux organisations de défense des droits de l'Homme en passant par des diplomates étrangers et des analystes, les voix se multiplient contre ces agissements, leur reprochant d'alimenter la spirale des attaques qui ont coûté la vie à plus de 6.750 personnes cette année, selon un bilan établi par l'AFP.

L'Irak n'avait plus connu de tels niveaux de violences depuis 2008, lorsque le pays sortait à peine d'un conflit confessionnel dévastateur après l'invasion américaine de 2003.

"Il est impossible d'ignorer le lien entre les abus des forces de sécurité et la hausse significative des violences", estime Erin Evers, spécialiste de l'Irak pour l'ONG Human Rights Watch. Selon elle, cette situation est exacerbée par la culture d'impunité qui règne chez les insurgés et les forces de sécurité.

Le gouvernement, dirigé par le chiite Nouri al-Maliki, s'est félicité ces derniers mois des opérations de sécurité d'envergure ayant permis de tuer ou d'arrêter des insurgés, de démanteler des camps d'entraînement et des sites de fabrications d'armes.

Mais il se voit reprocher de se concentrer uniquement sur l'aspect sécuritaire, sans tenir compte des frustrations exprimées par la communauté sunnite, qui se dit marginalisée et dénonce un usage abusif à son encontre de l'arsenal juridique anti-terroriste.

Lundi, la police a ainsi commencé à démanteler le plus important campement de protestataires anti-gouvernementaux d'Irak à Ramadi (ouest), une ville majoritairement sunnite. Des heurts meurtriers ont accompagné le démantèlement de ce sit-in, qualifié par M. Maliki de "Quartier général d'Al-Qaïda, et créé il y a un an alors que démarrait une vague de protestations de la communauté sunnite.

Celle-ci affirme être victime d'arrestations de masse, de détention arbitraire pendant de longues périodes et de torture dans les prisons.

La torture est "un gros problème", souligne le directeur de de l'Institut irakien de médecine légale (MLI), Mounjid al-Rezali.

Chargé par la justice d'établir si des détenus ont été torturés ou non, le personnel du MLI découvre fréquemment cicatrices, marques de coups et contusions sur le corps de prisonniers, affirme M. Rezali.

Et si les prisonniers ne présentent aucun signe apparent de mauvais traitements, cela peut s'expliquer par le fait qu'ils sont détenus suffisamment longtemps pour que les traces de violences disparaissent. "C'est une vieille méthode bien connue", dit-il.

'Echec' des forces de sécurité

Si la plupart des sunnites, présents surtout dans le nord et l'ouest de l'Irak, ne soutiennent pas activement les insurgés, leur colère les conduit à être moins disposés à aider les autorités dans leur lutte contre les groupes armés.

"Aussi longtemps que vous avez les sunnites avec vous, c'est bon. Mais perdre leur confiance, c'est ouvrir la porte à tous les mauvais types", affirme un diplomate occidental, sous couvert d'anonymat.

Selon lui, les succès annoncés par les forces de l'ordre contribuent surtout à s'aliéner cette communauté.

"Peu importe le nombre de personnes qu'ils arrêtent, ou combien de rapports ils écrivent pour témoigner de leur succès, ils sont falsifiés ou au mieux illusoires, parce que les violences continuent, des gens continuent d'être tués", explique ce diplomate.

Ces commentaires rejoignent ceux du représentant de l'ONU à Bagdad, Nickolay Mladenov, qui a affirmé le mois dernier que les forces de sécurité irakiennes avaient besoin "d'un ré-entraînement massif (...) en relation avec les droits de l'Homme, la façon de respecter les standards internationaux (...), de mener leurs opérations".

Les critiques se sont étendues jusque dans les rangs des parlementaires chiites alliés à M. Maliki. Deux d'entre eux ont annoncé au début du mois leur intention de prendre leur distance avec ce dernier à l'approche des élections prévues en avril.

Le député Ezzat Shabander a déploré les arrestations massives de sunnites pour justifier sa décision. "Deux cents personnes sont arrêtées dans un village, même si dix seulement étaient recherchées, donc 190 personnes pensent que la seule raison pour laquelle elles ont été arrêtées est le simple fait qu'elles soient sunnites", a-t-il pris en exemple pour dénoncer le "fossé confessionnel" créé selon lui par le Premier ministre.

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